• Lieux communs et mensonges sur l’Europe


     

     

    Avec la tenue prochaine des élections européennes la propagande pour l’Union européenne bat son plein. Les européistes défendent leurs idées ce qui est normal, mais ils ont de tels arguments qu’ils enfonceraient plutôt le projet européen. Dans Le monde du 9 mai 2014, François Hollande publie une déclaration de foi en l’Union européenne et ses institutions. Représentant de l’oligarchie européiste, il va donc essayer de nous vendre un produit passablement éventé et du même coup essayer de nous ramener vers les urnes le 25 mai car on prévoit un taux d’abstention record.

    Faute de présenter des résultats économiques probants, il va reprendre l’antienne d’une Europe qui nous protégerait de la guerre et qui aurait défini une stabilité inédite grâce au combat contre le nationalisme. Il est complètement erroné de rapprocher la longue période de paix que nous avons connue du développement des institutions européennes. D’abord parce que manifestement ce qui a induit la paix en Europe c’est avant tout le développement économique national des pays qui se sont reconstruits, indépendamment de toute espèce de coordination, les institutions européennes ne se déployant véritablement que vers la fin des Trente glorieuses. Ensuite c’est au nom d’une Europe unie qu’Hitler engagea son combat avec les conséquences qu’on connait. Voici quelques citations bien connues sur la question, citations que j’emprunte au site lalettrevolée.net :

     

    « Il n'est pas très malin d'imaginer que dans un espace aussi peuplé que l'Europe, un ensemble de peuples puisse conserver si longtemps des systèmes juridiques et des législations distinctes » Adolph Hitler, Reichstag, 1936

    « De mon point de vue, la conception qu'une nation se fait de sa liberté doit être accordée avec la réalité d'aujourd'hui et les questions d'efficacité... Nous ne demandons aux états européens que d'être des membres enthousiastes de l'Europe » Joseph Goebbels, ministre de la propagande d’Hitler, 1940

     « Les peuples de l'Europe doivent comprendre que les questions qui nous divisent aujourd'hui, lorsqu'elles seront comparées aux tensions qui règneront entre continents, ne sont que des petites querelles familiales... Dans cinquante ans, les européens ne penseront plus en termes de pays séparés ». Joseph Goebbels.

    Par contre, c’est au contraire au nom de la nation que le combat contre les ambitions du IIIème Reich de construire une Europe sous domination allemande fut entrepris.  Le programme de rénovation de la Résistance française s’inscrivait dans un Conseil National de la Résistance, et non dans un Conseil Européen de la Résistance. C’est d’ailleurs pour cette raison que les communistes et plus généralement les gens de gauche se méfiaient de la construction européenne que dès les débuts ils voyaient comme une machine de restauration d’un capitaliste sauvage et apatride. Tout le monde remarque aujourd’hui que l’Europe se fait aux conditions imposées par l’Allemagne, et au détriment des autres pays qui la compose.

    A l’inverse, l’Europe pourrait bien nous mener à la guerre. La façon dont l’Europe traite de la question ukrainienne est inquiétante, mais également le manque de solidarité avec des pays comme la Grèce ou le Portugal qui sont au bord de la guerre civile. N’oublions pas que le parti nazi est arrivé au pouvoir suite à une période d’austérité radicale en Allemagne qui mena le pays vers la guerre civile. Toute cette misère n’empêche pas le sinistre François Hollande de nous affirmer que sortir de l’euro serait perdre la solidarité nécessaire entre les pays européens. Les Grecs savent encore mieux que nous ce que veut dire solidarité européenne.

    François Hollande reconnait cependant que l’Europe déçoit, à cause de la crise. Mais en réalité il fait semblant de voir que la crise est un des résultats justement de l’Europe et de ses institutions. Cependant nous dit-il nous devons défendre l’Europe malgré tout et aller encore plus loin.  Il fait semblant de se questionner :

    « Détruire l’œuvre de trois générations, désavouer ceux qui l’ont façonnée? Et faire à l’envers le chemin parcouru depuis soixante-dix ans? » 

    On pourrait lui rétorquer qu’en repassant sous la domination allemande nous retournons encore bien plus loin. Mais pourquoi donc cette Europe devrait être sauvée ? Au nom de quoi ? De ces résultats, le chômage et la régression sociale ? De ces projets de grand marché transatlantique et de détricotage du droit du travail ? La réponse est simple, on doit sauver l’Europe au nom de l’Europe justement ! Voilà la réponse d’Hollande ou de sa triste plume qui pense à sa place. Plus incohérent que cela c’est assez difficile. Mais il ajoute dans le même temps on doit protéger le commerce et l’industrie nationale. C’est assez fort ! Car si les traités justement vont dans le sens de l’abaissement des barrières douanières, de la fin des aides de l’Etat aux industries nationales on ne voit pas très bien ce qui peut être utilisé pour les protéger.

