• Note sur le Front National

     

    Marine Le Pen à Marseille ce dernier week end

    La montée du Front National parait inéluctable. Le discours de Marseille dimanche 15 septembre 2013 était l’illustration que le Front National, malgré sa volonté de se policer est un parti d’extrême droite dont les tendances pétainistes finissent toujours par ressortir. Néanmoins, il convient de comprendre pourquoi le Front National va faire un tabac dans les années qui viennent si on veut le combattre de manière efficace.

    Le premier point, et probablement le plus important, est que le Front National parle au peuple un langage populaire et simple. Et celui-ci s’appuie d’abord sur un rejet de l’Europe et de l’euro dont les échecs sont de plus en plus évidents. C’est le seul parti important qui dit clairement que toute solution politique passe préalablement par la sortie de l’euro. C’est parce que la gauche s’est abandonnée malencontreusement en 1983 aux sirènes de l’Union européenne qu’elle a perdu tout enracinement populaire. Et face aux dégâts engendrés par le libéralisme à tout crin, elle se retrouve sans solution audible.

    Le second point est qu’en se repliant sur le combat pour les droits et les valeurs, le mariage homosexuel ou d’autres sujets qui n’intéressent que très peu de monde, la gauche se coupe un peu plus du peuple, non pas parce que le peuple condamnerait l’homosexualité, mais parce qu’à l’évidence, ce n’est pas un sujet important, il concerne une poignée de personnes, et qu’il apparait que le chômage, la dégradation de la protection sociale sont des problèmes autrement plus urgents.

    Il est également remarquable que le Front National ait été en pointe sur la question syrienne, accusant François Hollande d’être à la botte des Américains. Cet anti-américanisme primaire est une partie du fonds de commerce que le Parti communiste a abandonné en même temps qu’il a abandonné ses électeurs.

    Personnellement je ne vois pas à court terme la gauche, y compris Le Front de gauche, se réformer sur ces deux points fondamentaux. Pour autant, le Front National reste handicapé par son ADN. C’est un parti dont les origines lointaines sont pétainistes. Et c’est encore ce qu’a montré le discours de Marine Le Pen à Marseille. En prenant prétexte de la montée de l’insécurité, elle en a profité pour ressortir les vieilles querelles racistes. Egalement, ses positions répressives et antidémocratiques ont de quoi inquiéter.

    Personnellement je pense que le meilleur moyen de contrer la montée du FN serait de critiquer clairement l’Union européenne et l’euro, reconnaître que cela fut une erreur et qu’il est temps de revenir en arrière. On peut proposer un programme économique de gauche qui ferait tout à fait l’affaire :

    - sortie unilatérale de l’euro ;

    - mise sous tutelle des banques et des monopoles et contrôle rigoureux des mouvements de capitaux ;

    - réindustrialisation des territoires ;

    - limitation de la concentration du capital et de la taille des entreprises ;

    - réforme sérieuse de l’impôt qui consisterait à la fois à accroître la progressivité de celui-ci et à diminuer la TVA et les impôts indirects qui pénalisent avant tout les plus pauvres.

    Cela ne nous empêcherait pas pour autant de poser d’autres questions, notamment en matière de sécurité. La gauche esquive ce débat depuis des années et donne des arguments faciles à la droite et à l’extrême droite. Mais il semble bien que les réponses se doivent d’être économiques, car la délinquance se développe toujours sur l’accroissement des inégalités et sur les difficultés matérielles de l’époque. 

    « Les scénarios de dissolution de l’euro, Jacques Sapir, Philippe Muller et Cédric Durand, Fondation Res Publica, septembre 2013Faire de la politique… »
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  • Commentaires

