• Misère du journalisme, Le monde et ses décodeurs au secours de l’oligarchie

     Misère du journalisme, Le monde et ses décodeurs au secours de l’oligarchie

    Le monde s’est donné une mission de première importance, décoder les nouvelles qui tombent quotidiennement pour nous dire ce qu’il faut en penser. Depuis quelques semaines, on trouve des interventions intempestives sur Facebook qui, lorsque vous ouvrez un article publié sur un site pourrave comme Egalité et réconciliation du sinistre Alain Soral, ou d’autres sites complotistes, vous envoie un message en vous disant qu’il faut faire attention, et que rien que de lire cet article, vous êtes un peu dans le rouge. Les décodeurs vont vous expliquer, parce qu’ils vous savent un peu bouché, ce qu’il faut penser de la malveillance d’Alain Soral et des gens comme lui. Ils luttent ainsi contre les Fake news, comme le voudrait le petit président.

    Plusieurs aspects de ce mélange des genres sont choquants :

    - d’abord parce que Le monde est payé pour faire ce travail-là par Facebook. Quand on sait dans quel état financier se trouve la presse, on comprend que c’est une manne qui tombe à pic. Mais on comprend aussi que Le monde n’a pas intérêt à jouer les décodeurs ou même à écrire des articles de fonds trop féroces sur la manière dont Facebook tourne la loi pour payer le moins d’impôts possibles ;

    - ensuite parce que ce journal devenu au fil des années le soutien de la droite extrême libérale, cosmopolite, européiste et affairiste, nous prend pour des imbéciles et suppose que ses journalistes semi-instruits seront mieux à même que nous de démêler le vrai du faux. On va voir que c’est exactement le contraire, les journalistes du Monde ne savent rien sur rien, et encore moins sur le reste ;

    - enfin cette maniaquerie pour une pseudo-vérité que Le monde détiendrait, s’apparente à une police de la pensée, un formatage intellectuel libéral-libertaire. On suppose que dans un second temps, ils pratiqueront la délation de ceux qui n’ont pas suivi leur prescription de ne pas partager un article plus ou moins douteux et qui osent persister. Voici le message qui s’affiche si vous avez le malheur de regarder une nouvelle que Big Brother juge fausse.

    Misère du journalisme, Le monde et ses décodeurs au secours de l’oligarchie  

    Et les décodeurs ajoutent à tout cela le commentaire menaçant suivant : « Les articles des médias partenaires qui démentent une fausse information seront également mis en avant dans les contenus recommandés visibles en dessous de celle-ci. Par ailleurs, l’entreprise dit empêcher les pages qui publient régulièrement des contenus mensongers d’en faire la promotion avec des publicités sur Facebook. A l’arrivée, la visibilité des articles « démentis » diminuerait de 80 %, affirme la plate-forme. »[1]

    Le monde n’est pas le seul journal qui bénéficie de la manne financière de Facebook. Il y en a au moins huit, Le monde, Libération – journal depuis très longtemps en perdition et sans lecteur – l’Express, 20 Minutes, BFMTV et les agences d’État que sont l’AFP, France médias monde et France Télévisions[2]. Ce sont des médias qui ont été de longue date pris la main dans le sac pour faire de la propagande libérale et pro-européenne, notamment quand il s’est agi de mentir sur les référendums en France, en Grèce et au Royaume Uni. On ne sait pas combien ils sont payés. Libération a écrit un article assez hypocrite pour avouer que ce journal était bien stipendié par Facebook, mais qu’ils assumaient tout en ne disant pas combien ils touchaient[3].  

