• Nouvelles de l’Europe, protectorat américain

     Les nouvelles de l’Europe, ce bateau ivre sans coque et sans gouvernail, sont de plus en plus mauvaises. Entre deux élections, la tournée d’Obama, VRP des multinationales, est destinée à la sauver. Il est venu donner la leçon aux Anglais qui menacent de sortir de l’UE, puis il a été en Allemagne pour expliquer combien se priver du TTIP ou TAFTA. En Autriche, l’extrême droite est arrivée en tête des élections présidentielles, très loin devant les partis européistes traditionnels qui sont alliés dans la conduite du pays. 

    La leçon faite aux anglais

      Nouvelles de l’Europe, protectorat américain

    Dans un article sur son blog, Sapir avançait que l’intervention d’Obama pour convaincre les Anglais de  rester dans l’UE était bien la preuve s’il en fallait encore une que ce projet était bien celui des Américains et de leurs affidés comme le banquier Jean Monnet par exemple[1]. Comme tous les bons européistes, Obama a menacé, expliquant que non seulement de rester dans l’Europe c’était très bon pour les Anglais, mais que d’en sortir entrainerait certainement les pires calamités sur ce malheureux pays. On se demande pourquoi Obama se donne-t-il autant de mal. La première réponse qui vient à l’esprit est que le Brexit est en passe de l’emporter et donc qu’il faut bien tenter de l’empêcher. Bien évidemment si les avantages de l’Union européenne pour les Anglais, ceux-ci ne se poseraient même pas la question. Mais l’Union européenne dans tous les domaines démontre qu’elle ne sait qu’engendrer le chaos, et pas plus qu’elle ne sait faire face à une crise économique, elle ne sait pas gérer la question des migrants.

    Obama s’est donc tenu sur la ligne des banquiers de la City qui eux ont un véritable intérêt à l’Union européenne. Ce sont d’ailleurs eux qui ont sponsorisé une étude complétement bidonnée sur les pertes de revenu que subiraient les Anglais en cas de Brexit. Un chiffre a été avancé, cela coûterait 5,5% du PIB et donc aussi 950 000 emplois. Il n’est pas la peine de dire comment cette étude est bidonnée. Il ne circule pas de méthodologie, ni même à quelle échelle de temps ces 5,5% de perte se manifesteraient. Le but est évidemment de faire peur. Comme on peine à montrer les avantages de l’UE, on avance des hypothèses farfelues sur le coût.

    La seule question importante est de savoir comment les britanniques vont recevoir cette nouvelle leçon de l’Amérique. Il n’est pas certain que justement cette ingérence manifeste ne se retourne contre ceux qui la manigancent. Pour l’instant les sondages sont indécis, mais en la matière l’indécision est sans doute profitable au Brexit. Les pro-Brexit, Nigel Farage et Boris Johnson n’ont pas manqué de souligner l’incongruité de la posture d’Obama, avançant qu’un président américain, de surcroît d’origine kényane, n’avait pas les qualités voulues pour faire la leçon aux britanniques. Passons sur le contenu raciste de leur intervention[2], c’est la seule chose que les médias aux ordres ont voulu retenir. En vérité derrière le référendum sur le Brexit, il y a la question bien plus importante du TTIP. C’est cela qui intéresse d’abord les Américains : consolider l’empire face à la montée de l’émergence d’axes concurrents comme l’axe Moscou-Pékin qui se met en place doucement mais sûrement.

    On notera que les partisans du Brexit ont refusé de se trouver parrainés par Marine Le Pen qui voulait leur apporter son soutien. Mais les défenseurs britannqiues du Brexit ne veulent pas s’acoquiner avec un parti qu’ils identifient à l’extrême-droite[3]. 

    Manifestations en Allemagne

     Nouvelles de l’Europe, protectorat américain 

    En vérité, la tournée d’Obama en Europe a aussi pour but de resserrer les liens avec l’Allemagne, Merkel étant le meilleur porte-voix en Europe du TTIP. Il a donc été reçu en grande pompe pour venir vendre sa soupe aigre. Car si Merkel est le meilleur soutien du TTIP en Europe, l’Allemagne  est aussi le pays où ce TTIP est le plus vivement contesté. On sait que seulement 17% des Allemands – sans doute le patronat et les classes supérieures – y sont favorables. Ce qui ne fait pas beaucoup tout de même. Mais pire encore il y a deux ans, le soutien des Allemands à TAFTA était de 55%, c’est peu dire que d’affirmer que le soutien s’effrite, un peu comme quand on a fait cette longue campagne d’explication du TCE en 2005[4]. Or, le renouvellement du Congrès à la fin de l’année 2016 et l’élection présidentielle sont des événements à haut risque. En effet, les Etats Unis sont travaillés, comme le montre les succès des campagnes de Trump et de Sanders, par l’idée d’un retour au protectionnisme qui permettrait de relocaliser des activités industrielles dans le pays. Hillary Clinton devrait être la nouvelle présidente. Mais le succès des deux autres candidats que nous avons cités devrait l’amener à gauchir son programme économique. On sait par ailleurs que le Congrès est assez réticent pour voter le TTIP qu’il trouve trop favorable aux multinationales et pas assez à l’économie. Pour le TTIP, c’est un peu la même chanson, les études qui ont été commandées par Bruxelles montrent que le gain serait positif, mais tellement faible qu’il s’apparente plus à l’idée d’un aléa statistique. Mais plus récemment, c’est un rapport américain sur les gains potentiels du TTIP qui instillé le doute : les Américains seraient gagnant sur le plan financier, mais les Européens seraient perdants[5]. En outre, de nombreux désaccords européens se font jour, et la France traîne les pieds pour signer un tel accord. On comprend qu’Obama soit pressé. Le temps joue contre cet accord maudit, sans parler des mauvaises manières de la bureaucratie européiste qui a tenté longtemps de dissimuler le contenu des négociations. Plus le temps passe, et plus l’opinion publique en prenant connaissance de son contenu refuse cet accord.

