• Ne pas se tromper de combat

    Il est assez amusant devoir comment un certain nombre de commentateurs jouent à se faire peur avec le Front National. Et il faut dire que des adversaires tels que Libération ou Jean-François Copé tendraient plutôt à renforcer le côté populiste du FN. Deux points me semblent importants à développer, le premier est que le programme politique du Front National ne nous plaît pas, et le second que le Front National n’est pas le principal ennemi, même s’il a le vent en poupe aujourd’hui. C’est encore pour un moment au moins un épouvantail.

     

    Le programme politique du Front National

     

    Bien évidemment on ne peut adhérer à la logique du FN. Le programme politique du Front national n’est pas un programme de gauche qui vise à combattre les inégalités sociales. Il n’y a rien dans celui-ci sur la hausse des bas salaires, sur la réforme de l’impôt dans le sens d’une plus grande progressivité, et il n’y a rien sur la nécessité de limiter la propriété privée des moyens de production. De même le FN ne dit rien sur la nécessité de modifier le modèle de production dans lequel nous sommes englués et non plus sur la nécessité de faire baisser la durée du travail. Il n’a pas de plan pour modifier le partage de la valeur en faveur des travailleurs. Je ne m’attarderais pas ici sur le caractère raciste de ce parti  depuis ses origines

    Ce n’est donc pas un programme fait pour améliorer le sort du peuple. Le seul point qui lui reste est essentiellement sa volonté de sortir de l’euro. C’est la finesse des stratèges du FN que d’avoir perçu à quel point l’Europe et ses institutions étaient rejetées ainsi que le montre les sondages qui sont parus ces jours-ci. L’Union européenne et l’euro sont vus comme des calamités, et c’est sur ce point précisément que le FN a pris tout le monde de vitesse et a su attirer à lui certaines franges de l’électorat populaire. Marine Le Pen a été plus loin dans sa critique de l’Europe que Mélenchon dont la valse-hésitation à propos de l’euro laisse pantois, elle propose d’en sortir, et un référendum lui donnerait facilement raison sur ce point.

    L’hypocrisie du bloc libéral UMPS est de nous renvoyer à la figure que de préconiser la sortie de l’euro c’est faire le jeu de Marine Le Pen. Mais ce n’est pas parce que le FN est pour la sortie de l’euro que nous devons être contre, renoncer à cette idée. C’est évidemment l’inverse. Il y a de plus en plus de voix à gauche qui sont sur cette longueur d’onde, Jacques Sapir, Frédéric Lordon, François Ruffin  ou Emmanuel Todd, qui, comme moi, n’ont aucune sympathie pour le FN mais qui pour autant font le constat que la sortie de l’euro est le préalable à un renouvellement de la vie politique.

    C’est parce que les partis de gauche ont abandonné la critique de l’Europe, que Marine Le Pen a pu s’emparer de ce thème, comme elle a pu s’emparer du thème national parce que la gauche l’a abandonné, alors que la nation a bien été défendue dans son intégrité par la gauche dans la Résistance, mais aussi contre la domination des multinationales. La gauche française manque de cohérence à ce propos. En effet elle a soutenu par le passé les luttes d’indépendance nationale, elle salue la montée de la gauche dans les pays d’Amérique latine, montée qui se fait clairement sous la forme d’un nationalisme anti-américain, mais elle ne veut pas appliquer ces recettes en France. Or il est évident que si le pouvoir de l’Etat national est faible, dilué dans des structures comme l’Union européennes, les multinationales deviennent maitresses du jeu. Je rappelle ici qu'avant 1983 les partis de gauche, PS et PCF étaient violemment contre l'Europe pour des bonnes raisons. Celle-ci était vue comme portée par des hommes de droite, Valéry Giscard d'Estaing entre autres, et les européistes de "gauche" c'était la deuxième gauche celle de Delors - c'est-à-dire la droite avec un faux nez (celle-là même qui est en train d'échouer l'amentablement en France.

    Faut-il avoir peur du FN ?

     

    Pour moi la réponse à cette question est négative. On ne doit pas avoir plus peur du FN que des clowns de l’UMP. Certains font souvent un parallèle hâtif entre la situation présente et les années trente en Allemagne. Pour eux Hitler est arrivé au pouvoir subrepticement, par la voie des urnes, le FN fera pareil et ensuite dévoilera sa vraie nature. Je ne crois pas à un tel scénario. Même s’il y a de vrais fachos au FN, je pense qu’aujourd’hui ils y sont minoritaires. Les cadres du parti se sont émancipés de la tutelle de Jean-Marie Le Pen, et fonctionnent comme un parti normal. Une des différences entre le FN et le parti nazi au début des années trente, et que ce dernier consolidait son ascension en s’appuyant sur une organisation paramilitaire. Le FN a l’inverse se développe en mettant beaucoup d’eau démocratique dans son vin un peu aigre. Et plus ce parti va se développer, ce qui me parait à court terme inévitable, et plus les renforts qu’il va recevoir vont l’entraîner du côté d’une certaine normalité démocratique bourgeoise, car c’est seulement en s’amendant de ce côté-là qu’il continuera à attirer des troupes et qu’il consolidera ses résultats électoraux. Après tout, les cadres du FN sont aussi des professionnels de la politique et ils ont des obligations de résultats pour continuer à engranger des salaires d’élus.

    Pour moi, le plus effrayant ce n’est pas le FN, mais l’incapacité de la gauche à proposer quelque chose de consistant qui nous permettrait de rompre enfin avec le modèle libéral dans lequel nous pataugeons depuis trente ans. Que le PS soit devenu un parti de droite comme un autre, voilà qui est inquiétant, que le PCF soit devenu inaudible, voilà encore ce qui doit nous questionner.

     

    « Les succès futurs du Front NationalLe grand bond en arrière, Serge Halimi, Fayard, 2006 »
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  • Commentaires

    1
    Lundi 14 Octobre 2013 à 04:50
    Le FN n'a aucune chance de gouverner.
    Le mode de scrutin au législative ne permettra jamais au FN de gouverner. Avec la crise, il va certainement gratter quelques places ici ou là, notamment dans le sud-est, mais jamais pour faire une majorité gouvernementale.
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