    Mais le degré de confusion est à son comble quand Hollande reprend à son compte la ritournelle des politiciens de droite sur le libre-échange : on ne peut pas rester couper du monde, et si on n’achète pas à l’étranger, on ne pourra pas leur vendre non plus. Dire qu’il nous prend pour des idiots est peu dire. Cette chanson, on la connait depuis le XIXème siècle. La droite s’opposait au protectionnisme des gens de gauche pour les mêmes motifs de compétitivité. Mais il n’a jamais été prouvé que l’ouverture générait de la croissance ou encore que les échanges tiraient la croissance. C’est même l’inverse qui peut être démontré. En outre il est évident que le protectionnisme n’est pas incompatible avec des relations commerciales d’égal à égal avec les pays étrangers. Avant que l’Europe se fasse, que le Grand Marché se mette en place, la France commerçait déjà avec ses voisins. Mais le protectionnisme, comme son nom l’indique, signifie d’abord qu’on protège les industries nationales. Pour cela il y a trois raisons au moins :

    1. pour préserver l’emploi ;

    2. pour préserver l’équilibre de la balance commerciale parce qu’on ne peut pas dépenser plus qu’on ne gagne ;

    3. pour assurer l’indépendance de la nation en maintenant un tissu économique diversifié.

    La fin de l’article est du même tonneau, Hollande nous refait le vieux coup de l’Europe sociale. On peut changer l’Europe, sous-entendu en votant pour la « gauche » social-démocrate qui protégera nos marchés, mais dans le même temps il oublie de rappeler qu’il est lui-même favorable au Traité Transatlantique qui au contraire accélère le démantèlement des protections tarifaires et non tarifaires entre l’Amérique du Nord et l’Europe. Il ne dit rien non plus sur le fait que son parti (faussement dénommé socialiste) a voté le Traité de Lisbonne alors que les Français avaient massivement voté contre le TCE parce qu’ils trouvaient ce traité scandaleusement libéral, trop à droite.

    Sondages

    Les sondages prédisent deux choses pour ce qui concerne les élections européennes. Tout d’abord une abstention extrêmement élevée. Certes c’est habituel pour ce type de scrutin, mais jamais à un tel niveau. Le désintérêt vient principalement de ce que, en ce qui concerne l’Europe, les partis dits de gouvernement, l’UMP et le PS, disent la même chose et votent les mêmes choses. Ces deux partis représenteraient un peu moins de 40% des suffrages exprimés, soit un peu moins de 25% des électeurs. Ensuite, le FN devrait être en tête de l’élection pour la première fois de son existence. Certes il ne représenterait encore que 25% des suffrages, mais outre que cela lui suffira pour se décerner le label de 1er parti de France, il démontrera par là qu’il est le parti qui a le vent en poupe et donc l’avenir.

    C’est bien sûr une nouvelle occasion pour le PS et l’UMP – pour ce parti cependant sur un mode mineur – d’exercer un chantage sur les électeurs : « votez pour nous, sinon vous serez responsables de la montée du fascisme en France ». Cette vieille ficelle est usée. Et de fait cela renvoie à l’inverse aux responsabilités du PS et de l’UMP dans la montée du FN. Car si une partie des électeurs, y compris des électeurs de gauche, est prête à voter FN c’est : d’une part parce que l’Europe a déçu et qu’on veut envoyer un signal fort, d’autre part parce que les partis dits de gouvernement appariassent comme des instruments de la dictature molle de Bruxelles sur notre vie quotidienne.

    Tout indique que le système électoral censé représenter la démocratie représentative est aujourd’hui à bout de souffle. La question est de savoir s’il peut être changé. A mon avis il ne peut l’être qu’après une profonde secousse et l’élimination d’une classe politique aux abois, corrompue et sans idées. Le système ne se réformera pas de lui-même. Pour l’instant le système se décompose lentement, sans que le peuple se mobilise vraiment, nous en sommes à cette étape d’une décrédibilisation accélérée de la classe politique.

