• Madame Merkel et l’impasse de la coopération franco-allemande

     Madame Merkel et l’impasse de la coopération franco-allemande

    Merkel rejette les propositions de réforme de Macron 

    En pleine campagne électorale, Madame Merkel vient de donner une longue interview au journal Ouest France[1]. Après avoir énoncé qu’elle s’entendait bien avec Emmanuel Macron qui selon elle a été plébiscité par le peuple français, elle en est venue à évaluer les réformes nécessaires afin de renforcer l’Union européenne et plus particulièrement la zone euro. A demi-mot elle reconnaît que la divergence de trajectoire économique entre les pays de la zone pose un problème de fonds. C’est ce que dit aussi ici et là Macron. Le fait que ces deux personnages se posent presque simultanément la même question est en soi l’aveu que l’Union européenne a complètementéchoué, et que la monnaie unique est dans une impasse. Mais son interview est aussi un désaveu pour Macron, elle ne veut pas de ses idées de réforme.

    Macron a avancé des idées pour réformer l’Union européenne. Ces idées sont clairement en phase avec le développement d’une Europe fédérale qui à terme se substituerait aux nations : il souhaite un budget européen plus important, un super ministre de l’économie pour la zone euro qui coordonnerait la politique économique de l’ensemble de la zone, également il voudrait qu’une procédure nouvelle permette de mutualiser les dettes publiques. Pour partie Macron justifie les douloureuses réformes libérales du marché du travail et la recherche de l’équilibre budgétaire par le biais de l’austérité comme autant de gages de bonne volonté pour amener Merkel à le suivre sur cette voie. Contrairement à ce que dit Le Point de cette semaine, Merkel n'approuve aucune des idées de Macron sur l'Europe, et elle le fait savoir.

    Madame Merkel et l’impasse de la coopération franco-allemande 

    Macron échoue en Europe

    Les réponses de Merkel à Macron sont très claires. Non elle ne souhaite pas un impôt accru pour alimenter un budget européen pourtant faible. « Non, je ne vois pas pour l’instant de projet convaincant d’impôt européen. » dit-elle. Ce qui peut se traduire aussi par : « L’Allemagne ne veut pas d’une Europe fédérale ». La réponse est la même sur la mutualisation des dettes : « Nous travaillons à une union bancaire et à un fonds monétaire européen afin de pouvoir agir, dans des conditions rigoureuses, dans les situations de crise. Il y a là une différence avec une mutualisation des dettes, chose que nous refusons. Ce principe ne change pas. ». C’est encore plus clair.

    La seule chose qu’elle concède, c’est l’idée d’un superviseur des politiques économiques en Europe qui mettrait en œuvre les principes qui sont appliqués en Allemagne, autrement dit celui-ci serait le porte-parole directement de Berlin : « Des règles phares, par exemple, qui fonctionnent dans certains États membres, pourraient être transposées dans d’autres pays. Cela peut s’appliquer à la législation du travail au même titre qu’à des administrations publiques efficaces, à de bonnes conditions cadre pour les entrepreneurs ou à la politique de recherche. »

    Comme on le voit elle n’entend céder sur aucun point qui remettrait en question une parcelle de la souveraineté de l’Allemagne et son hégémonie en Europe. Macron a d’ores et déjà échoué en ce qui concerne son idée de faire avancer une Europe fédérale. Mais ce qu’on voit, c’est surtout que le rapport de forces Merkel pense qu’il est en faveur de l’Allemagne, et donc qu’elle n’a aucune raison de changer un système institutionnel qui lui est favorable. Macron, après Hollande et Sarkozy fait l’expérience douloureuse de l’immobilisme de l’Allemagne. 

    L’Europe à deux vitesses 

    Il y a donc une Europe à deux vitesses, non pas parce qu’il y a des pays pauvres et des pays riches, mais parce qu’il y a un pays, l’Allemagne, qui se sert des institutions européennes pour consolider son  hégémonie et pour préserver sa souveraineté – le simple fait que le tribunal constitutionnel qui siège à Karlsruhe soit au-dessus des instances européennes, tandis que pour les autres pays c’est l’inverse en est le signe – et puis les autres pays, dont la France qui doivent se plier aux consignes et directives émanant de Bruxelles. Toutes les tentatives de réduire les pouvoirs exorbitants de l’Allemagne en Europe se sont soldés par des échecs cuisants. On se souvient que Mitterrand croyait en acceptant l’euro contraindre l’Allemagne à se fondre et à disparaître. Ce fut sans doute sa plus grande erreur. On pourrait dire que l’interview de Merkel, dans toute son arrogance, renvoie Macron à sa position de supplétif.

    Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Merkel a bien plus de différents avec Macron qu’elle n’en avait avec Hollande. En effet ce dernier ne revendiquait pas pour lui-même un rôle de leader en Europe pour la réorienter. Mais sa position est protégée par le fait que Macron, par sa diplomatie désordonnée, est incapable d’entraîner à sa suite d’autres pays européens. On l’a vu lors de sa tournée en Europe de l’Est. Merkel et Macron reconnaissent que tout va mal en Europe, ils ne sont pas les seuls. Mais en même temps la première indique qu’il n’est pas question de changer une politique perdante… du moment qu’elle profite à l’Allemagne, tandis que le second pense qu’on peut briser l’hégémonie allemande en Europe en noyant les Etats-nationaux dans « plus d’Europe ». 

    La dissolution de l’Europe en devenir 

    Madame Merkel et l’impasse de la coopération franco-allemande 

    L’élection de Macron a été un soulagement pour les européistes qui pensaient ainsi pouvoir en finir avec les velléités de sortie de l’Europe. Ce soulagement sera pourtant de courte durée. En effet la poursuite du projet européiste se heurte à trois obstacles majeurs :

    - tout d’abord les divergences de trajectoire entre les pays membres et plus encore entre les pays de la zone euro. Ces divergences contraignent dans le cadre des traités à accroître la pression austéritaire qui à son tour entretient la récession et le chômage ;

    - ensuite la question de l’immigration de masse. De nombreux pays refusent l’injonction de Bruxelles d’accueillir leur quota. Cet acte de désobéissance annonce une crise institutionnelle majeure. Par exemple Prague indique qu’elle veut bien aider les migrants en aidant les pays émetteurs à améliorer leur système économique, mais pas en les accueillant chez elle[2]. La position de Prague est d’ailleurs conforme aux analyses de l’OCDE qui considère que plutôt que d’accueillir des migrants il vaut mieux aider les pays à se développer, car ce sont les éléments les plus dynamiques qui quittent le pays ;

    - enfin il y a l’intransigeance de l’Allemagne qui sait qu’une Europe plus fédérale l’amènerait à remettre en question ses propres institutions, et qu’en outre elle n’a rien à gagner à se fondre dans ce grand ensemble. Cette intransigeance va rapidement démontrer que l’approche de Macron est erronée, et il va bien devoir en changer, ce qui ouvrira probablement une crise diplomatique entre la France et l’Allemagne.

     

    Pour peu qu’une crise financière se manifeste, et le processus de dissolution de l’Union européenne qui a commencé avec le Brexit, va s’accélérer. La France est la première candidate à la sortie, aussi bien parce que le sentiment anti-européen y est très fort que parce que Macron est un président très impopulaire.

     

     


    [1] http://www.ouest-france.fr/europe/allemagne/angela-merkel/entretien-exclusif-merkel-aider-les-citoyens-retrouver-le-gout-de-l-europe-5250808

    [2] http://www.euractiv.fr/section/migrations/news/czech-interior-minister-nobody-has-to-call-us-for-solidarity/

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