• Macron sans boussole diplomatique

    Macron sans boussole diplomatique 

    Macron n’est pas seulement un amateur sur le plan de la politique intérieure, il l’est aussi en ce qui concerne les relations internationales. Les nouvelles de la politique étrangère macronienne sont mauvaises, très mauvaises quel que soit l’angle sous lequel on les regarde. Dans l’affaire vénézuélienne, il a choisi la reconnaissance d’un coup d’Etat, mettant ses pas directement dans ceux de Trump. Envoyant un ultimatum à Maduro, le sommant d’organiser des élections dans la semaine suivante, faute de quoi Macron, comme Trump, reconnaitra Juan Gaido comme le président légitime[1]. Comme on s’y attendait, Maduro a rejeté cet ultimatum. Le problème n’est pas de savoir si Maduro doit partir ou non. En effet, la cote de popularité de Macron étant très basse, on pourrait également lui demander de partir et d’organiser de nouvelles élections dans la semaine qui suit ! Maduro est peut-être illégitime, mais Macron ne l’est certainement pas moins. Ce qui pose problème ce n’est pas cela : Macron passe par-dessus les organismes internationaux. L’ONU n’a pas reconnu Juan Gaido, malgré les injonctions des Etats-Unis qui ont avancé l’hypothèse d’une intervention militaire[2]. Mais pire encore l’Union européenne n’a pas reconnu non plus Juan Gaido comme nouveau président. En effet le Parlement européen qui n’a strictement aucun pouvoir a reconnu Juan Gaido, mais Morgherini, la chef de de la diplomatie européenne, ne l’a pas fait. Et pour cause, plusieurs pays membre de l’Union européenne ne veulent pas en entendre parler, notamment l’Italie. Seuls 7 pays européens sur 28 se sont alignés sur la position de Macron et de Trump[3]. Par la suite 3 autres pays se joindront à ce groupe. C’est bien peu. Ce qui pose problème, au-delà de ce qu’on peut penser du régime de Maduro, c’est que Macron a voulu se poser en leader et entraîner derrière lui toute l’Union européenne. Cette outrecuidance va laisser des traces, car beaucoup n’apprécieront pas qu’on ait voulu leur forcer la main. La majorité des pays de l’Union européenne n’a pas la même lecture que lui de la légitimité de Maduro. En outre, dans cette affaire Macron apparait comme le relais de la politique étrangère de Trump. Cette position pro-américaine fait apparaître les pseudo-querelles de Macron avec Trump, comme de simples palinodies sans intérêt autre qu’une mise en spectacle de deux clowns sans boussole, aussi versatiles qu’arrogants. 

