• Note négative sur une étude visant à justifier les migrations de masse

     Note négative sur une étude visant à justifier les migrations de masse 

    Hippolyte d’Albis vendant la soupe libérale au Cercle des économistes 

    Voilà une étude qui fait grand bruit dans le landerneau pro-migration[1]. Des articles en veux-tu, en voilà dans Le monde, Les inrockuptibles, ou le soi-disant sérieux journal du CNRS. L’idée est de nous convaincre que l’immigration est un bienfait de l’humanité. Evidemment ceux qui commentent positivement cet article, parce qu’il les conforte dans leur vision d’une mondialisation heureuse. Mais pour bien comprendre les remarques qui vont suivre, signalons qu’Hippolyte d’Albis est membre du Cercle des économistes. C’est donc un libéral qui accepte les méthodes archaïques de la pensée économique orthodoxe et pro-marché. Il est de ceux qui démontrent sans vraiment le savoir que l’immigration est la petite sœur de la mondialisation malheureuse. Cette équipe avait déjà publié en 2015, une étude très exactement sur le même thème pour nous expliquer que :

    1. L’immigration fait augmenter le PIB ;

    2. que l’immigration fait baisser le chômage !![2]

    Comme leurs résultats étaient passés inaperçus, ils remettent ça en utilisant des données plus récentes. La première intégrait les flux allant de 1994 à 2008, et la seconde des flux migratoires allant de 1985 à 2015. La première concernait seulement la France, et la seconde une quinzaine de pays de l’Union européenne. Il est assez facile de comprendre que ce genre d’études avec ce genre de résultats va se vendre facilement à la Commission européenne. On sait que ce genre d’étude participe de la bataille idéologique, en effet massivement les Européens et les Français sont hostiles à l’immigration, il faut donc les éduquer à accepter un phénomène dont, massivement, ils ne veulent pas. C’est un sujet d’autant plus brûlant que l’Union européenne se déchire sur cette question, de nombreux pays, à commencer par les pays de Visegrad et l’Italie, refusent la caporalisation de l’Union européenne en la matière, et considèrent que leur devoir est de respecter leur opinion publique qui n’en veulent pas.  

    Sensibilité du sujet et erreurs fondamentales d’approche 

    Nous sommes évidemment sur un sujet très sensible et selon moi il n’y a pas d’étude sérieuse sur la question de savoir ce que coûtent et ce que rapportent les migrations au pays receveur. L’étude présentée par Hippolyte d’Albis et ses collaborateurs se base sur un modèle économétrique assez traditionnel. Or la validité des résultats de ce type de modèle dépend de deux paramètres qui sont à la discrétion du chercheur :

    - le choix de l’échantillon dans le temps et dans l’espace. Le fait que leur dernière étude s’arrête en 2015 est symptomatique, parce que c’est vraiment en 2015 que les Européens ont commencé à prendre peur, jusqu’à cette date Merkel avait pensé qu’on pouvait absorber des flux de migrants très importants. La suite de histoire la fera renoncer. Car si les Allemands ont au départ accepter l’arrivée des migrants, l’opinion s’est retournée brutalement après les événements de Cologne.

    - ensuite, il y a le choix des variables expliquées et des variables explicatives qui referment le débat selon le bon vouloir des chercheurs. Un modèle économétrique consiste en effet à mettre en relation deux variables : par exemple ici les flux migratoires avec le taux de chômage. Si la relation est négative, on conclura que les migrations contribuent à faire baisser le chômage ! mais pour avoir une relation négative entre les deux, il suffit de travailler sur une période de temps durant laquelle le chômage baisse parce que la croissance est forte ! Ce que je dis relève du bon sens, mais apparemment pas pour Hippolyte d’Albis. En vérité cette approche est complètement biaisée parce que les trois chercheurs utilisent les flux et non les stocks, or les flux relèvent par définition du court terme et les stocks du moyen et long terme. Ils savent très bien tout cela, mais ils font volontiers la confusion entre flux et stocks, parce que cela va leur permettre de masquer que les taux de chômage sont extravagants dans la population immigrée, notamment en France. Dans le tableau que nous donnons ci-après, on se rend compte que les immigrés d’origine africaine et maghrébine contribuent justement positivement à la montée du chômage. Par quel miracle ces chômeurs immigrés deviendrait-il des travailleurs positifs pour l’économie ? D’Albis et ses acolytes ne nous le disent pas. Et pour cause !

