• Où va la finance internationale ?

    L’Argentine essaie de payer ses dettes

    Un juge américain, Thomas Griesa, défraye la chronique ces jours ci. En effet, ce juge d’extrême-droite, nommé en son temps par Richard Nixon, vient, à l’âge de 84 ans, d’ordonner à l’Argentine de payer « les fonds vautours » pour une somme de 1,3 milliards de $. Il s’agit en vérité d’une très vieille dette qui remonte à 2001. Les « fonds vautours » ont en réalité achetée cette dette 50 millions de dollars au moment de la crise des subprimes, et avec la patience de l’araignée, ils viennent réclamer maintenant 1,3 milliards de dollars à l’Argentine ! Un bénéfice de 1800 %, ou comment s’enrichir en dormant. Entre-temps l’Argentine avait renégocié sa dette et obtenu une ristourne de 70% avec ses autres créanciers qui représentaient environ 93% de la dette totale à payer. Le juge bossu de New-York a cependant défendu à l’Argentine de payer ces 93% là !

     

    Le juge Thomas Griesa surnommé le juge zombie de Nixon

     

    L’affaire en est là et le 31 juillet 2014, l’Argentine a été officiellement en cessation de paiement. L’immoralité de la combinaison est évidente et plutôt répugnante. En effet si les autres créanciers de l’Argentine en viennent à réclamer 100% de leurs créances, l’Argentine devrait rembourser environ 100 milliards de dollars, alors qu’elle ne dispose que d’une quinzaine ou d’une vingtaine de milliards de dollars. D’une manière ou d’une autre les fonds vautour allié qui manipule le vieux juge Griesa ruinent l’Argentine. Mais cela ne semble pas émouvoir les autorités politiques américaines un peu plus que cela.

      

    Singer, le PDG du fonds vautour Elliott et proche du parti républicain

     

    Le pouvoir des juges

     

    Essayons d’aller un peu plus loin sur la signification de cette canaillerie qui démontre un peu plus que le néo-capitalisme ne s’embarrasse plus de masquer sa cupidité sous des dehors humanistes, soi-disant le bien privé et le bien collectif devaient coïncider grâce aux belles lois naturelles du marché. Le premier point important est qu’on ne sait pas si sur le plan juridique le juge Griesa a le droit de rendre un tel jugement, étant donné que les opérations visées ne sont pas déroulées sur son territoire, et elles ne sont même pas libellées en dollars. Ce qui veut dire qu’un juge, en l’occurrence un fils de banquier, s’arroge un droit exorbitant. C’est d’autant plus grave que les conséquences d’un tel jugement pourraient aller jusqu’à la saisie des avoirs argentins sur le territoire américain. On remarque que ce type de démarche coïncide à peu près avec les colossales amendes que les Etats-Unis ont distribuées aux banques étrangères, notamment à la BNP qui a écopé d’une amende de près de 7 milliards de dollars pour avoir enfreint des règles unilatérales édictées par les Etats-Unis. Bien entendu, il ne s’agit pas ici de soutenir des banquiers fussent-ils français contre l’Empire. Mais on remarque que les Etats-Unis ont une avance très grande dans l’utilisation du droit pour racketter les pays étrangers et ainsi faire baisser la pression sur leur propre monnaie. Alors bien sûr on peut aussi remarquer que les banques étrangères ne sont pas les seules à trinquer, J.P. Morgan a aussi eu droit à 12 milliards de dollars d’amende, cependant, il faut voir dans tous ces procès un usage élargi du droit. On peut d’ores et déjà anticiper le cauchemar que serait une application du droit international dans le cadre des accords TAFTA. Le droit est devenu aujourd’hui une source de captation de la valeur et malheur à ceux qui ne savent pas s’en servir.

     

    Déboires de la mondialisation

     

    Pour élargir notre point de vue, on peut dire que tout cela est la conséquence de la mondialisation : en permettant aux banques de second rang de créer des liquidités en veux-tu en voilà, le big bang financier de la fin des années 70 a rendu les emprunteurs, Etats, mais aussi entreprises et ménages, accros au crédit ! Il va de soi que les pays plus ou moins bien développés ont un intérêt évident à ne pas emprunter à l’étranger. C’est se passer la corde au cou et entraîner à terme le pillage de son propre pays. Le fonds vautour Elliott a également été très actif en rachetant de la dette Grèce et donc indirectement a aidé à la déstructuration de ce malheureux pays.

    Si on rapproche cette histoire de ce qui se passe à propos de l’Ukraine, on se rend compte que les Etats-Unis, et d’ailleurs avec la complicité de la canaille bruxelloise, ont poussé à la prise de sanctions contre la Russie dans le but de rendre ce pays moins inoffensif, moins dangereux pour la concurrence – si par hasard il lui venait l’idée de ne pas rentrer dans le rang. Leur idée est d’étrangler la Russie sur le plan économique. Mais une telle stratégie est-elle seulement intelligente ? Je crois qu’on peut parler d’erreur stratégique aussi bien que tactique. En effet, l’opération des fonds vautour va renforcer la haine – le mot n’est peut-être pas assez fort – que les pays d’Amérique latine portent à l’endroit des Etats-Unis depuis au moins les années soixante-dix et le soutien américain à des dictatures sanglantes. Quant aux Russes, ils n’ont jamais été aussi unis derrière Poutine et tous les jours ils souhaitent que celui-ci aille un peu plus dans le sens d’un développement agricole et industriel qui rendrait la Russie un peu moins dépendante des marchés extérieurs. N’est-ce pas à un début de démondialisation que nous assistons ?

    L’Empire américain qui a imposé la mondialisation au début des années quatre-vingt, convertissant à ce catéchisme idiot l’ensemble de la social-démocratie européenne, ne semble plus avoir de boussole, faute d’avoir les capacités de reconstruire un modèle économique et social performant.

     

    Liens

    http://www.europe1.fr/Economie/BNP-Paribas-pourrait-payer-une-amende-de-6-6-milliards-d-euros-aux-USA-2160223/

    http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/06/06/20002-20140606ARTFIG00376-amendes-a-repetition-pour-les-banques-americaines.php

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/07/31/a-buenos-aires-les-argentins-se-reveillent-sous-le-choc_4465061_3234.html

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 31 Juillet 2014 à 20:41
    finance internationale
    On reste sur ce principe idiot qui consiste pour les Etats à emprunter plutôt que de faire marcher la planche à billets dont ils ont une peur irraisonnée. Je ne comprends pas pourquoi l'Argentine est tombée dans le panneau.
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