    Macron sans boussole diplomatique 

    Le fait que l’Italie ne se soit pas alignée sur la position trumpiste fait ressortir que ce pays, qui se refuse à reconnaître un coup d’Etat, est finalement bien moins fasciste qu’on ne le dit : une nouvelle preuve que tous les populistes ne sauraient être rangé dans la même catégorie. Macron qui se dispute avec tout le monde, avec Trump comme avec Poutine, tout en ayant des relations exécrables avec les Britanniques pour lesquels il a réclamé un Brexit dur qui les punissent lourdement, et d’abord et principalement avec les Français, cherche querelle aussi en permanence aux Italiens. Leur faisant la leçon a tout bout de champ, il n’apprécie pas que le gouvernement de Conte le critique régulièrement pour sa sauvagerie dans la répression des gilets jaunes. Le dernier épisode de cette querelle est bien entendu le fait que Di Maio se soit entretenu en France avec des gilets jaunes[4]. Cet affront a amené Macron à rappeler son ambassadeur. Mais il faut rappeler que cela intervient aussi à la suite du refus de l’Italie de reconnaitre Juan Gaido comme président. Au-delà de la susceptibilité de Macron, il y a que la France et l’Italie sont proches non seulement géographiquement et culturellement, mais qu’elles sont aussi deux des cinq fondateurs de l’Union européenne. Le gouvernement italien qui est désigné très souvent par Macron comme illibéral, bénéficie d’un soutien toujours très fort des Italiens. Si les élections en Italie avaient lieu aujourd’hui, M5S et la Lega l’emporteraient largement et augmenteraient même leur score par rapport aux dernières élections législatives[5]. De quoi rendre jaloux Macron et son parti croupion. Dans ces conditions, il est évident que Macron ne puisse supporter qu’on lui fasse la leçon. Car le gouvernement italien non seulement est populaire en Italie, mais il bénéficie d’un a priori favorable dans toute l’Europe et particulièrement en France où il est présenté comme un modèle pour le Rassemblement National. Mais si les relations entre la France et l’Italie sont devenues si froides, c’est bien aussi parce que Macron a signé à la hâte un traité franco-allemand qui non seulement abaissait un peu plus la France[6] par rapport au leadership allemand en Europe, mais qui marginalisait un peu plus l’Italie. Les Italiens ont très mal pris cette mauvaise manière qui fait apparaitre clairement l’Union européenne comme un canard sans tête, ou chacun s’arrange comme il le peut pour préserver les intérêts de son pays. Il serait trop long de rappeler la liste des mauvaises manières que Macron a faites à l’Italie. Par exemple au mois d’octobre 2018, Salvini critiquait le clip que Macron avait fait produire pour les élections européennes, clip qui utilisait la tête de Salvini comme repoussoir pour les électeurs, c’était censé inciter les Français à faire barrage au fascisme qui risquait de prendre pied au Parlement européen[7]. Le moins qu’on puisse dire c’était le manque d’élégance de Macron était évident, c’était bel et bien un affront. Même chose quand Macron a parlé « de la lèpre qui monte », une litote pour stigmatiser la politique italienne d’immigration[8]. Il n’est pas certain que dans cette querelle Macron n’ait pas plus de choses à se reprocher que Salvini et Di Maio.  Il est tout à fait possible que Macron se croit malin et qu’il tente d’utiliser sa querelle avec Di Maio pour susciter un soutien des Français qui y verraient une ingérence d’un pays voisin. Mais le sentiment national sera nécessairement mis en balance avec la détestation des Français pour le petit président, et cette balance ne penchera pas forcément en sa faveur, car en matière de défense des intérêts de la France sur la scène internationale, Macron semble avoir énormément de retard.  

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    Le monde toujours à côté de la plaque analyse la crise franco-italienne comme émanant seulement de M5S, parce que ce parti serait en perdition sur le plan électoral, il consacre à cette affaire un éditorial à charge contre Di Maio, notamment parce que celui-ci soutiendrait les gilets jaunes, plus un « chat » sensé éclairer les lecteurs, mais on n’y trouve qu’une défense de Macron, reconnaissant toutefois de la part du président français à peine des maladresses[9].  Marc Semo parle à propos de Di Maio de « fuite en avant », d’un ministre « complètement dépassé », comme si Macron n’était pas du tout dépassé par la crise des gilets jaunes. Mais il ne relève pas le fait suivant : si Di Maio se mêle de ce qui ne le regarde pas en allant voir les gilets jaunes, que fait Macron lorsqu’il condamne la politique migratoire italienne et qu’il dénonce le traitement de l’Aquarius et des migrants par Rome[10] ? Que fait-il quand il exige de Maduro des élections dans la semaine qui suit ? Si on voulait une preuve que l’Europe n’existe pas en dehors des intérêts des multinationales et des banques, en voilà une de première grandeur. Après avoir fait la leçon à l’Italie, à la Russie, à la Hongrie, à Maduro, et j’en passe, voilà maintenant que Macron se brouille avec Merkel. En apparence la signature du traité ignoble d’Aix-la-Chapelle, pourtant largement à l’avantage de l’Allemagne, n’a pas rapproché les deux pays. A la mi-février Macron devait se rendre à Munich pour une Conférence sur la sécurité[11]. Officiellement, Macron fait savoir qu’il n’ira pas, qu’il se consacre à une tâche bien plus importante, le Grand débat. Mais en réalité tout le monde sait qu’il boude dans son coin, et que le différend porte sur la question de l’approvisionnement en gaz de l’Europe. Les Allemands parlent de revirement de la France[12]. Revirement, cela voudrait dire que Macron n’est pas un partenaire fiable, qu’auparavant la France soutenait la proposition de Merkel de sécuriser les approvisionnements en gaz en provenance de la Russie à travers la construction d’un gazoduc, projet Nord Stream 2, et que maintenant Macron aurait changé d’avis. Officiellement Macron s’opposerait à une plus grande dépendance de l’Union européenne au gaz russe. Mais les Russes pensent que cette querelle provoquée par Macron est artificielle et seulement le résultat d’une marginalisation de Macron par rapport à ce projet qu’il ne peut pas maitriser. Ils croient savoir qu’il rentrera rapidement dans le rang, qu’il ait ou non obtenu quelque concession de Berlin[13]. Le plus probable est qu’en réalité il va fatiguer les Allemands qui l’appréciaient tant qu’ils pouvaient se servir de lui, mais depuis quelques mois, et bien avant la crise des gilets jaunes, son étoile a beaucoup pali. Ils vont tout faire pour le marginaliser un peu plus sur la scène internationale. Cependant cette querelle entre la France et l’Allemagne pose la question de savoir avec qui l’Europe peut continuer à se faire. Que l’Allemagne en ait le leadership personne ne le conteste, mais il faut encore qu’elle puisse s’appuyer sur des alliés bienveillants qui épaulent ses projets hégémoniques. Or elle ne peut plus compter depuis longtemps sur l’Italie, le Royaume Uni est sur le départ, et si la France devient à son tour incontrôlable, on ne voit pas ce que ce bateau ivre pourra bien devenir.  