     Note négative sur une étude visant à justifier les migrations de masse 

    Si je regarde d’une manière plus précise la relation entre part de la population immigrée et taux de chômage, je me rends compte facilement que la grande dispersion des points dans l’espace de leur représentation ne permet en rien de conclure dans un sens ou dans un autre. Le raisonnement de d’Albis et de ses deux collègues repose sur une idée jamais démontrée selon laquelle les migrants accepteraient des boulots que les autochtones refuseraient : mais en réalité si les autochtones les refusent, c’est essentiellement parce que ce sont des boulots mal payés, aux conditions de travail dégradantes. Ces idées qui ont fait dire à certains imbéciles qu’il fallait faire venir des migrants par millions[3] proviennent toutes du fameux rapport McKinsey sur la question. En 2016, la fameuse boutique de réflexion à la solde du patronat mondial, avait publié une étude – dont les qualités scientifiques laissaient d’ailleurs beaucoup à désirer – affirmant que les migrants étaient une source de croissance potentielle extrêmement forte[4]. A croire qu’avant ces grandes migrations, par exemple entre 1945 et 1975, la croissance était très faible. Leur idée vient d’abord que les flux de main d’œuvre immigrée permettent de limiter la croissance du coût du travail qui comme on le sait rend neurasthénique le patronat et le décourage à investir.  

    Eléments de langage 

    Je remarque que les trois chercheurs mélangent leur discours en commençant par parler de réfugiés, puis ensuite ils traitent des migrants économiques, comment peut-on passer de l’un à l’autre ? On voit que l’intention est culpabilisante puisqu’en effet, même au plus haut de la crise migratoire, les réfugiés n’ont jamais été plus de 15 à 18% de la population migrante selon les plus larges estimations de Bruxelles. Cette distinction est décisive parce que si la très grande majorité des migrants n’est pas formée de réfugiés qui fuient la guerre, on comprend qu’en attirant cette main d’œuvre dans les pays développés, on prive les pays d’origine de cette même main d’œuvre, et donc ce qu’on gagne supposément en Europe par l’apport des migrants, on le perd de l’autre côté parce que cela prive les pays les plus pauvres de possibilités de se développer. On ne peut pas comme le font les libéraux ne regarder que les effets positifs des migrations sur notre propre croissance et négliger les inconvénients qu’il y a pour les pays en développement à laisser partir leur main d’œuvre la plus dynamique. Il est confondant de voir que les tenants de l’idéologie mondialiste ne sont pas capables de prendre en considération les effets négatifs des migrations sur les pays émetteurs. On pourrait les qualifier d’européocentrés ! On voit la logique égoïste de ces éléments de langage, c’est bon pour l’Europe, donc c’est bon tout court, même si c’est mauvais pour les pays les plus pauvres. Je vais juste donner un exemple : on a incité à juste titre les pays pauvres à dépenser pour l’éducation, mais si c’est pour former une main d’œuvre qui partira travailler à l’étranger dans les pays riches, cela veut dire clairement que les pays pauvres financent la formation de la main d’œuvre des pays riches ! C’est une question qui a été débattue au niveau international à la fin du XXème siècle et au début des années 2000[5]. D’Albis sait très bien cela, mais il l’occulte volontiers dans ses analyses. C’est d’une mauvaise foi évidente. 

    Effets externes négatifs à long terme 

    Obnubilés par leur volonté de démontrer que l’immigration est belle et bonne, nos trois « chercheurs » oublient volontairement de prendre en compte dans leur évaluation des effets externes négatifs sur le long terme des migrations. Ils ne sont pas les seuls dans ce cas, c’est même la règle pour les économistes qui défendent les migrations. On peut en effet calculer ce que coûte les migrations à l’Etat et aux services publics à partir d’une comptabilité douteuse, les chiffres de la CAF, des allocations chômage par exemple, et puis mettre en face ce que les immigrés versent comme cotisations sociales et impôts. Mais de nombreux effets externes négatifs ne sont pas pris en compte, je vais en donner ici quelques-uns, tout en étant certains qu’il y en a d’autres

    - d’abord il y a un effet de ghettoïsation des populations issues de l’immigration. Cet effet divise violemment la population française. Les autochtones quittent les quartiers où s’implantent les migrants. Il y a un refus de mixité sociale qui se traduit périodiquement par des émeutes coûteuses ; 

    Note négative sur une étude visant à justifier les migrations de masse

    - ensuite il y a une dégradation globale du niveau d’éducation, ce qui ne peut pas être favorable sur le long terme à l’économie. Le communautarisme musulman récuse l’enseignement de la République, et se construit en sécession avec le reste du pays. Cela se traduit par un abandon de territoires[6]. Les récupérer, à la condition qu’on le puisse et qu’on le veuille, coûtera forcément très cher au budget de l’Etat.