    Le monde n’a pas attendu Facebook pour « décoder » 

    Cela fait des années que Le monde décode. Cette activité est liée à deux réalités bien établies : le journal est de moins en moins lu dans sa version papier, les abonnements pour la version électronique restent faibles et les critiques sur ses orientations se font de plus en plus présentes au fur et à mesure qu’il a changé de propriétaires, devenant au fil du temps un simple journal de propagande. On se rend compte en lisant les contenus des chats que Le monde ajoute à ses articles, que son public est de plus en plus restreint à celui de la macronie – sociologiquement parlant, c’est les 10% les plus riches et les plus éduqués. Dans le temps tout le monde lisait Le monde pour s’informer, et si on se séparait de ses analyses plutôt droite-modérée, on le citait pour la fiabilité de ses sources. C’est le journal de la bien-pensance que ce soit sur la question de l’islamisation rampante de la société, des migrations – qui est pour eux toujours une bonne chose, et aussi sur la défense du libéralisme et des saintes lois du marché qu’on ne saurait transgresser sans risque. Leur activisme politique rampant les amène régulièrement à publier des fausses informations, notamment sur les sondages en ce qui concerne les référendums. Ainsi Le monde a fait campagne jusqu’au bout en se basant sur des sondages douteux, en ce qui concerne le TCE en 2005, puis après avoir souligné combien les Grecs auraient tort de voter non en 2015 au plan européen de pillage de leur pays, anticipant un désaveu de Tsipras[4] qui n’est pas venu, ils ont remis ça avec le Brexit den 2016, utilisant des sondages manifestement bidonnés pour annoncer la défaite des brexiters. En matière de fausses nouvelles ils s’y connaissent donc, ce sont même des maîtres. Je ne parle pas des articles vermoulus dont ils nous abreuvent depuis le vote du Brexit pour nous démontrer que l’économie britannique est en train de s’écrouler, punie qu’elle est pour avoir voulu quitter ce magnifique navire humaniste et bien portant qui s’appelle l’Union européenne[5].

    Lors de la campagne présidentielle, les décodeurs s’étaient complètement ridiculisés en tentant de montrer que le graphique que Marine Le Pen brandissait pour prouver que l’euro avait été un facteur décisif de la récession et de la désindustrialisation de la France et des pays du Sud s’il n’était pas faux, n’était pas juste non plus[6]. Or ce graphique, Marine Le Pen ne l’avait pas inventé, mais repris des publications de l’OCDE. Il fallait cependant que les décodeurs trouvent quelques choses à dire pour montrer combien cela n’était pas vrai. Alors ils ont inventé une idée loufoque en disant que pour changer notre vision des choses, il suffisait de changer l’année de référence. Comme il a été montré sur le site Les crises, quelle que soit l’année de départ on arrive toujours à une rupture claire et nette aux alentours de 2002[7]. Le monde et ses décodeurs fabriquent donc des fakes news en veux-tu en voilà. Qui décodera les décodeurs sur Facebook ? Je m’y propose si Facebook me paie !  

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    La défense d’une idéologie détestable 

    Comme on le voit je ne suis pas le seul à avoir remarquer que si Le monde traque les fakes news, il en produit aussi, et plus souvent qu’à son tour. Ce journal de propagande néo-conservateur appuie sans réserve et dans l’ordre,

    - les sanctions contre la Russie, présentant ce pays comme le mal absolu, et donc le média Russia Today comme un site de fausses nouvelles ;

    - minimisant le rôle de la Russie dans la défaite de Daesh, n’ayant jamais eu de recul sur les milices que le gouvernement d’Hollande soutenait comme al-Nosra, soutenant le plan américain de faire partir comme préalable Bachar el Assad ;

    - soutenant évidemment comme ses patrons le candidat du patronat et de l’Institut Montaigne à la dernière présidentielle, se transformant pour l’occasion en un journal anti-Mélenchon.

    Le virage idéologique du Monde ressemble un peu à celui du P « S », peu à peu il s’est converti dans l’ordre à la défense de l’Union européenne quelles que soient ses turpitudes, voir les articles hilarants de Marie Charrel, journaliste semi-instruite, puis à la défense d’une politique atlantise, et enfin à la théorie du ruissellement, théorie du XIXème siècle, si prisée par le MEDEF et le président élu en mai 2017. Je ne dis rien des articles réactionnaires d’Arnaud Leparmentier, ancien employé de KPMG, dénonçant le SMIC, soutenant TAFTA, crachant sur les Grecs au moment où Tsipras n’apparaissait pas encore complètement aligné sur la doctrine allemande. Malgré la crise de la presse, cet individu gagnait en 2003 en tant que directeur des rédactions du Monde 26 000 € par mois ! Ce revenu le classant directement comme un des employés les mieux payés de l’oligarchie médiatique[8].

