• Nouvelle donne, un nouveau parti de gauche

     

    Un nouveau parti politique qui se veut de gauche vient d’apparaître sur la scène politique française. Il est un des premiers résultats des errements de la politique de François Hollande, une conséquence du fait que manifestement celle-ci n’est pas une politique de gauche et qu’elle aggrave les difficultés pour les personnes les plus modestes. Il est probable qu’après les Européennes, d’autres défections suivront, notamment du côté de ce qu’on appelle la gauche du PS. La création de ce nouveau parti sera annoncée le jeudi 28 novembre au Café du croissant, à Paris, lieu où a été assassiné Jaurès.

    Ce nouveau parti est emmené par Pierre Larrouturou, en quelque sorte la figure politique, mais il compte déjà dans ses rangs des hommes et des femmes, par exemple le vieux Edgar Morin, penseur de la modernité, Dominique Méda, militante de la baisse radicale de la durée du travail et du développement du temps de loisir. Olivier Berruyer qui a écrit beaucoup de choses intéressantes sur la crise et ses conséquences est également de l’aventure. Mais également soucieux d’accroitre leur visibilité les créateurs de ce nouveau parti ont enrôlé aussi Bruno Gaccio, humoriste décapant qui s’est fait connaître pour ses chroniques sur Canal+ et par le biais des Guignols de l’info et encore Isabelle Maurer, une militante alsacienne qui avait fait grand bruit lors de sa confrontation avec Jean-François Copé dans une émission télévisée qui avait fait le tour de la toile il y a quelques mois. Jean Gadrey, économiste, dont les travaux très intéressants ont mis en lumière les insuffisances des calculs du PIB comme indicateur du bien-être est aussi là. Guy Bedos, mais aussi le syndicaliste de la CFDT Edouard Martin sont également annoncés.

    Le noyau dur est en fait la motion 4 du PS qui avait obtenu presque 12% au dernier congrès et qui avait été écarté brutalement par la bureaucratie solférinienne. Mais la création de ce parti est également parrainé par Susan George la présidente d’honneur d’ATTAC.

    Si ce nouveau parti a choisi le nom de « Nouvelle donne », ce n’est pas au hasard, c’est d’abord en référence au New Deal de Franklin Roosevelt, c’est-à-dire à l’idée que seule une rupture forte permettra d’avancer sérieusement : pour Pierre Larrouturou, il faut changer notre manière de raisonner, arrêter de penser que en écrasant le coût du travail on va retrouver la compétitivité, la croissance et l’emploi.

    Nouvelle Donne est un des éléments importants qui intervient dans la recomposition du paysage politique qui s’annonce comme la conséquence inévitable de l’effondrement de la crédibilité de l’UMP et du PS comme partis de gouvernement.

    Sur la base de ces généralités, on ne peut être que d’accord avec lui. Depuis un peu plus de dix ans les politiques de droite et de gauche se succèdent, sans que cela ne change rien sur la réalité sociale du pays. La crise économique que nous subissons depuis au moins cinq ans demande de nouvelles solutions. Evidemment en décryptant un peu les positions prises par les uns et les autres, on va trouver des points qui nous plaisent et d’autres qui nous plaisent moins.

    Parmi les points qui nous semblent positifs, il y a le fait que ce parti ne croit pas à une relance de l’économie du côté de l’offre, donc que la solution serait une recherche de plus de compétitivité. Deux raisons à cela, la première est que clairement alors que le chômage augmente et que les faillites d’entreprises se font plus nombreuses, nous nous trouvons en face d’une crise de la demande. La seconde est que le progrès technique étant arrivé à un niveau très élevé, le chômage structurel ne peut être que très haut, sauf évidemment à répartir d’une autre manière la richesse et le travail. Ce n’est donc pas la question de la production qui est posée, mais celle de la répartition de la valeur. Cela accompagne assez bien l’idée que l’industrialisation du monde a atteint un maximum et qu’on ne peut guère aller plus loin en visant à produire toujours plus. Pour cette dernière raison, il n’est pas étonnant qu’on retrouve à Nouvelle Donne d’anciens militants écologiques.