    - l’islamisation de la société française, comme des autres pays européens, engendre aussi des attentats et des problèmes de maintien de l’ordre inédits et très couteux. Certes ce n’est pas tous les jours qu’il y a des attentats comme au Bataclan, mais cela engendre des coûts, notamment psychologiques extrêmement élevés. Or à l’évidence ces attentats ont quelque chose à voir avec l’immigration d’origine musulmane, le nier est tellement absurde que cela disqualifie les chercheurs qui n’en tiennent pas compte.

    - un autre coût qui n’est jamais pris en compte est celui de la dévalorisation du patrimoine immobilier. C’est le cas à Calais bien sûr, mais aussi dans toutes les villes et les quartiers où la proportion d’immigrés est importante. C’est le cas des quartiers Nord de Marseille qui avant étaient habitaient par une population certes populaire et assez pauvre, mais pas en sécession avec le reste de la ville.

    - également on ne peut pas appréhender les effets des migrations sur les salaires simplement de manière macro-économique. Il est clair que si on comprend l’immigration comme la continuation de la mondialisation, c’est un facteur dépressif sur les salaires. Les travailleurs immigrés sont moins syndiqués et moins combattifs que les autres. 

    A quoi pense la gauche ? 

    Que la droite mondialiste et affairiste défendent l’immigration, c’est dans la logique des choses, que la gauche vienne à son soutien est pire que tout. Dans un article assez ancien, Paul Krugman, un économiste ouvertement de gauche, et de surcroît prix Nobel, recensait plusieurs articles sur les effets négatifs de l’immigration[7]. Il citait Gordon Hanson, Immigration policy[8], un autre article de Borjas et Katz, The Evolution of the Mexican-Born Workforce in the United States[9], et encore un autre travail de Hanson, Slaughter et Dartmouth. Les conclusions de ces économistes sont exactement à l’inverse de celle de d’Albis et alii. Et donc on peut dire pour le moins que si les conclusions diffèrent autant sur un même sujet, c’est que les résultats ne sont pas fermement établis.  

    La gauche aux Etats-Unis est en effet moins immigrationniste que notre gauche à nous qui se décompose à vue d’œil, et les syndicats américains ne sont pas favorables à une immigration de masse. En regardant le cas des relations entre le Mexique et les Etats-Unis, il considérait que l’immigration était mauvaise pour les salaires des Américains, mais aussi pour le développement même du Mexique. Ce cas est intéressant parce que c’est comme ça que Bill Clinton avait vendu l’ALENA, en disant que cela boosterait l’emploi, la croissance et donc les salaires. Toutes ses prévisions ont été battues en brèche. On voit notamment que les migrations ont non seulement empêcher les salaires étatsuniens d’augmenter, mais les écarts de revenus se sont amplifiés dans le temps entre les deux parties, et c’est la même chose en Europe. L’immigration est un facteur d’accroissement des inégalités, inégalités entre les pays pauvres et les pays riches, mais aussi inégalités entre les classes des différents pays.

    Je ne serais pas obligé d’insister sur ce point, si la gauche européenne en pleine décomposition, n’avait pas fait de l’immigration de masse son cheval de bataille. Cette gauche-là, en voie d’extinction, vient donc au secours de la droite cosmopolite et affairiste, comme si elle en avait besoin ! Je le rappelle ici, la gauche italienne de ce type, Liberi e Uguali, a réalisé le score sans appel de 3,4% aux dernières élections. En France, alors que La France Insoumise est assez partagée sur la question de l’accueil des migrants, le Parti communiste s’est fait le défenseur des migrants, sans exclusive, pour ce parti on doit en France accueillir tous les migrants qui le demandent ! Et du reste ils reprennent exactement les arguments du très réactionnaire Hippolyte d’Albis[10]. 

