• Nouveau sondage sur l’Europe institutionnelle

     Nouveau sondage sur l’Europe institutionnelle

    Constat d’échec

     

    Les institutions européennes sont en train de s’effondrer par manque évident de résultats. Un nouveau sondage du Pew Research Center démontre la   progression rapide de ce qu’on appelle pudiquement l’euroscepticisme[1]. Cet organisme analyse l’évolution des attitudes des Européens depuis des années[2]. Et cela fait un bon moment maintenant qu’il pointe un déclin constant des illusions face aux institutions européennes. Ce sondage a fait déjà réagir le journal Le monde, propagandiste en chef de l’européisme débridé, de la plus mauvaise manière en tirant la conséquence que les Français sont les apôtres du « repli sur soi »[3]. Alors qu’on va le voir le sondage indique d’abord que les Français, comme les autres, mais disons un peu plus que les autres, veulent retrouver leur souveraineté. Mais ce sondage est aussi la preuve que les Européens savent juger les institutions qui les martyrisent. Ce qui remet en question les idées lénifiantes de Hollande et de Juncker selon lesquelles le désamour de l'Europe viendrait d'un manque de connaissance de celle-ci, et donc que ce déficit d'image pourrait être corrigé par une meilleure diffusion de l'information. 

    Le premier enseignement à tirer de ce nouveau sondage effectué ce printemps-ci, est que les européens dans leur ensemble considèrent que l’Union européenne a échoué sur deux sujets décisifs : l’économie et la gestion de la crise des migrants. En ce qui concerne l’économie, l’Union européenne est complètement désapprouvée : même dans les pays qui semblent aller un peu mieux, elle n’obtient jamais le quitus d’une majorité de la population. Plus massivement, la majorité des européens désapprouve ses orientations, cela pouvant aller jusqu’à plus de 90% pour la Grèce. Ce qui promet une fin de mandat peu paisible pour Tsipras. Il va de soi que l’économie est le premier critère de jugement de l’efficacité d’une politique, ne serait-ce qu’à cause de la question de l’emploi. Mais l’Europe est tellement peu stable et tellement incertaine qu’elle ne rencontre aucune part les faveurs d’une majorité sur le plan de sa politique économique mise en place.

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    Il va de soi que les multiples scandales économiques accentuent cette défiance : par scandales, nous entendons aussi bien les magouilles des multinationales comme Monsanto pour faire prolonger la durée d’utilisation de son Round up, que les révélations sur les pratiques fiscales du Luxembourg et de son ancien premier ministre Juncker pour aider les multinationales à payer moins d’impôts, ou même encore le pantouflage éhonté des anciens commissaires de l'Europe qui sont récompensés pour leur bon et loyaux services en retrouvant des postes très bien rémunérés dans de grandes entreprises..

    La condamnation de la politique de gestion de la crise des migrants est également unanime. Tous les pays européens considèrent que cette politique est néfaste. Là encore la Grèce qui est le pays placé en première ligne atteint des scores de rejet de plus de 90% ! Et pourtant comme je l'ai dit dans un billet il y a quelques semaines, les Grecs sont des gens très accueillants, ouverts à la misère d'autrui.

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    En sortir ou pas 

    Evidemment au moment où le Royaume Uni s’apprête à voter le Brexit[4], ce sondage montre que l’Union européenne qui s’est faite toujours et avec constance contre les peuples est condamnée à moyen ou long terme. La journaliste du Monde qui commentait les résultats de ce sondage montrait que paradoxalement les Français qui deviennent les plus eurosceptiques, sont aussi ceux qui voudraient voir transférer le plus de pouvoir des Etats nationaux vers l’Union européenne. Elle se trompe plus que lourdement parce qu’en réalité même en France c’est à peine un tiers des Français qui voudraient plus de pouvoir pour l’Europe, ce qui n'est plus un paradoxe, mais qui correspond seulement au noyau dur européiste. Ce n’est pas beaucoup et en tous les cas très insuffisant pour justifier ces transferts. Autrement dit l’Europe fédérale à laquelle rêvent certains politiciens n’est certainement pas pour demain. Et c'est tant mieux car avec l'incompétence qui la caractérise, l'Union européenne serait un véritable danger pour la paix si par malheur on lui confiait la gestion d'une armée.