    Les décodeurs vont donc tenter par tous les moyens de nous faire croire que la théorie du ruissellement doit être suivie dans ses conclusions. Prenons seulement deux exemples qui nous servirons à décoder les décodeurs. Le premier va leur servir à faire l’apologie indirecte du creusement des inégalités, et le second à dénigrer Adrien Quatennens député de la France insoumise qui a été désignée comme l’ennemi de Macron et de ses sbires.

    Aujourd’hui tout le monde parle des inégalités qui se creusent dangereusement. Nous en avons déjà disserté à propos de la publication du rapport Piketty-Chancel[9]. Cette explosion des inégalités est dénoncée maintenant depuis quelques années par le FMI et par l’OCDE non seulement comme indécente du point de vue moral et social, mais aussi comme entravant la croissance[10].

    Plus récemment, c’est même le Forum de Davos qui y a été de son cri d’alarme, en disant que trop c’était trop, et qu’il fallait arrêter d’aller toujours dans ce sens[11]. L’oligarchie s’inquiète maintenant, en effet, du chaos général qui s’installe sur la planète et qui ne semble plus maitrisable. Le Forum de Davos qui se prend pour un gouvernement mondial parallèle, a invité un de ses employés, Macron en l’occurrence, à y aller de son discours pour dire qu’il fallait combattre cette explosion. On a donc assisté presqu’en direct à un discours totalement schizophrène de Macron qui ne semblait pas au courant des dernières orientation de l’oligarchie en la matière, faire un discours à moitié en anglais pour justifier sa politique de creusement des inégalités, et l’autre moitié en français pour montrer combien il était de son devoir d’aider les plus démunis, donc pour expliquer qu’il fallait à la fois faire baisser les impôts des riches et les « charges » sociales et améliorer le sort des pauvres, tout en libéralisant à outrance[12]. Evidemment Le monde ne s’est pas amusé à décoder cette impossibilité manifeste.

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    Le monde est dans le même cas que Macron, ses décodeurs ne sont manifestement pas au courant que les hyper-riches s’alarment maintenant de trop d’inégalités. Aussi ont-ils astiqué leur plume pour nous expliquer que le rapport OXFAM qui avait avancé que 82% de la richesse supplémentaire créée en 2017 avait été captées par le 1% des plus riches[13], n’était pas tout à fait exact et que les chiffres qu’OXFAM utilisait étaient sujet à caution[14]. Après une discussion absconse sur des chiffres qu’ils n’arrivent absolument pas à réfuter sérieusement, ils en concluent que le discours d’OXFAM est plus humaniste que sérieux. La critique des décodeurs ne manque pas de saveur. Bien évidemment un enfant de 5 ans sait que les chiffres d’OXFAM sont des approximations, mais on sait aussi que même si dans le détail ils peuvent être discutés, globalement ils rendent compte d’une réalité que Le monde ne veut pas voir : en s’enrichissant toujours plus, les riches fabriquent des pauvres et des chômeurs en grande quantité. Les décodeurs feraient mieux de prendre un peu de repos et lire l’ouvrage de Joseph Sitglitz, Le prix de l’inégalité[15]. Leur but est donc bien de dénigrer l’étude d’OXFAM, mais sans le dire, parce que OXFAM c’est une ONG, donc respectable pour eux par définition, mais aussi parce que Le monde ne peut pas dire ouvertement qu’il défend un modèle inégalitaire au risque de perdre ses derniers clients.  

