• Où va Syriza ?

    Où va Syriza ?

    La critique de Syriza par KKE 

    Le moins qu’on puisse dire, c’est que les interminables négociations du gouvernement grec avec l’Eurogroupe et les bailleurs de fonds suscite des réserves en Grèce même. En France le Parti communiste soutien Syriza, invite ses militants, et on avalise souvent l’idée que Syriza représenterait une gauche radicale. En Grèce au contraire l’idée que Syriza serait un parti de la gauche radicale est contestée. Et d’abord par le KKE le parti des communistes grecs qui sont restés un peu staliniens tout de même. Le KKE d’où vient d’ailleurs Tsipras qui est considéré comme un traître, adresse les critiques suivantes au nouveau gouvernement d’Athènes.

    - Il considère que les tensions apparues dans les négociations entre l’Eurogroupe et le gouvernement grec ne sont qu’une comédie destinée à faire avaler des nouvelles mesures austéritaires au peuple grec. C’est un point qu’il est difficile de juger puisqu’il signifie que Tsipras et Varoufakis ont des intentions cachées. Mais on pourrait penser que si le gouvernement s’apprête à céder sur l’essentiel, c’est plutôt pour d’autres raisons qu’une logique de fourberie.

    - Ensuite que les concessions que s’apprête à faire Tsipras sont décisives : par exemple les privatisations des ports et des aéroports, ou encore les hausses envisagées de la TVA qui non seulement sont contreproductives sur le plan économique, mais qui visent d’abord à appauvrir les pauvres. Là c’est déjà plus clair et cette critique me paraît juste et facile à comprendre.

    - il reproche également au gouvernement de Tsipras de laisser les Américains et l’OTAN s’implanter ou se développer leurs bases militaires en mer Egée ce qu’aucun autre gouvernement grec n’avait osé faire depuis 1974.

    Pour le KKE Syriza est juste un parti social-démocrate, la roue de secours du capitalisme. 

    Pourquoi rester dans l’Union européenne ? 

    Les critiques du KKE sont globalement partagées par l’aile gauche de Syriza, et bien entendu par ceux qui voudraient que la Grèce rompe avec une logique capitaliste favorable aux banques et aux multinationales. Mais le KKE est assez isolé et apparait, à juste titre, comme un parti sectaire et intransigeant. Bien qu’il arrive à mobiliser dans les différentes manifestations, sur le plan électoral il n’a pas profité de la déconfiture du PASOK et de la ND lors des dernières élections. Au contraire Syriza lui apiqué des militants et des électeurs ! Ce qui explique aussi en partie pourquoi le KKE est si raide avec le nouveau gouvernement.

    Cependant, il y a une question décisive qui doit être posée. Dans les négociations en cours qui ont vu la sortie du FMI – ouvrant peut-être la voie à un défaut – la ligne de Tsipras et de Varoufakis est restée européiste. En gros cela veut dire qu’on accepte des sacrifices – mais on en négocie l’application – à la fois parce qu’on reconnaît la légitimité des dettes de la Grèce, et parce qu’on pense qu’on ne doit pas sortir de l’Union européenne et de la monnaie unique. 

    C’est pour moi le grand mystère. En effet s’il y a une chose de claire c’est que l’entrée de la Grèce dans la zone euro, près de quinze ans tout de même, lui a coûté fort cher, que ce soit en termes de chômage ou de creusement des inégalités. Dès lors pourquoi vouloir changer l’Europe plutôt que d’en sortir ? On trouve souvent cette idée du côté de « la gauche raisonnable », les gens d’ATTAC, les Economistes atterrés et plus récemment Thomas Piketty. Un peu comme si l’idée européenne était un acquis incontournable, un progrès de l’histoire, vaille que vaille. C’est bien sûr sur cette question que butte Syriza. La volonté de faire des concessions de façon à pouvoir rester dans l’euro. Rester dans la zone euro est maintenant un fétiche, une question taboue qu’on se refuse d’interroger.

    Où va Syriza ?

      Où va Syriza ? 