     Nouvelles de l’Europe, protectorat américain 

    C’est dans ce contexte, juste avant la venue d’Obama en Allemagne, que les anti-TAFTA ont organisé une grande manifestation à Hanovre. Contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, l’Allemagne n’est plus un pays paisible, et la chancelière y est maintenant très contestée. En effet, les Allemands prennent l’habitude de manifester depuis plusieurs mois. Ils ne veulent ni du TTIP, ni des migrants : le parti AfD qui a le vent en poupe, vient de lancer une campagne contre l’accueil des migrants et prétend empêcher la construction de mosquées et de lieux de prières pour les musulmans, avançant même que l’islam est incompatible avec la constitution allemande[6]. Contrairement aux apparences, ces manifestations ont les mêmes racines : c’est l’Europe qui est contestée, et au-delà, la mondialisation. Et bien sûr c’est aussi le leadership américain de cette mondialisation qui fait apparaître celui-ci comme le grand organisateur de ce chaos. En tous les cas ces manifestations qui fleurissent un peu partout dans le monde, montre que les formes traditionnelles de la démocratie son contestées. Et si elles sont contestées c’est parce que le pouvoir ne prend pas garde à consulter le peuple et croit qu’il pourra tout lui faire avaler. On pourrait dire que c’est là le contrecoup de l’évolution vers la post-démocratie. 

    Elections en Autriche

     Nouvelles de l’Europe, protectorat américain 

    Les élections présidentielles en Autriche ont remis sur le devant de la scène l’extrême-droite. En effet, au premier tour, c’est le candidat du FPÖ qui est arrivé largement en tête avec plus de 36% des voix. Suivi par le candidat soutenu par les écologistes qui fait près de 20%. Les deux partis de gouvernement le SPÖ et l’ÖVP ne seront pas au second tour ! Il faut dire que ces deux partis se sont alliés pour gouvernement dans un sens qui ne déplaise ni à Bruxelles, ni aux milieux d’affaires[7]. Le monde parle pudiquement de l’usure des partis au pouvoir. C’est une analyse bien paresseuse. Le résultat est toujours le même ; lorsque les sociaux-démocrates s’allient avec la droite classique, ils disparaissent encore plus rapidement de la scène politique. Là encore c’est l’Europe qui est en question. La campagne a porté pour une très grande partie sur la question des migrants comme cela était prévisible. Les Autrichiens ont pourtant une économie qui fonctionne plutôt bien, le chômage est certes en augmentation depuis 3 ans mais, il reste limité à % de la population active. Cependant, depuis quelques mois la situation se dégrade[8] . Dans un tel contexte, l’arrivée massive des migrants joue un rôle de détonateur. Manifestement les Autrichiens ne croient pas que les migrants soient une chance pour leur pays. il n’est plus temps d’essayer de faire peur avec le retour de l’extrême-droite, ça ne marche plus. La montée de l’extrême-droite renvoie plutôt directement à l’incompétence des partis européistes qui ont failli. D’un point de vue tactique, de partout où l’alliance se fait entre la droite et la social-démocratie, c’est un désastre, ce sont les partis d’extrême-droite qui en profitent. Essentiellement parce que cette alliance prive les électeurs de possibilité d’alternance. Que ce soit dans un gouvernement ou dans la pratique du pouvoir, le fait qu’on ne puisse plus distinguer la droite de la gauche amène aussi une montée radicale de l’abstention.

     

    Ce rapide tour d’horizon montre que le projet européen est atteint en plein cœur. C’est ce qu’admet d’ailleurs Jean-Claude Juncker qui parle d’un effacement de l’idéal européen[9]. Mais il n’a pas la méthode pour ranimer un projet moribond qui a fait ma preuve de sa nocivité. C’est terminer, il faut maintenant passer à autre et reconstruire le monde de l’après-libéralisme. 

     

     


    [1] https://russeurope.hypotheses.org/4893

    [2] http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique-nord/brexit-boris-johnson-s-en-prend-a-obama-en-partie-kenyan_1785476.html

    [3] http://www.metronews.fr/info/marine-le-pen-indesirable-outre-manche-qui-pourrait-elle-rejoindre-sur-la-liste-des-bannis-du-royaume-uni/mpdy!uOWOg6IfGmEH6/

    [4] https://stoptafta.wordpress.com/2016/04/21/le-soutien-au-ttip-tafta-en-chute-libre-en-allemagne-et-aux-usa-sondage/

    [5] http://lesmoutonsenrages.fr/2015/12/25/un-rapport-americain-sur-le-ttip-est-sans-appel-les-europeens-nont-pas-grand-chose-a-gagner/

    [6] http://www.lepoint.fr/monde/allemagne-pour-l-afd-l-islam-est-incompatible-avec-la-constitution-18-04-2016-2033137_24.php

    [7] http://www.lemonde.fr/international/article/2016/04/24/l-extreme-droite-en-tete-au-premier-tour-de-l-election-presidentielle-en-autriche_4907829_3210.html

    [8] http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/l-autriche-en-plein-marasme-economique-479813.html

    [9] http://www.euractiv.fr/section/politique/news/juncker-admits-europeans-have-lost-faith-in-the-eu/

    « Alain Guérin, La Résistance. Chronique illustrée 1930-1950, six volumes, Livre Club Diderot, 1972-1976Grandeur et misère de Nuit debout : l’ombre de mai 1968 »
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