    Macron sans boussole diplomatique

    Nous sommes bien sûr trop loin de ces négociations pour trancher dans ces querelles. Les échos que nous avons par la presse de ces querelles ne reflètent pas toujours la réalité. Par contre nous pouvons en tirer plusieurs conclusions en ce qui concerne le comportement de la diplomatie française. La première est d’abord qu’à quelques mois des élections au Parlement européen, le couple franco-allemand est plus que jamais une fiction. Mais aussi que l’Union européenne est minée de querelles intestines, la France avec l’Italie, l’Italie avec l’Allemagne, l’Allemagne avec la France, et que ces querelles ne permettent aucunement d’envisager un approfondissement de l’Europe vers une plus large intégration. L’idée selon laquelle l’Union européenne représente l’amitié entre les peuples va être difficile à soutenir. La seconde est que la diplomatie française n’a pas de colonne vertébrale et cela vient probablement plus de Macron que de Le Drian qui a toujours été un homme prudent. Quelles que soient les dissensions que la France peut manifester avec l’Italie, ce n’est pas comme ça qu’on doit se comporter avec un pays voisin. Ces foucades rappellent tout à fait l’irrésolution de Trump et de son mur. Macron ne se sent à son aise que dans les rapports de brutalité, mais il n’est pas un chef de guerre et cette brutalité ne peut pas fonctionner avec des pays comme l’Allemagne ou l’Italie, et encore moins dans le cadre de l’Union européenne qui fonctionne plutôt sur le mode du consensus que sur celui de l’affrontement. 



    [1] https://www.lemonde.fr/international/article/2019/02/04/venezuela-nicolas-maduro-rejette-l-ultimatum-europeen_5418702_3210.html

    [2] https://blogs.mediapart.fr/morvan56/blog/020219/antonio-guterres-l-onu-ne-reconnait-que-maduro-comme-president-legitime

    [3] https://www.lejdd.fr/International/venezuela-les-pays-qui-reconnaissent-guaido-ceux-qui-soutiennent-encore-maduro-3851438

    [4] https://www.francetvinfo.fr/monde/italie/tensions-diplomatiques-entre-paris-et-rome-la-france-renvoie-une-image-arrogante-en-italie_3179823.html

    [5] https://www.tpi.it/2019/02/01/ultimi-sondaggi-politici-oggi-1-febbraio/

    [6] http://in-girum-imus.blogg.org/macron-cheval-de-troie-de-l-europe-allemande-a158435150

    [7] https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/02/09/ingrid-levavasseur-a-l-epreuve-du-feu-politique_5421409_823448.html

    [8] https://www.lepoint.fr/politique/migrants-macron-contre-la-lepre-qui-monte-et-les-donneurs-de-lecons-22-06-2018-2229629_20.php

    [9] https://www.lemonde.fr/international/article/2019/02/08/crise-entre-la-france-et-l-italie-le-mouvement-5-etoiles-est-totalement-depasse-d-ou-cette-fuite-en-avant_5421227_3210.html

    [10] https://www.europe1.fr/politique/aquarius-macron-appelle-a-ne-pas-ceder-a-lemotion-et-assure-travailler-avec-litalie-3680510

    [11] https://fr.sputniknews.com/international/201902071039945277-Macron-Allemagne-gazoduc-NordStream2/

    [12] https://www.sueddeutsche.de/wirtschaft/nord-stream-frankreich-russland-1.4318851

    [13] https://fr.sputniknews.com/international/201902081039958142-allemagne-france-nord-stream/

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