    Grèce, taux de chômage officiel

    Or des raisons de sortir de l’euro et de l’Union européenne il y en a énormément, et de toutes sortes. Par exemple dans le cadre des traités européens, et bientôt avec la signature du Traité Transatlantique, il n’y aura plus de possibilité de politique alternative. Le débat gauche-droite sera enterré. Il n’y aura plus que la politique de l’offre et le remboursement des dettes souveraines. Il y a aussi le fait que l’Union européenne favorise la concentration du capital, au nom des gains d’économie d’échelle. Cette concentration du capital renforce évidemment la puissance politique des banques et des multinationales.

    Mais l’Europe travaille contre l’environnement. Si on est sincèrement écologiste, on ne peut que proposer la sortie de l’Europe. En effet en revenant au cadre national, on limite la taille des marchés et on diminue les déplacements de marchandises qui demandent en permanence de nouvelles infrastructures et qui bien entendu génèrent un accroissement continu de la pollution. En outre dans le cadre national l’Etat redevient responsable de la santé publique et peut imposer des normes qui améliorent et protègent l’environnement. En subventionnant l’agriculture, l’Etat peut lui imposer facilement un tournant vers l’amélioration de la qualité, tant il est vrai que ce qu’on a dans nos assiettes est tellement dégradé qu’on peut dire que le capitalisme a fini par nous couper l’appétit.

    Egalement en sortant de l’Europe il est plus facile de lutter contre les inégalités sociales et de contrôler l’explosion des hauts revenus. C’est en effet dans le cadre national qu’ont été mises en place les politiques préconisées par le CNR au lendemain de la Libération. On n’a pas attendu que le monde entier se soit mis d’accord sur ces principes. 

    Conclusion 

    La conclusion est double. Tandis que le PCF est devenu un parti social-démocrate, plutôt keynésien, il existe en Europe une nouvelle internationale communiste qui se met en place. Elle est assez faible, et elle se construit sur les ruines des anciens partis communistes inféodés à Moscou. Son sectarisme et sa forme complètement usée et dépassée l’empêchera d’avoir un rôle important dans le futur. Par exemple le KKE s’appuie sur un prolétariat qui n’existe pas et passe son temps à gémir sur les malheurs des ouvriers dans un pays qui n’en compte plus guère.

    Où va Syriza ?

    L’autre conclusion est que dans les deux semaines à venir on va y voir plus clair à la fois sur la stratégie des bailleurs de fonds et sur celle de Syriza. En effet si tout cela est de la comédie, nous allons voir deux choses : d’une part le FMI revenir à la table des négociations, et d’autre part Tsipras faire des concessions sur la TVA par exemple. C’est le cas de figure le plus probable. Mais alors les ennuis de la Grèce continueraient, le chômage resterait élevé et la croissance faible. Syriza suivrait alors le chemin du PASOK et probablement le parti se casserait en deux, les plus radicaux reprenant leur liberté. Cela montrait une fois de plus que la solution ne se trouve pas dans les urnes et que le vote est une forme dépassé de gouvernement puisqu’il devient même franchement un outil pour bâillonner la démocratie.

    L’autre possibilité c’est que le défaut grec soit acté et que s’organise la sortie de la Grèce de l’euro. Dans ce cas-là en moins d’un an la croissance de la Grèce repartirait, et le chômage baisserait nettement. Ce qui donnerait alors de mauvaises idées aux autres candidats à la sortie de l’euro comme le Portugal, l’Italie ou l’Espagne où vont avoir lieu des élections importantes qui pourraient voir l’émergence de Podemos comme parti de gouvernement. Je ne crois pas pourtant à ce scénario qui serait au fond la preuve que les choses peuvent évoluer pacifiquement sans trop de secousses vers une amélioration. Je pense que les intérêts bien compris de l’Allemagne et des banques c’est d’empêcher justement une remise en question de l’ordre européiste, et donc que Merkel se présentera comme celle qui réalise la synthèse entre la Grèce et les créanciers. Et la lente décomposition de l’ordre libéral en Europe continuera.  

    Liens

    http://lesakerfrancophone.net/le-parti-communiste-grec-interpelle-syriza/#fnref-10633-6

     

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