    Note négative sur une étude visant à justifier les migrations de masse 

    Un journal comme L’Humanité, organe du PCF, passe énormément de temps à défendre la cause des migrants, et si ce journal n’a pas de vraies solutions pour la crise des migrants, il développe l’idée libérale selon laquelle il y aura toujours du travail pour tous. Il n’est pas besoin de développer plus avant pour comprendre que la gauche est devenue la fraction bien-pensante de l’idéologie mondialiste. Que demande L’Humanité à Macron, d’être « humain » ! L’humanisme façon L’Obs remplace maintenant la lutte des classes. Le journal communiste se faisant à l’occasion le relais de la propagande du Pape pour plus d’immigration. Evidemment si la gauche pense avoir raison contre le peuple, elle va rester minoritaire, au mieux une fraction supplétive de la droite mondialiste, c’est ce qu’on a vu quand une fraction de cette même gauche a appelé à voter Macron pour faire barrage à Marine Le Pen, entre autres sur sa politique migratoire. On voit bien le choix que cette gauche-là a fait : elle a sacrifié la lutte des classes à la défense des immigrés. Elle reste d’ailleurs aujourd’hui sans force pour s’opposer aux exactions de Macron : elle est donc objectivement complice de ce que le gouvernement fait aujourd’hui en s’attaquant tout azimut contre les avancées du CNR. 

    Note négative sur une étude visant à justifier les migrations de masse 

    La conclusion de tout cela est que les études économétriques sont destinées à porter un discours de propagande pour des idées politiques finalement assez précises. Mais outre que les résultats de l’étude conduite par d’Albis sont méthodologiquement mal fondés, ils souffrent de ne pas se situer dans le temps et dans l’espace. En effet si l’immigration est excellente pour la croissance, pour l’emploi et pour les finances publiques, on peut tout de même admettre qu’un trop grand nombre de migrants va détruire les nations. L’étude de d’Albis ne nous dit pas s’il y a un seuil qu’il ne faut pas dépasser. Or, sans avoir fait d’études, il parait assez évident que ce n’est pas la même chose d’accueillir 1 million de migrants en France ou 10 millions, ou encore 100 millions ! Par ailleurs d’Albis ne donne aucune valeur dans son analyse au patrimoine collectif de la nation. Or pour les Français ce patrimoine existe, et ils y sont attachés. Les frontières existent et ce n’est pas sans raison. Et dans un monde sans frontière, ce que souhaitent implicitement les trois coauteurs, tout le monde ne peut pas s’installer au même endroit, par exemple au centre de Paris, or sans régulation des flux migratoires, les forces centrifuges aboutissent à trier les populations sur la base des revenus pour les plus chanceux et les plus riches, et sur la base des allocations et des soutiens dont bénéficient les étrangers qu’on veut intégrer.



    [1] “Macroeconomic evidence suggests that asylum seekers are not a “burden” for Western European countries”, Hippolyte d’Albis, Ekrame Boubtane, Dramane Coulibaly, Sci. Adv. 2018; 4 : 20 June 2018

     

    [2] d’Albis H., Boubtane E., Coulibaly D. (2015) “Immigration Policy and Macroeconomic Performance in France”, Etudes et Documents, n°5, CERDI.

    [3] https://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20110321trib000609557/l-economie-francaise-a-besoin-de-10-millions-d-immigres-d-ici-a-2040.html

    [4] McKinsey Global Institute, People on the move : global migrations impact and opportunity, December 2016.

    [5] Lucas Robert E. B, « Migration internationale vers les pays à haut revenu : quelles conséquences pour le développement économique des pays d'origine ? », Revue d'économie du développement, 2005/4 (Vol. 13), p. 123-171

    [6] Emmanuel Brenner (sous la direction d’), Les Territoires perdus de la République : antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaireMille et Une Nuits, 2002.

    [7] http://economistsview.typepad.com/economistsview/2006/03/krugmans_notes_.html

    [8] NBER, july 2004.

    [9] NBER Working Paper No. 11281, Issued in April 2005

    [10] D’Albis avait défrayé la chronique en prétendant dans une étude assez peu fondée méthodologiquement que les jeunes générations n’étaient pas du tout, et qu’au contraire elles s’en sortaient mieux que celles de leurs parents et arrière grand-parents. Les inégalités de niveaux de vie entre les générations en France, ECONOMIE ET STATISTIQUE / ECONOMICS AND STATISTICS N° 491-492, 2017. D’Albis est là pour rassurer, certes tout ne va pas au mieux, mais tout ne va pas si mal. On est par contre frappé par le bricolage économétrique sous-jacent de ses travaux.

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