    Erreurs stratégiques et tactiques

    Le plus étonnant est sans doute que le Front de Gauche, formation de gauche n’ait tiré aucun profit de cette crise profonde qui touche simultanément l’économie et les institutions. Pour aller vite, on peut dire que cela provient essentiellement d’un mauvais positionnement stratégique : en effet, pour avoir plus de députés européens le Front de Gauche se positionne encore une fois sur le créneau du changement de l’Union européenne. C’est un objectif qui n’est pas crédible, tout le monde se rend bien compte que les traités européens ne peuvent pas être changés. C’est du reste l’erreur principale de Syriza en Grèce où la situation est bien plus dramatique qu’en France et où ce parti de gauche propose son leader Alexis Tsipras à la direction du parlement européen comme un symbole du changement. Cela engendre une image floue de la lutte sociale. En effet pourquoi devrait-on attendre que l’Union européenne change de majorité pour faire avancer enfin des revendications sociales importantes ? Au nom de quoi ?

    Choisir de situer le combat politique au niveau des institutions européennes c’est non seulement une perte de temps, mais c’est aussi adouber finalement ces institutions politiques, indirectement c’est rentrer dans la logique libérale qui suggère que la mondialisation est un phénomène naturel et incontournable, une nécessité.

     

    PS Jacques Sapir vient de publier sur son blog Russeurope un bilan chiffré de l’euro, c’est évidemment sans appel.

    Liens

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/05/08/francois-hollande-l-europe-que-je-veux_4413580_3214.html

    http://www.lemonde.fr/europeennes-2014/article/2014/05/08/le-parlement-europeen-une-place-forte-allemande_4413554_4350146.html

    http://www.lemonde.fr/europeennes-2014/article/2014/05/17/elections-europeennes-le-fn-toujours-en-tete-l-ecart-s-accroit-avec-l-ump_4420680_4350146.html

    http://russeurope.hypotheses.org/2279

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  • Commentaires

    1
    AUDIER
    Dimanche 18 Mai 2014 à 08:14
    Commentaire
    cette analyse me parait juste notamment sur les orientations du front de gauche mais en même temps il faut ouvrir des perspectives politiques aux peuples avec comme objectif de les rassembler et non pas de les diviser (pour éviter toutes forme de replis : nationalistes, communautaires, sectaires...). Pour cela ne faut-il pas non seulement une analyse politico - économique cohérente (imaginant le scenario de la sortie de cette Europe (avec suppression de la monnaie unique) construite par le capital (et malheureusement avalisée par les peuples.). Mais aussi un vrai programme politique qui ouvre des perspectives nouvelles. Aussi faut il que ce programme soit partagé par les partis politiques vraiment de gauche et ceci à l'échelle européenne...
    2
    Peretz
    Dimanche 18 Mai 2014 à 09:28
    Européennes
    Je suis également d'accord avec cette très bonne analyse. J'ajouterais qu'indépendance ne veut pas dire protectionnisme intégral. D'ailleurs la plupart des pays non européens le pratiquent autant qu'ils peuvent. Le principal inconvénient de l'europe des marchés est que cela à ouvert la porte à la finance internationale.Quant à Hollande il est sous la coupe de Merkel. Il est bon René que tu évoques Hitler et son "espace vital" qui existait déjà dans Mein Kempf. L'économie repasse toujours les mêmes plats même s'ils sont présentés autrement.
    3
    Dimanche 18 Mai 2014 à 11:57
    Europe
    Il est vain d'essayer de changer quelque chose à l'U.E telle qu'elle est construite avec les principes libéraux d'échanges commerciaux et financiers prioritaires. Sortir de la zone euro me semble indispensable. C'est sans danger si l'on s'y prend sans brutalité.Ensuite les possibilités d'échanges commerciaux pourraient reprendre normalement. Bien entendu à notre niveau national il faudrait une équipe courageuse et compétente. Même avec Mélenchon je n'y croit pas beaucoup. Dans un scénario constitutionnel différent, plus citoyen que politicien que j'ai imaginé, cela serait possible.
    4
    Lundi 19 Mai 2014 à 07:28
    réponse
    Oui, je suis d'accord avec ce qui est dit ci-dessus. Bien entendu, il ne faut pas rester sectaire, braqué sur ses certitudes. Offrir des débouchés politiques, c'est le but, c'est ce que je m'efforce de faire pas à pas. Par contre les idées de sortie de l'euro sont en train de se répandre un peu partout en Europe, malgré les feux nourris de la propagande bruxelloise qui joue sur la peur, mais qui a de moins en moins d'arguments solides pare que les faits sont têtus. Il faut avancer aussi sur des principes relativement simples et compréhensibles par tous.
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