    1
    Pascal
    Jeudi 19 Septembre 2013 à 11:05
    Totalitarisme sociétaliste de gauche
    Il est vraisemblable que ce n'est pas le totalitarisme sociétaliste de gauche qui aura réconcilié le fameux peuple qui souffre à l'occasion de l'adoption sous la forme d'un dictat de la loi Taubira sur le "mariage pour tous". J'ai personnellement tjrs voté à gauche depuis 1985, j'étais pour le Pacs, je suis pour l'Union civile mais contre le mariage en raison du volet adoption/filiation, entre autres : résultat je me retrouve catalogué "homophobe" au nom de l'argument n°1 d'une gauche imbue d'elle-même et de sa supériorité ! Brrrrrrrrrr ça fait peur. On se dit que ces gens-là ont un agenda qui ne coïncident pas avec celui du pays ! Ainsi ils adoptent sans débat populaire préalable ce qui de l'avoeu même de mme Taubira constitue un changement de civilisation !Et ensuite ils se permettent d'insulter celles et ceux qui ne sont pas du même avis qu'eux sur l'opportunité de ce changement de civilisation !!! Conclusion : je ne suis pas près de voter de nouveau à gauche !
    2
    Vendredi 20 Septembre 2013 à 22:12
    Le suicide de la gauche
    Le problème c'est que la gauche a abandonné la critique de l'économie libérale et donc doit marquer sa différence sur des minuscules sujets de société, des sujets qui intéressent deux pelés et deux tondus. Pour moi ce qui est fondamental c'est le partage de la valeur et la propriété des moyens de production. Si la gauche ne s'occupe pas de combattre la misère et les inégalités, elle disparaîtra.
    3
    Mardi 24 Septembre 2013 à 18:37
    Asselineau et l'UPR.
    Il reste l'UPR d'Asselineau ...
    4
    Mercredi 2 Octobre 2013 à 23:49
    Asselineau
    François Asselineau n'est pas à situer sur une carte politique loin du FN. Il a été adoubé en politique par Pasqua, c'est dire ! Je doute que sa doctrine tienne en quoi que ce soit compte des arguments ici présentés ni combatte en quelque façon le libéralisme.
    5
    Dany Posey
    Mercredi 9 Octobre 2013 à 17:00
    Notes sur le FN
    A trop filer la métaphore " scientifique " de l'ADN , on risque d'oublier que pour n'importe quel être vivant ce serait du racisme pour le coup ! On pourrait alors aussi parler d' " aiguillette nouée" ou de " partir en quenouille" qui évoque les fins de race des vieilles familles nobles qui ne cessent de se marier entre eux ! Ou de tarés .L'ADN est commode pour faire de l'eugénisme de la pensée ! Le PCF né en 1920 de souche " pure'" a quand même fait quelques bêtises comme le pacte germano soviétique et le soutien aveugle au goulag ... Un problème dans l'AdN ? Et finir par se marier avec un Mélanchon : beaux petits. Je n' écoute ni ne lis les discours frontiistes mais il me semble que si vous jetez aussi cavalièrement ce qui concerne journalière ment le peuple réel, comme sortir dans la rue ou chercher du travail et se trouver en insécuritè financière, professionnelle et en insécurité tout court, vous ne pourrez avec vos 5 points offrir une alternative. Si dire que le gâteau ( du CNR) est trop petit pour trop de gourmands qui n'ont jamais cotisé... c'est un prétexte pour du racisme, alors vous êtes loin de ce qui vous tient à cœur : le partage de la valeur. Restons dans les chiffres : quelle est la valeur et à partager entre combien ? Quant à la propriété des moyens de production, au stade mondial du capitalisme et enclavé géographiquement dans l'Europe comment la réaliser ? Si les réponses à l'insécurité doivent être économiques ( Muchiélisme dépassé déjà du temps de V. Hugo ) quel chantier pourrions nous proposer qui donne du travail à tous les malheureux de la terre ? Il me semble que tant que la réflexion ne sera pas faite sur ce qui ruine la France, l'euro bien sûr mais aussi l'inflation de populations( qui ont l'ADN aussi propre que le mien, je vous rassure ! ) on n'avancera guère, alors que les morts de Lampedusa s'amoncèlent. C'est cruel mais il faudra bien sortir de l'angélisme droitdel'hommisme et se souvenir que nous ne sommes plus catholiques pétris de masochisme et d'inconséquence.
    6
    Mercredi 9 Octobre 2013 à 19:22
    FN
    @Daniel Posey Je suis assez d'accord avec vous. Il faudrait trouver de nouvelles formes d'organisation sociale qui permette de repenser le travail et le partage de la valeur, car effectivement il semble que dans des pays comme la France la richesse soit suffisamment importante pour cela. Si je suis pour la sortie de l'euro et de l'UE, c'est essentiellement parce que dans ce cadre on ne peut plus faire de politique, c'est l'immobilisme, une sortie de dictature molle, et non pas parce que je vois dans la nation une forme institutionnelle indépassable. Je déplore que ce soit le FN qui se soit emparé de ce thème, car c'est bien ça qui le fait grimper au fur et à mesure qu'Hollande sombre dans les sondages. Mais pour l'instant il n'y a pas de force alternative crédible pour une autre politique.
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