• Les succès futurs du Front National

    Deux événements récents sont venus confirmé les analyses que nous faisions à la mi-septembre en ce qui ressemble une montée inéluctable du Front National. Le premier est le résultat des élections cantonales partielles de Brignoles le 6 octobre qui place le FN très largement en tête devant l’UMP, avec 40% des suffrages exprimés, la gauche étant éliminée dès le premier tour. Le second est un sondage qui place le FN en tête des intentions de vote pour les élections européennes.

    Le premier fait a donné lieu à des analyses aussi biscornues qu’irréalistes, beaucoup se sont rassurés, à droite comme à gauche en arguant que la participation avait été très faible et que c’est ça qui à fait gagner le FN. Cet argument est erroné, et d’ailleurs le sondage parut le lendemain l’a démenti. Même s’il est vrai que l’abstention a été très forte, on constate que les électeurs du FN eux se sont mobilisés, ce qui prouve qu’ils ont le vent en poupe et qu’ils soutiennent un parti qu’ils jugent en ascension, il faut considérer aussi que le candidat du FN avait un adversaire sur sa droite, un dissident du FN qui a réalisé 9% des suffrages exprimés. En outre c’est semble-t-il à gauche que l’abstention a été la plus forte, n’oublions pas que le canton avait été gagné par un candidat communiste en 2012.

    Si l’élection de Brignoles n’est pas représentative d’une élection nationale, à tout le moins elle indique que c’est bien le FN qui est en ascension. L’UMP stagne et la gauche s’effondre. Elle paye sans doute la politique de François Hollande qui n’a de gauche que le nom, les records de chômage sont battus, la croissance est molle et les inégalités s’amplifient toujours un peu plus.

    Le second fait souligne le recul du PS, et toujours la montée du FN, celui-ci se classant maintenant en tête des intentions de vote au niveau national. Trépigner, affirmer que le FN est un parti d’extrême droite ne changera rien à l’affaire et surtout ne doit pas nous empêcher de tirer les leçons de ces évolutions finalement assez rapides.

    Un récent sondage montrait que les préoccupations des Français étaient dans l’ordre les suivantes :

    - le chômage, 33%

    - la protection sociale 12%

    - l’immigration 12%

    - les impôts 10%

    Sur les deux premiers points les socialistes se sont enfoncés, laissant le chômage grimper, défaisant un peu plus la protection sociale pour plaire à Bruxelles. C’est bien cet échec qui est d’abord responsable de la montée du Front National.

     

    Les raisons du succès

     

    Elles sont très nombreuses. Mais la première à mon sens c’est que la gauche de gouvernement a déçu. Les sondages le montrent, Hollande est aujourd’hui bien plus impopulaire que ne l’a jamais été Sarkozy même aux pires moments de son mandat. Et si la gauche de gouvernement a déçu, c’est parce qu’elle n’a jamais proposé de rupture franche d’avec la politique qui est suivie depuis une bonne dizaine d’années, c’est-à-dire depuis l’entrée de la France dans la zone euro. Les conséquences de ce choix sont dramatiques, malgré l’avertissement de 2005 qui avait vu le peuple français voter sa défiance vis-à-vis de la politique d’intégration européenne ultra-libérale.

    Cet ancrage du PS à la politique ultra-libérale bruxelloise sera son tombeau. Elle équivaut carrément à un suicide. Il est probable que le PS après la défaite de 2017 se scindera en deux, une aile droite ultra-libérale qui restera à croupir sur ses convictions européennes et qui se regroupera autour de Manuel Valls, rejetant peut-être même le mot de socialiste, et qui ira grossir le marais centriste des très enthousiasmant Borloo et Bayrou. Et l’autre qui reviendra un peu plus vers la gauche et qui sans doute se rapprochera du Parti de Gauche et des communistes.

    Le succès du FN est dû bien évidemment au fait que Marine Le Pen a tout fait pour dédiaboliser son propre parti, mettant d’ailleurs à l’écart les anciens soutiens de l’Algérie française et donc oubliant le pétainisme latent sur lequel son père s’appuyait. Mais cette tactique qui met en parenthèse de plus en plus les thèmes racistes, n’aurait pas eu de succès, si dans le même temps elle n’avait pas proposé directement une politique de sortie de l’euro. Ce que Jean-Luc Mélenchon n’a pas osé faire, laissant planer l’incertitude sur cette question, proposant de renégocier ceci et cela, sachant pourtant pertinemment que les traités européens sont quasiment impossibles à renégocier comme Hollande en a fait l’amère expérience.

    En s’attaquant directement à Bruxelles et à ses turpitudes, elle fait oublier les errements néo-fasciste de son parti et apparait comme la seule à incarner une politique économique différente qui soit aussi en faveur des ouvriers. Car en effet comment peut-on protéger l’industrie française qui s’enfonce de jour en jour, sans sortir de l’euro. On voit bien que la bonne volonté de Montebourg dans le cadre institutionnel actuel ne suffit pas.

