• Les propositions de Macron pour relancer l’Europe

     Les propositions de Macron pour relancer l’Europe

    Macron a présenté un important discours le 26 septembre 2017. Les propositions qu’il a avancées étaient déjà connues depuis un moment. S’il est important d’en discuter, c’est qu’il met en lumière la vacuité du projet européen et ses incohérences, mais aussi parce que les propositions de Macron sont inadaptées tactiquement par rapport à la position des différents pays qui composent l’Union européenne aujourd’hui. Comme on va le voir, c’est un projet dangereux qui vise à la désintégration des nations et de leur culture nationale.  

    Le projet européen de Macron et sa critique 

    Macron s’est présenté dans la grand amphithéâtre de la Sorbonne comme le défenseur d’une Europe intégrée. Le discours qu’il a infligé à ceux qui l’ont écouté révèle quelques intentions et beaucoup d’incohérence. Parlons des propositions. Il y en a assez peu. D’abord constatant que l’Union européenne ne fonctionne pas et se trouve en désamour, il propose une « refondation ». Ce qui signifie déjà un aveu d’échec. Voici ce qu’il propose.

    1. D’abord une Commission européenne à 15 membres. Outre qu’il assume l’idée que l’Europe fonctionne déjà à deux vitesses, il avoue que l’élargissement mène à l’impasse. Ici il fait preuve de cécité et ne semble pas comprendre que si les caciques de l’Union européenne ont choisi l’élargissement plutôt que l’approfondissement, c’est sciemment, pour rendre l’Europe uniquement gouvernable par le marché. En effet l’Europe, avant que le Royaume Uni ne la rejoigne, aurait pu choisir de renforcer sa cohésion juridique dans les domaines qui posent problème aujourd’hui, la fiscalité et la législation sociale, demandant ensuite aux pays qui la rejoindraient d’adopter ces règles et de s’y conformer. Cependant, il tombe sous le sens que si l’Europe se fait à deux vitesses, alors elle ne peut pas être une Europe fédérale, à moins de dire qu’on va mettre à la porte de la zone euro et de l’Union européenne un certain nombre de pays d’une manière unilatérale.

    2. Dans le même ordre d’idées il propose des listes européennes transnationales. On voit ici le projet de faire éclater un peu plus le cadre national. Il est très probable que sur ce point il obtiendra le consentement de tous, étant donné que le parlement n’ayant aucun pouvoir, ça ne changera pas grand-chose. On ne sait pas cependant dans quelle langue ces listes transnationales permettront de communiquer. Mais le simple fait d’avancer cette idée est une menace directe sur la nation et ses contours.

    3. Il est également revenu sur une Europe de la défense. Il propose d’avancer par petits pas, et de commencer à mettre en place une force commune d’intervention en 2020. Aussi petite que celle-ci soit, elle va poser de nombreux problèmes. Mais nous doutons fortement de la capacité d’une défense croupion à enthousiasmer les foules. On peut compter sur les militaires français pour saborder ce genre de fantaisie. Plus problématique encore est la proposition d’un budget de défense commun et d’une doctrine commune pour agir. On voit mal que les intérêts des Polonais ou des Lettons soient les mêmes en la matière que ceux des Français ou des Italiens par exemple. On sait que les premiers poussent plutôt, sous l’égide de l’OTAN, à une politique d’affrontement avec la Russie, tandis que les Italiens ou les Français sont bien plus réticent à s’engager dans cette voie. Je passe sur le projet comique de fonder une académie européenne du renseignement. On peut très bien aussi discuter de la logique d’un parquet européen contre le terrorisme. 

    Les propositions de Macron pour relancer l’Europe 

    3. Alors même que la politique migratoire nourrit d’une manière continue le « populisme d’extrême droite », on notera que Macron suggère de sanctifier cette politique à l’échelle européenne. On sait que de nombreux pays comme les pays de Visegrad sont hostiles à ce genre d’obligations. Les propositions de Macron signifient clairement une volonté d’accroître l’hétérogénéité ethnique en Europe et que ceux qui s’y refusent seront exclus ! Le but est double, d’une part détruire un peu plus les cultures nationales et d’autre part procurer au patronat une main d’œuvre moins chère et plus docile. Donc de créer rapidement un marché du travail à deux vitesses. Il est en effet bien connu que la montée de l’hétérogénéité ethnique est le meilleur levier de destruction de l’Etat providence et un facteur d’accroissement et de tolérance des inégalités[1].