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    La France insoumise ne plait pas au Monde et à ses décodeurs. Ils vont se donner pour tâche de montrer que ses porte-parole ne sont pas compétents. Ils ont donc décidé de s’en prendre à celui qu’il juge être, avec François Ruffin, le maillon fort de la chaîne des députés de gauche. Ils ont donc décidé de venir au secours du CICE et de s’en prendre du même coup aux 35 heures comme tous les commentateurs de la droite extrême. Hypocritement, ils avancent que les arguments de Quatennens ne sont pas faux, mais qu’enfin ils sont réducteurs[16]. C’est l’argument massue du Monde quand ils ne savent plus quoi dire pour aider la propagande patronale et macronienne, ils disent que c’est pas faux, mais que c’est plus compliqué – mais après tout cela peut leur apparaître compliqué parce qu’ils ne comprennent pas. Voilà donc le tweet qui a motivé la police des décodeurs à reprendre Quatennens :  

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    Essayons d’éduquer un peu ces décodeurs de mauvaise foi. Tout d’abord, il faut rappeler que la baisse de la durée du travail est une tendance longue de l’histoire du capitalisme. En quelque sorte, c’est une façon de partager les bénéfices des gains de productivité entre les travailleurs et les propriétaires des moyens de production. On le voit sur le graphique suivant en ce qui concerne le cas de la France. A cette baisse assez régulière, le patronat et la droite réactionnaire a toujours opposé la nécessité de travailler plus pour ne pas faire exploser les coûts et pour rester compétitif. Les journalistes et les patrons étaient déjà comme ça en 1848, ils s’opposaient à la loi de 10 heures que les poussées révolutionnaires avaient imposé[17]. Si on avait écouté la droite, il est clair que les enfants de moins de huit ans en serait encore en train de travailler et que la semaine de travail serait de 80 heures par semaine comme au bon vieux temps. On constate par contre que depuis quelques décennies maintenant, la durée du travail ne baisse plus vraiment. Macron est, comme les décodeurs du Monde, un ennemi de la baisse de la durée du travail. Bien qu’il se soit tu depuis son accession à la présidence, il avait déclaré que 35 heures ce n’était pas beaucoup, surtout quand on est jeune[18]. Une autre manière de reprendre le slogan de Sarkozy, travailler plus pour gagner plus.  

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    En vérité la baisse de la durée du travail est nécessaire de partout dans le monde pour modifier la part des salaires dans la valeur ajoutée. Regardons le graphique ci-dessous. On voit que vers la fin des années soixante-dix, la productivité du travail continue d’augmenter, mais que les salaires qui auparavant augmentaient au rythme des gains de productivité, stagnent maintenant depuis une quarantaine d’années. Les gains de productivité ont été confisqués par les propriétaires des moyens de production. Mais Le monde ne veut pas entendre parler de cette thèse, il a adopté l’idée que les 35 heures étaient mauvaises pour l’économie française. On remarque que les pays les plus inégalitaires ont le moins baissé les durées travaillées. C’est le cas des Etats-Unis. Donc quand Quatennens affirme que pour lutter contre le chômage la baisse de la durée du travail est plus efficace que le CICE, chiffres à l’appui, les décodeurs sont très en colère et le font savoir. Est-ce faux ? Non, ce n’est pas faux, mais c’est plus compliqué que ça. Autrement dit il suggère que Quatennens est un peu juste sur le plan de la comprenette et que, eux, ils vont en faire la démonstration.  

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    Rappelons à nos amis les décodeurs, que le CICE a coûté 20 milliards d’euros par an depuis 4 ans, ça fait donc 80 milliards qui ont été transférés des ménages – pauvres et moyen-pauvres – vers le patronat et donc vers les hauts revenus. Par exemple Carrefour a touché en trois ans entre 400 et 500 millions d’euros au titre du CICE. Ces 80 milliards n’auraient abouti finalement qu’à une création d’emplois ou au maintien d’emplois qui serait compris entre 10 000 et 200 000 – admirez le flou artistique du chiffrage, un écart de 1 à 20 montre clairement qu’on ne sait pas chiffrer ce phénomène, autant dire qu’on ne sait rien – ça fait cher l’emploi ! L’unité reviendrait aux alentours de 280 000 € par an. Ces chiffres assez aberrants proviennent de France Stratégie, la boutique dirigée à l’époque par Jean Pisani-Ferry[19]. Mais on nous dit que le CICE avait aussi pour but de reconstituer les marges des entreprises – donc les profits – pour être encore plus compétitif. En vérité on a vendu le CICE en disant que cela créerait 1 million d’emplois. On est bien loin du compte. Pour les effets de la loi sur les 35 heures, le chiffrage qu’on a provient d’une étude de l’IGAS[20], un rapport qui avait été mis au placard car il concluait que les 35 heures avaient créer 350 000 emplois entre 1998 et 2002. Ce rapport « secret », sorti en 2016, ne plaisait pas. En effet le ministre de l’économie de l’époque était Emmanuel Macron qui militait pour le CICE et donc pour faire plaisir à ses copains du MEDEF, et qui avait convaincu le malheureux Hollande que le CICE allait enfin inverser cette maudite courbe du chômage. Ce rapport fut donc mis sous le boisseau. Le monde se le procura et en fit des articles à sensation que les décodeurs ne semblent même pas avoir lus ou compris. Dans le même ordre d’idée, Jean-Marie Harribey considérait que les 35 heures avaient sur la période 1997-2009 créé 400 000 emplois, soulignant que si on n’en avait pas créé plus, c’est parce qu’au fil du temps et des dérogations, cette loi avait été vidée de son contenu[21].

