• Nouvelles de la Grèce

    Les négociations entre la Grèce, l’Eurogroupe et la BCE sont toujours assez difficiles à décrypter, mais elles évoluent. La situation en Grèce est très mauvaise, les Grecs se lassent et semblent de plus en plus considérer Tsipras comme un politicien ordinaire. Pourtant de l’issue de ces négociations dépendent beaucoup de choses. D’abord bien sûr de savoir si on peut se sortir enfin de cette politique austéritaire qui n’en finit pas et qui use les peuples les uns après les autres. Ensuite évidemment l’isolement de la Grèce. En effet celle-ci n’a pas d’appui et les soi-disant partis de gauche, le PS ou le PSOE qui ne veulent pas changer de politique, ne sont pas les derniers à la pousser lâchement dans ses derniers retranchements. 

    Desserrer l’étau

     Nouvelles de la Grèce 

    La BCE a renoncé à mettre sa menace à exécution. En effet, elle promettait à la Grèce de couper les liquidités si elle ne se soumettait pas d’ici au 24 avril 2015, en gros si elle ne produisait pas des réformes suffisantes selon les propres critères de la BCE, en ce qui concerne les retraites et le marché du travail. Cette date est passée, la Grèce n’a pas cédé au chantage. L’idée était de ne plus prendre en compte les collatéraux qu’avec une décote de 50% sur proposition de Draghi. Mais la BCE n’a pas suivi, elle a au contraire augmenté la couverture des banques grecques en liquidités. Ce qui veut dire qu’elle a conscience que c’est elle – et l’Allemagne – qui a le plus à perdre à une sortie de la Grèce de l’euro, comme je le disait il y a encore quelques semaines. 

    Les reculades de l’Allemagne

     Nouvelles de la Grèce
     

    Il semble que les choses évoluent. Tout d’abord parce que le président allemand, Joachim Gauck, a avancé que l’Allemagne devait examiner les manières de solder leur dette vis-à-vis de la Grèce. C’est un pas considérable par rapport à la position de Schaüble qui refusait d’envisager même de discuter. C’est ce même Joachim Glauck qui vient de reconnaître explicitement le génocide des Arméniens. Chose que l’Allemagne jusqu’ici refusait de faire, sans doute à cause de ses liens historiques avec la Turquie. Dans les deux cas, Glauck qui n’a qu’un rôle symbolique, remet en question le bien-fondé de l’intransigeance de Merkel et Schaüble, et plus précisément le manque de diplomatie de ce couple infernal. Cette double question – de la Grèce et des Arméniens qui ne sont pas des peuples « amis » - pose celle de savoir quelle somme serait due. Si cette somme est importante – on la chiffre entre 200 et 1000 milliards d’euros – cela équivaudra a voir l’Allemagne prendre la dette de la Grèce à sa charge dans sa quasi-totalité. Mais en a-t-elle les moyens ? Je ne le pense pas. 

    Varoufakis écarté 

    En échange d’un assouplissement évident de la bureaucratie européiste, Tsipras a fait en apparence une concession en se séparant de Varoufakis. Bien que ce dernier ne soit plus la tête de l’équipe chargée des négociations, il reste ministre de l’économie. Il a été remplacé par Euclide Tsakalotos. Il n’est pas sûr que les européistes y gagnent. En effet, bien que lui aussi ait été formé en Angleterre où il a fait des études d’économie, il est plutôt réputé comme plus à gauche que Varoufakis. Il se pourrait donc justement que l’arrivée de Tsakalotos fasse accélérer les choses et qu’on voit dans les semaines à venir l’Allemagne et l’Eurogroupe faire des concessions importantes afin de garder la Grèce dans l’euro. Il y a aussi d’autres arguments qui militaient en faveur de l’éloignement de Varoufakis des dossiers sensibles, non seulement son trop grand goût pour le compromis, mais aussi sa façon de se mettre en avant y compris dans les pages de Paris Match !

     Nouvelles de la Grèce 

    Néanmoins, bien qu’on sente que les européistes sous la férule allemande soient maintenant prêts à des concessions, on voit mal comment les négociations pourraient aboutir à un accord positif sans une renégociation de la dette grecque, ce que pour l’instant on se refuse d’envisager du côté de la troïka. En tous les cas nous avons une certitude maintenant, c’est que les créanciers sont très partagés : il y a ceux qui veulent aller jusqu’au bout et faire plier la Grèce pour des raisons politiques, et puis ceux qui comprennent maintenant qu’à envoyer le bouchon trop loin ils risquent non seulement de pousser la Grèce à la cessation de paiement, mais en outre d’accélérer la disparition de l’euro ce qui serait tout de même une catastrophe pour l’Allemagne qui ne prospère que grâce à la monnaie unique !!