    Avant de condamner la gauche ou la droite, ce que condamnent les électeurs dans les élections c’est le libéralisme économique et donc l’abandon de l’idée de nation. Dans une interview récente l’opportuniste Manuel Valls énonçait que la gauche avait failli en abandonnant la nation à la droite et à l’extrême-droite. Il avait tout à fait raison pour une fois sur ce point, mais il ne va pas assez loin dans son  raisonnement : on ne peut pas avoir les deux pieds dans le même soulier, être à la fois pro-européen, surtout dans les conditions d’aujourd’hui, il n’y a plus d’excuses, et en même temps défendre la nation. Je ne vais pas rappeler ici tout ce que la nation doit à la gauche, simplement que la CNR – Conseil National de la Résistance – qui a été tout de même en France à l’origine des grandes avancées sociales à l’aube des Trente glorieuses, se battait et faisait de la politique dans le cadre institutionnel de la nation. Pendant ce temps-là, à l’inverse, les thuriféraires du régime de Vichy, ceux-là même qui ont été à l’origine de la création du Front National, se battait pour la réalisation d’une Europe blanche sous la houlette de l’Allemagne.

     

    Le Front National peut-il se transformer ?

     

    A mon sens il s’est déjà transformé. Si l’avenir électoral du FN est plutôt rose, il n’en va pas de même pour son identité. En effet, pour sortir de son ghetto politique où les médias l’ont collé, il a dû faire de vrais concessions idéologiques. Par exemple Marine Le Pen a refusé l’adhésion d’un certain nombre d’identitaires – des vrais fachos purs et durs ceux-là. Ce que n’aurait pas fait son père lorsqu’il était aux manettes. Tout comme elle a récusé également son libéralisme économique qui rangeait le FN du côté du patronat, sans tendresse justement pour les classes pauvres. Il va de soi que les nouvelles adhésions qui vont s’y faire dans les années à venir vont modifier en profondeur la sociologie de ce parti qui passe insensiblement d’un parti de boutiquiers et de rentiers apeurés, de nostalgiques de Vichy ou de l’Algérie française à un parti plus rassembleur et aussi plus ouvert. Cette évolution qui me semble aujourd’hui irréversible n’est pas forcément tout à fait maîtrisée et elle va probablement faire des dégâts sur le long terme entre la tendance Philippot-Marine Le Pen et la tendance Golnisch.

    Posons la question clairement. Est-ce à dire pour autant que le FN est aujourd’hui un parti de gauche ? Pourrons-nous un jour voter pour lui ? La réponse pour moi est claire et catégorique : non, parce qu’évidemment je ne peux pas oublier que le FN est aussi un parti raciste et autoritaire et que ses desseins ne sont pas très clairs.

     

    Que peut la gauche ?

     

    A mon sens elle doit commencer par tirer les leçons de son attitude anti-démocratique qui consiste à ne pas tenir compte des volontés populaires. Cela a été déjà le cas pour le TCE en 2005 qui avait été rejeté après un long et passionnant débat au sein de la population.

    Elle pourrait donc commençait par proposer une évolution de nos institutions vers plus de démocratie, puisque justement dans le contexte d’aujourd’hui elle ne fonctionne manifestement plus du tout. Si en effet on choisissait nos députés par tirage au sort, ce qui est une proposition raisonnable à laquelle j’adhère, nous aurions une assemblée nationale étrangère à la tyrannie des partis. Mieux qu’une proportionnelle, une telle assemblée représenterait toutes les catégories socio-professionnelles de la nation et aussi toutes ces tendances politiques : on verrait alors à quelle misérable portion congrue serait réduite l’opinion du patronat et des banquiers qui est pourtant aujourd’hui dominante. Dans les sphères du pouvoir.

    Quels seraient alors l’ordre du jour d’une telle assemblée ? Il est probable qu’elle ne s’attaquerait pas à des problèmes de société qui ne concernent que quelques poignées d’individus, ou de savoir si on doit légiférer sur la cigarette électronique, mais plutôt à des questions fondamentales comme le chômage, la désindustrialisation, la distribution de la richesse, et que cela la conduirait immédiatement à une sortie de l’euro et des mécanismes institutionnels européens. Mais il est probable aussi qu’elle s’intéresserait autrement que d’un point de vue électoraliste à la question de la sécurité et de l’immigration, questions aussi que la gauche a abandonnées au FN, se contentant de nier leur réalité, évitant d’apporter des réponses concrètes à des phénomènes qui préoccupent les populations, et pas seulement celles de Neuilly.

    Faute d’une remise en cause de ses valeurs, la gauche disparaîtra et le FN deviendra majoritaire tout seul. Encore faut-il s’entendre sur la définition de la gauche. Pour moi la gauche c’est d’abord un programme économique qui consiste à :

    - faire diminuer les inégalités, aller vers plus de justice dans la distribution des revenus ;

    - limiter la propriété privée des moyens de production, soit par le développement des coopératives, soit par des nationalisations.

     

     

    Liens

     

    http://www.lexpress.fr/actualite/politique/le-front-national-sera-majoritaire-predit-le-philosophe-bernard-stiegler_1280994.html

    http://decodeurs.blog.lemonde.fr/2013/10/09/manuel-valls-reinvente-la-nation/

    http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20131010.AFP8218/la-popularite-de-hollande-stable-celle-de-ayrault-s-erode.html

     

    « Naomi Klein, La stratégie du choc, Leméac/Actes Sud, 2008Ne pas se tromper de combat »
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    1
    PAGANO
    Samedi 26 Octobre 2013 à 15:00
    DEMOCRATIE
    Votre article est fort interessant mais très incomplet sur les institutions. Tout d'abord, appliquons les lois qui existent et respectons les suffrages ; vous l'avez souligné avec le refus du traité européen. Il y a aussi la réforme du sénat qui serait bienvenue. Une 6ème république bien pensée le serait aussi ! Relisez-vous, il y a des fautes qui gâchent votre analyse. C'est dommage. AMICALEMENT Simone Pagano
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :