• Pauvre Grèce, la honte de Tsípras, la victoire des abstentionnistes

     Pauvre Grèce, la honte de Tsípras, la victoire des abstentionnistes

    Tsípras peut tirer un trait sur sa carrière politique, au moins en Grèce. Il a été battu dans les grandes largeurs par la Nouvelle démocratie¸ qui n’est ni nouvelle ni démocratique et qui représente la droite ordinaire à la Macron, libérale pour l’économie, dure pour les contestataires, européiste et affairiste cela va de soi. On va donc continuer à dépecer la Grèce. Ce sera comme ça tant que la canaille politicienne ne se fera pas chasser du pouvoir. Le monde qui n’en est plus à une imbécilité près titre Législatives en Grèce : avec une majorité absolue, le candidat de droite Mitsotakis réussit son pari. Il n’y avait pas d’enjeu en vérité, Tsípras lui-même n’y croyait pas. On nous dit Mitsotakis et son parti obtiennent 39% des suffrages exprimés – donc on ne parle pas d’abstention – mais 39% leur suffit pour obtenir la majorité au Parlement. En vérité l’abstention est de 42%, et donc il vient que c’est à peine un peu plus de 22% des électeurs Grecs, je ne parle même pas des non-inscrits, qui ont voté pour Nouvelle Démocratie[1]. Pauvre Grèce, pauvre démocratie. Les gagnants sont les abstentionnistes, écœurés par les revirements de Tsípras, dégoutés par la perspective d’avoir Mitsotakis comme premier ministre. Mais en même temps ils sont aussi les perdants, sauf à admettre que cette montée de l’abstention est le prélude à un grand chambardement dans toute l’Europe. Le journal d’ultra-droite, L’opinion, journal contrôlé par Bernard Arnault, était très content, il trouvait que la Grèce basculait à droite après quatre ans de gauche radicale[2] ! Diable si pour ces gens la gauche radicale c’est Tsípras, c’est soit qu’ils sont complétement stupides, soit qu’ils font exprès, ou peut-être les deux à la fois. On notera que lorsque la gauche arrive au pouvoir et fait une politique de droite en versant dans le libéralisme, elle est ensuite balayée. C’est bien ce qui a entraîné en France la destruction du PS.

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    Donc au lieu de s’étonner de la très faible participation des Grecs à ce scrutin, la plupart des journaux parlent d’un triomphe de Mitsotakis. Kyriakos Mitsotakis n’est cependant que l’héritier de son père qui fut un premier ministre très conservateur, il a hérité de son argent, de son entregent, et de son parti ! Il peut raconter ce qu’il veut, se présenter comme un outsider « en dehors du système », le fait est là. Pour tenter de se faire un nom, ou plutôt un prénom, il joue les Macron en se donnant des airs rebelles, il se promène en chemise, enlève la cravate, tic vestimentaire qu’on retrouve aussi chez Macron, et chez tous les bourgeois qui veulent se donner des airs de ce qu’ils ne sont pas. Avec Mitsotakis rien ne changera, Tsípras a déjà fait le sale boulot. Il n’y a plus rien à privatiser, plus un seul petit port à vendre à des Chinois. Les réformes de Tsípras, et celles qui ont eu lieu avant lui, notamment quand Samaras était au pouvoir, qui ont été faites pour complaire au grand capital et à l’Union européenne, Il a vaguement promis de relancer l’économie. Tout le monde promet ça. La purge imposée par Bruxelles à la Grèce fait que Tsípras ne pouvait pas être réélu. Ça fait donc des mois que nous savons qu’il sera battu. Il avait d’ailleurs, il y a quelques semaines, perdu aussi les élections européennes. La Grèce est un des pays qui a le plus souffert de la crise de 2008. Dix ans après le désastre de cette crise ne s’est pas résorbé, il faut dire qu’à la crise financière et économique ordinaire s’est rajouté la purge européiste, une double peine en somme. Des centaines de milliers de Grecs ont quitté le pays, souvent les plus dynamiques et les plus jeunes – grâce à cela le chômage est resté autour de 20%, mais de 45% pour les plus jeunes. La dette reste toujours très élevée, malgré les mesures d’austérité radicales, elle reste scotchée aux alentours de 190% du PIB.  

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    Mitsotakis a promis une baisse d’impôts pour relancer l’économie, comme c’est original ! Mais cela veut dire que, compte tenu de la surveillance allemande tatillonne sur le budget, soit, il ne réalisera pas sa promesse, soit, il liquidera encore un peu plus de ce qui reste des services publics qui sont déjà à l’os, sans doute ce sera encore l’éducation et la santé qui paieront la note, la police n’est pas concernée, car comme en France, le gouvernement grec ne peut pas se maintenir sans une police bien dressée et sauvage : ce durcissement de la police se retrouve d’ailleurs dans toute l’Europe. Dans le gouvernement Samaras, Mitsotakis, le fils, était chargé en 2014 de la réforme administrative, ce qui veut dire qu’il était chargé de licencier des milliers de fonctionnaires pour complaire – déjà – à Bruxelles et par contrecoup à l’Allemagne. Apparatchik appliqué de la doxa libérale, proche de la puissante église orthodoxe, il va rapidement se retrouver à contre-courant de la population qui, elle, n’a pas de mots assez durs pour qualifier l’Europe et l’Allemagne. C’est la frange de la bourgeoisie qui a voté pour Mitsotakis. Et les électeurs de gauche ont abandonné Tsípras à son sort de traitre à la nation. La Grèce à un coup d’avance dans le mouvement de la décomposition du capitalisme. Ces palinodies électorales montrent à tout le moins que le système est bloqué en Europe, et il est bloqué essentiellement parce que les pays ont perdu, plus ou moins volontairement, leur souveraineté. La politique économique de la Grèce ne se décide plus à Athènes depuis au moins la trahison de Tsípras. Mais pour la France c’est la même chose : le sémillant Macron n’a strictement aucune idée de ce qu’est la France et de ce qu’elle pourrait faire. Il se contente d’appliquer les directives de Bruxelles – les fameuses GOPEs – et de sortir la matraque quand le peuple manifeste. Remarquez que lui aussi a été mal élu, malgré les apparences, au 1er tour des élections présidentielles de 2017, il n’a réuni que 18% des électeurs sur son nom, et son parti croupion, LREM, n’a retenu sur le sien que 13% des électeurs, ce qui lui a permis tout de même d’avoir une majorité de sièges à l’Assemblée nationale. On voit que ce système post-démocratique n’a même plus l’apparence de la démocratie bourgeoise. Les journalistes ont de plus en plus de mal à en faire la promotion, ça sonne creux. Mitsotakis n’est pas équipé intellectuellement pour faire autre chose que d’approuver Bruxelles, mais les problèmes sont bien là. Tsípras qui portera tout le reste de sa vie la honte de ses trahisons, va sûrement se dégotter une sinécure rémunératrice pour tous les services qu’il a rendu au grand capital. Pour ma part, vu que Mitsotakis n’est soutenu que par la bourgeoisie et que son parti comme celui de Tsípras n’a pas été capable et ne sera pas capable de sortir le pays de l’ornière, je ne serais pas étonné de voir la Grèce comme le premier pays candidat à une sortie de l’Union européenne après le règlement du Brexit. Ce sera le cas si entretemps intervient, comme beaucoup le prédisent, une crise financière de grande ampleur[3]. Dans ce cas-là, il serait impossible de demander encore plus à la Grèce en termes d’austérité, et probablement les banques se retrouveraient dans une situation de faillite. L’exemple de la Grèce montre clairement une chose : la politique d’un pays ne se fait plus dans les urnes, soit elle se fait à l’ombre discrète des cabinets à Bruxelles et à Francfort, soit elle se fait dans la rue.

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