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    Ce sondage explique finalement pourquoi les Français sont très nombreux à réclamer eux aussi un référendum sur le maintien de notre pays dans l’Union européenne[5]. Il y a une cohérence évidente qui amènera notre pays à prendre sans doute à la tête de la dissolution définitive des institutions européennes.

    Mais le sondage du Pew Research Center apporte un autre élément de réflexion : il est impossible de dire que la volonté de sortir de l’Union européenne oppose la droite et la gauche. En effet selon les pays la droite est plus pour la dissolution de l’Europe que la gauche, c’est le cas du Royaume Uni, bien que les électeurs du parti travailliste soient bien plus nombreux à vouloir un affaiblissement des pouvoirs de l’Union européenne, seulement 11% des électeurs travaillistes sont favorables à une plus forte intégration européenne.

    Ailleurs c’est gauche qui est plus favorable à la sortie : par exemple en Espagne avec l'importance prise par Podemos. Pour la Grèce la cause est entendue, gauche et droite réunies sont pour la sortie. Pour la France, si dans un premier temps c’est le Front National qui est apparu comme le parti de la sortie de l’euro et de l’Europe, il se développe maintenant une tendance de gauche pour cette même sortie. Cela est sensible dans l’évolution du Parti de gauche de Mélenchon, même au sein du PCF où l’opposition à la ligne de Pierre Laurent sur la question d’une Europe sociale grandit. Et sans doute que le développement de cette tendance anti-européiste de gauche explique pour beaucoup l'effondrement du P"S".

    Tout confirme que le combat politique de l’heure est celui d’une union nationale dans chacun des pays pour sortir de ce cauchemar post-démocratique. Certains vous diront qu’il est hors de question de s’allier avec la droite ou l'extrême-droite pour sortir de l’Europe. Mais je ferais deux remarques :

    1. d’abord cette alliance avec l’extrême-droite nationaliste a déjà existé, c’était pendant la Seconde Guerre mondiale pour chasser les Allemands de notre territoire, et il a bien fallu mettre entre parenthèse les querelles politiciennes pour appuyer ce mouvement, ce qui n’a pas empêché la gauche de rester elle-même et même de se développer puisqu’elle a pu faire adopter son programme économique et social à la Libération ;

    2. aucune évolution politique ne sera possible sans que nous ne retrouvions notre souveraineté nationale. A quoi cela peut-il bien servir d’être de gauche si nous n’avons pas de perspectives sérieuses sur le plan institutionnel pour applique autre chose que les directives de Bruxelles ? Le misérable quinquennat d'Hollande en témoigne. La bataille en cours à propos de la loi El Khomri a fait clairement voir que celle-ci était en cohérence avec la logique de l’Union européenne[6]. Autrement dit nous n’avons pas le choix, dénoncer la loi El Khomri n’a pas de sens si on reste dans l’Union européenne puisqu’en effet celle-ci est d’abord fondée sur la concurrence entre les nations et donc sur la concurrence entre les salariés et que cette concurrence a besoin pour s’affirmer essentiellement d’un marché du travail flexible. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la solidarité internationale entre les peuples sera facilitée par le retour des nations, alors qu’à l’inverse l’Union européenne engendre au contraire les crispations et les détestations entre les peuples, c’est la conséquence de la mise en pratique de l’idéal de concurrence : voyez à quel point les Grecs haïssent les Allemands aujourd’hui. 



    [1] http://www.pewglobal.org/2016/06/07/euroskepticism-beyond-brexit/

    [2] J’avais déjà commenter les résultats de ce site : http://in-girum-imus.blogg.org/les-sondages-la-gauche-et-le-changement-social-a117198140

    [3] http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/06/08/union-europeenne-les-francais-de-plus-en-plus-eurosceptiques_4941770_3214.html

    [4] Bien que cela ne soit pas encore fait, il semble que les sondages indiquent que le Royaume Uni va sortir de l’UE. http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/les-pro-brexit-prennent-la-tete-des-sondages-la-livre-s-en-trouve-chahutee_1799396.html

    [5] http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/03/12/une-majorite-de-francais-souhaite-un-referendum-sur-le-frexit-la-sortie-de-la-france-de-l-ue_4881768_3214.html

    [6] http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/05/26/31001-20160526ARTFIG00104-l-union-europeenne-assume-la-loi-el-khomri-c-est-elle.php

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