    Dans ce rapport « secret », il y avait un graphique intéressant qui montrait que le taux d’emploi était d’autant plus élevé que la durée du travail était faible. C’est très embêtant pour la pensée libérale – la théorie de l’offre – quand on commence à dire qu’il faut finalement travailler moins pour combattre le chômage, et que les faits, ces maudits faits, donnent raison à cette thèse.  

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    Le coût des 35 heures est connu : c’est environ 12 milliards par an. Et donc il vient que pour l’Etat ce coût est de 34000 € environ par emploi, à comparer aux 280 000 € dans le cas du CICE. C’est donc bien Quatennens qui a raison et les décodeurs qui sont dans leur tort. Alors comme il faut qu’ils dénigrent – en l’occurrence c’est la cruche de service Mathilde Damgé qui s’y est collée – nos décodeurs vont tenter d’embrouiller le lecteur. Leur argumentation est en deux temps :

    - d’abord ils vont dire que s’il y a eu des créations d’emplois, c’est parce que la croissance était forte. Mais cet argument tombe et prouve qu’ils n’ont pas lu le rapport. A l’époque la baisse du chômage avait été d’un million, dont 350 000 due aux 35 heures. Pour le comprendre, c’est assez simple, il suffit de savoir faire des divisions. La baisse des heures effectuées étant compensée par une hausse de la productivité et une hausse des emplois ;

    - dans un second temps, ils vont sortir un refrain étrange : si le CICE n’a pas fait la preuve de son efficacité sur l’emploi, il faudra le juger sur le très long terme. Autrement dit Le monde et ses décodeurs jugent les 35 heures sur le court terme, mais le CICE sur le long terme. Allez comprendre ! Ils sont d’autant plus dans l’erreur qu’au bout de quatre années d’exercice si le CICE n’a pas fait ses preuves, c’est qu’il n’était pas bon.

    Leur conclusion c’est qu’on ne peut pas comparer les deux mesures. Ah bon ? Pourquoi ? On ne le saura pas puisque ces deux mesures se sont fixées pour objectif de faire baisser le chômage, il nous semble au contraire qu’il faut les comparer. Le CICE veut bien dire Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi.

      Misère du journalisme, Le monde et ses décodeurs au secours de l’oligarchie

    Ces deux exemples, mais il y en a d’autres, c’est presque quotidien, montre comment Le monde, sous prétexte de faire la police dans les idées, développe maladroitement des thèses contrefactuelles qui relèvent plus de l’idéologie que de l’analyse sérieuse. En même temps, au fur et à mesure que son électorat se rétrécit et se referme sur une catégorie de population à la fois aisée et semi-instruite, il est presque naturel que ce journal aille se vendre à des milliardaires bornés pour assurer la matérielle de ses journalistes. C’est semble-t-il au début des années quatre-vingt-dix que cette tendance malsaine a conduit ce journal à abandonner peu à peu toutes les règles de la déontologie journalistique, il semble que ce soit avec l’arrivée de Jean-Marie Colombani que ce journal s’est non seulement donneur de leçons, mais aussi guide spirituel pour la pensée libérale. C’est au fond la conclusion à laquelle arrivaient Pierre Péan et Philippe Cohen dans leur ouvrage, La face cachée du Monde en 2003[22]. Ce livre avait fait scandale à l’époque, mais la suite de l’histoire devait amplifier au-delà de ce qu’on imaginait cette dérive misérable.