    Les points de désaccords que je manifesterais par rapport à ce nouveau parti sont de deux ordres. D’abord il manifeste une tendance pro-européenne, ils ressortent la vieille chanson d’une réforme de l’Europe vers une Europe sociale, comme si nous devions attendre d’une transformation de celle-ci un nouveau départ. Le cadre institutionnel choisi me paraît faux, essentiellement parce que pour aller vers une Europe sociale il faut modifier les traités européens et que cette modification ne peut se passer de l’unanimité des 28 pays qui composent l’UE. Or la logique de chaque nation étant par nature différente de celle de ses partenaires, l’unanimité ne peut se réaliser que par le bas et non par le haut. C’est d’ailleurs pour cette raison que les caciques de l’UE ont toujours visé l’élargissement plutôt que l’approfondissement, le but étant de verrouiller les possibilités et de réduire l’Europe à sa logique financière et mercantile.

    Pierre Larrouturou est aussi un défenseur de la décentralisation de l’Etat et donc de l’émergence d’une Europe des régions. C’est un complément logique de l’engagement européen. Mais cela ne nous convient pas, car la décentralisation prive l’Etat des moyens de s’opposer aux multinationales et aux banquiers. En effet, que ce soit en ce qui concerne le règlement de la question de la dette, ou en ce qui concerne la réglementation des activités bancaires transfrontalières, seul l’Etat et une Banque centrale qui n’est pas indépendante ont les moyens de s’opposer à la mobilité du capital. L’émergence d’une Europe des régions qui ne peut que plaire aux multinationales et aux banquiers, divise le pouvoir de l’Etat.

    Le défaut central de ce nouveau parti – dont un grand nombre d’idées provient de la Deuxième Gauche et de proches de Michel Rocard – est qu’il ne vise pas à limiter la propriété privée des moyens de production, comme il ne vise pas à maîtriser la création et la circulation du crédit. Pour ma part je pense qu’une vraie politique de gauche qui vise la diminution des inégalités de revenus et la baisse radicale du chômage ne peut pas se passer de l’Etat. Si je pense que la solution passe par une baisse radicale du temps de travail, je ne pense pas que celle-ci puisse s’imposer sans que l’Etat ne légifère en la matière. Mais Dominique Méda, Pierre Larrouturou préfèrent manifestement que l’Etat intervienne dans la redistribution ex post en fournissant à chacun un revenu minimum qui serait détaché de l’activité productive. A l’inverse je pense que la gauche ne doit pas se priver de la vieille idée socialiste selon laquelle tout passe par la réappropriation des moyens de production. Pour cette raison je suis partisan d’un vaste programme de nationalisations qui concernerait d’abord l’ensemble du secteur bancaire, et ensuite toutes les entreprises qui fonctionnent comme des monopoles de fait : la production et la distribution de l’énergie, les réseaux autoroutiers, mais aussi ceux de la distribution de l’eau. Cela me paraît être un préalable à un changement radical d’orientation du système productif. En outre, puisque Nouvelle Donne affiche un souci de préservation de l’environnement, j’ajouterai que le déploiement d’une politique économique et sociale dans le cadre national permettra de limiter les déplacements de marchandises et sera mieux à même de mettre en place des circuits courts.

    Comme on le voit Nouvelle Donne a un profil propre à attirer ceux qui se sentent modernes – européens, post-industriels – et qui ne veulent pas revenir à la question du socialisme. On peut prédire facilement à la fois son succès de court terme – des militants du Modem le rejoindront – et son échec en longue période, car avant que leur logique s’impose dans les faits, il est probable que l’euro aura disparu et que l’Union européenne ne sera plus qu’une coquille vide.

    En attendant, on lira dans les jours qui viennent leur programme politique qui est en cours d’élaboration.

    Lien 

    http://www.nouvelledonne.fr/

    « Edmond Buchet, Les auteurs de ma vie, Buchet-Chastel, 1969Les sondages, la gauche et le changement social »
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  • Commentaires

    1
    vigneron
    Lundi 9 Décembre 2013 à 11:41
    nouvelle donne
    Ne vous inquiétez pas, il me semble que vos idées sont en partie représentées à Nouvelle Donne, en tous cas pour ce qui est du recours au protectionnisme et à l'abandon de l'euro. Je veux parler du très suspect actuaire AXA/blogueur/fan officiel d'Allais et Rueff/ intervenant permanent chez Bfm Bizness/intervenant épisodique chez Radio Ici et Maintenant (!), Berruyer bien sûr.
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