    Conclusion

    Le fait que les négociations soient si difficiles à décrypter en dit long sur l’absence de démocratie dans laquelle se complait l’Union européenne. Il est assez anormal que les Grecs comme les autres citoyens européens ne sachent pas ce qui se passe. C’est cela d’ailleurs qui nous fait comprendre que l’enjeu de cette bataille n’est ni technique, ni économique, mais bien politique.

    Liens 

    http://www.greekcrisis.fr/2015/04/Fr0425.html#deb

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/la-bce-renonce-a-durcir-les-conditions-d-acces-a-la-liquidite-des-banques-grecques-471095.html

    http://www.reuters.com/article/2015/05/01/us-eurozone-greece-germany-reparations-idUSKBN0NM43J20150501

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-comment-alexis-tsipras-tente-de-contourner-les-blocages-des-creanciers-472947.html 

    http://www.boursorama.com/actualites/grece-euclide-tsakalotos-l-anti-varoufakis-8bc14029f007375fb1f8b3c79f0646bd 

     

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-comment-alexis-tsipras-tente-de-contourner-les-blocages-des-creanciers-472947.html 

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  • Commentaires

    1
    Aubert
    Mercredi 6 Mai 2015 à 11:36

    Très bon article, synthétique montrant les enjeux et les forces politiques. Peut-être un oubli, rappeler que ce qui se passe en Grèce nous concerne tous, et nous Français en premier lieu, car l'Allemagne joue avec nous comme avec les grecs et voudrait imposer des réformes contre la démocratie.Superbe conclusion qui synthétise tout.

    2
    Mercredi 6 Mai 2015 à 14:19

    oui, si il faut parler de la Grèce c'est pas seulement par compassion. C'est parce que c'est là que s'élabore notre futur. C'est en quelque sorte un galop d'essai. 

    Je pense cependant qu'on n'est plus en démocratie, fusse-t-elle parlementaire et bourgeoise. C'est évident depuis 2005 et ça ne fait que s'aggraver.

    3
    Ollaf
    Mercredi 6 Mai 2015 à 18:38

    Il ne faut surtout pas se faire d'illusion, 'le capital financier international vaincra'. La voie social-démo, même de "gauche", reculera plus ou moins vite selon les rapports de force, tant au niveau national, qu'international et s'alignera aux exigences du Capital. Et si jamais ce n'était pas le cas, l'armée veille et restaurera la "démocratie".

    Les "gauchistes" avaient raison en 68: "une seul solution la révolution sociale". Et cela se prépare dès aujourd'hui et ne semant aucune illusion !

    4
    Mercredi 6 Mai 2015 à 18:44

     C'est bien possible, mais rien n'est sûr en la matière. Et ce n'est pas parce qu'on souhaite une révolution qu'elle viendra. Pour ma part j'ai une vision plus pragmatique de la situation. Je pense qu'il faut d'abord sortir de l'Europe car celle-ci renforce le capital. Marx a toujours cru que la révolution était pour demain, il est mort bien avant. La justesse d'une analyse ne se transforme pas forcément en une force capable de renforcer les montagnes. Mais il y a aussi le fait qu'on ne peut pas faire la révolution tout seul, il faut une adhésion très large du peuple dans ses diverses composantes. 

    Quant à Mai 68 les "gauchistes" étaient minoritaires dans les manifestations et sur les barricades. La masse était celle des désorganisés, des sans parti. Et j'en parle en connaissance de cause. 

    5
    Fabien
    Jeudi 7 Mai 2015 à 12:05

    Ce qui encore une fois démontre bien que, dans un accord, les 2 parties sont liées pour le meilleur et pour le pire, qu'elles le veuillent encore ou pas. La troika peut bien faire des menaces : sa crédibilité ira s’affaiblissant si elle ne les met pas à exécution par peur de créer un précédent en faisant sortir la Grèce de l’Euro. Bien joué, les grecs: que pouvait-on attendre d'autre en période de crise quand les politiques décident à l'encontre de l'opinion de la masse? C'est de bon augure, après qu'en France, le sénat et l'assemblée nationale aient invalidé le refus de l'Europe suite au référendum du traité de Lisbonne en (je ne sais plus quelle année) ! La même chose doit-elle se préparer pour le TAFTA ?

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