     

     


    [1] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/12/21/facebook-cherche-encore-la-bonne-formule-dans-sa-chasse-aux-fausses-infos_5233027_4355770.html

    [2] https://www.ojim.fr/grands-journaux-francais-payes-facebook-traquer-fake-news/

    [3] http://www.liberation.fr/checknews/2018/01/08/est-il-vrai-que-facebook-remunere-le-monde-et-liberation-pour-aider-a-trier-les-fake-news_1620972

    [4] A ce moment-là, Tsipras pouvait encore apparaître comme un premier ministre défendant les intérêts des Grecs et non pour ce qu’il est devenu, à savoir une sorte de Pétain d’un nouveau genre.

    [5] http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/01/20/au-royaume-uni-la-consommation-patine-l-economie-resiste_5244540_3234.html et http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/12/15/six-questions-pour-comprendre-ou-en-est-le-brexit_5230339_4355770.html

    [6] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/03/21/les-manipulations-graphiques-de-marine-le-pen-sur-l-euro_5098439_4355770.html

    [7] https://www.les-crises.fr/encore-du-grand-decodeurs-sur-leconomie/

    [8] Chiffre cité par Pierre Péan et Philippe Cohen, La face cachée du Monde, Milles et une nuit, 2003.

    [9] http://in-girum-imus.blogg.org/combattre-les-inegalites-le-rapport-piketty-chancel-a134709246

    [10] http://www.imf.org/external/french/np/blog/2017/022217f.html et http://www.tarki.hu/download/OECD2015-In-It-Together-Chapter1-Overview-Inequality.pdf 

    [11] https://www.euractiv.fr/section/politique/news/watch-out-for-the-next-crisis-gloomy-davos-report-tells-leaders/

    [12] https://francais.rt.com/france/47588-double-discours-davos-social-francais-devient-liberal-anglais

    [13] https://www.oxfamfrance.org/rapports/partager-richesse-avec-celles-et-ceux-qui-creent

    [14] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/01/23/comprendre-l-etude-d-oxfam-sur-les-inegalites-de-richesse_5245843_4355770.html

    [15] Les Liens qui Libèrent, 2012.

    [16] http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/01/24/35-heures-contre-cice-les-arguments-reducteurs-de-quatennens_5246543_4355770.html

    [17] Jarrige, François, et Bénédicte Reynaud. « La durée du travail, la norme et ses usages en 1848 », Genèses, vol. 85, no. 4, 2011, pp. 70-92.

    [18] http://www.cnewsmatin.fr/france/2017-06-05/35-heures-la-position-demmanuel-macron-744348

    [19] http://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/rapport_cice2017_03102017_0.pdf

    [20] http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/07/18/35-heures-ce-que-dit-le-rapport-secret-de-l-igas_4970978_823448.html  on peut se  procurer le rapport complet ici : http://www.ugict.cgt.fr/images/dossiers/rapport-35h.pdf

    [21] https://www.nouvelobs.com/economie/20100201.OBS5516/bilan-des-dix-ans-des-35-heures-quel-est-le-vrai-du-faux.html

    [22] Fayard, 2003

    « Des nouvelles en vrac de la démocratieAnna Trespeuch-Berthelot, Guy Debord ou l’ivresse mélancolique, Le manuscrit, 2017 »
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  • Commentaires

    1
    Hotmug
    Jeudi 1er Février à 12:02

    "- minimisant le rôle de la Russie dans la défaite de Daesh, n’ayant jamais eu de recul sur les milices que le gouvernement d’Hollande soutenait comme al-Nosra, soutenant le plan américain de faire partir comme préalable Hafez el Assad ;"

    Bachar el Assad pas Hafez qui est deja parti pour le coup...

    2
    Jeudi 1er Février à 14:17

    Oui, bien sûr, je rectifie, merci.

     

     

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