    4. Le dernier volet des propositions de Macron concerne essentiellement l’économie. Là encore il propose une Europe plus intégrée, et plus particulièrement une zone euro qui serait dotée d’un super-ministre de l’économie. Le but est officiellement de renforcer la convergence des politiques économiques. Mais en réalité c’est une volonté de soustraire le budget à la souveraineté nationale. On sait déjà que la monnaie et sa gestion échappe complètement au gouvernement national, et que les règles du déficit et de la dette publique corsettent les politiques économiques nationales. Mais Macron veut aller plus loin, et faire en sorte que ce soit la totalité du budget qui échappe à la souveraineté nationale. Un Etat sans monnaie et sans budget n’est plus un Etat évidemment, en tous les cas il n’est plus souverain. Il va de soi que si on veut développer des actions communes dans le cadre fédéral il faut augmenter le budget de l’Europe. Macron propose de généraliser une taxe sur les transactions financière à l’ensemble des pays de l’UE. Mais Merkel a déjà répondu qu’il n’était pas question de mutualiser les dettes à venir et d’accroître la pression fiscale, fusse-t-elle sur les transactions financières[2]. Et comme en la matière il faudra à Macron l’appui de la totalité des pays, on ne voit pas comment il pourrait avancer dans ce sens

    5. Le discours était accompagné de considérations autoritaires sans trop d’intérêt. Par exemple il dit « je veux que les étudiants parlent tous deux langues européennes » et qu’ils fassent tous un stage d’au moins six mois dans un autre pays européen. Ne vaudrait-il pas mieux qu’un étudiant connaisse d’abord sa langue natale ? Mais Macron considère que le bougisme est un idéal. « L’Europe du multilinguisme est une chance », a-t-il déclaré. Cela rappelle l’idée tout aussi stupide selon laquelle l’immigration serait une chance pour le pays d’accueil. Derrière ce genre de lieu commun, point toujours la même idée d’une dissolution de la culture française. 

    L’impasse du projet macronien 

    Les propositions de Macron pour relancer l’Europe 

    Il était très significatif que Macron fasse son discours à la gloire de la jeunesse sous protection policière, tandis que les étudiants manifestaient à l’extérieur. On peut regretter également que ce pensum nous ait été délivré depuis la Sorbonne, haut lieu du savoir, et pilier de l’histoire intellectuelle de la France. La faculté ayant le privilège d’une sorte d’extra-territorialité, on peut trouver inconvenant que ce président-là s’arroge le droit d’intervenir ici. Mais laissons là ces petites querelles. Il y a plus important.

    Les européistes sont très contents, ils ont salué un président qui montre la voie pour une Europe rénovée, comme si la construction européenne pouvait être une fin en soi ! les propos de Macron sur l’Europe dévoile ce qu’il est vraiment. Je l’avais désigné comme le président de l’anti-France, cela se confirme[3]. Il est donc tout à fait cohérent, partisan d’une Europe intégrée dont peut-être il voudrait prendre la tête, il décline à tous les détours de son discours la nécessité de faire disparaître la France, son histoire et sa culture. Il est donc très cohérent aussi bien quand il dit que la culture française n’existe pas ou quand il insulte les Français depuis l’étranger[4]. Lui-même ne se sent manifestement pas Français, car en attaquant la culture française, il s’attaque aussi à l’histoire de la France, mais s’il est important pour comprendre le présent de connaître son histoire, encore faut-il comprendre que cette histoire s’inscrit dans un temps long qui est aussi comme dit Fernand Braudel « l’identité de la France ». 

    Les propositions de Macron pour relancer l’Europe 

    Les propositions de Macron qui vont dans le sens d’une disparition programmée de la France sur le plan politique, économique et culturel, s’apparentent à un viol de conscience. Un coup de force ! C’est le complément de l’utopie libérale qui rêve à l’unification d’un grand marché dans lequel le politique serait dissous. C’est évidemment inacceptable, et ce ne sera pas accepté parce qu’un monde sans frontières cela n’existe que dans l’imaginaire des libéraux, mais aussi parce que ces frontières, même si elles ont été mobiles au cours des siècles passées, et même si elles changeront encore dans le futur – voir par exemple la volonté d’indépendance de la Catalogne, de l’Ecosse, du Kurdistan et j’en passe – reposent forcément sur l’histoire, la langue et la culture.

    Cependant à côté de ces obstacles intrinsèques au projet macronien, obstacle sur lesquels on ne peut passer sans risque, il y en a de plus pratiques et immédiats. D’abord les Français ne sont pas prêts à admettre ce genre de fantaisie, mais surtout de nombreux pays en Europe n’admettront pas d’abandonner leur souveraineté. On l’a dit les pays du groupe de Višegrad, mais ceux-là peuvent être exclus au motif d’un Europe à deux vitesses – encore que pour les virer il faut leur consentement ! – et puis des pays comme l’Allemagne qui ont toujours considéré que les traités européens sont inférieurs à leur constitution, et donc qui ont toutes les raisons de refuser d’adhérer au projet macronien.

     

    Fragile sur le plan stratégique, il semble que sur le plan tactique, Macron n’ait pas les moyens de ses ambitions européistes, heureusement pourrait-on dire. On a souligné ici plusieurs fois les limites intellectuelles du jeune président, il ne semble pas sortir de l’incantation et de l’invective. Son discours de la Sorbonne ressemblait plutôt à un discours électoral qu’à de propositions raisonnables d’un chef d’Etat en exercice.

     



    [1] Alberto Alesina & Edward Glaeser, Combattre les inégalités et la pauvreté, les Etats Unis et l’Europe, Flammarion 2006.

    [2] http://in-girum-imus.blogg.org/madame-merkel-et-l-impasse-de-la-cooperation-franco-allemande-a131707962

    [3] http://in-girum-imus.blogg.org/emmanuel-macron-president-de-l-anti-france-insulte-les-francais-a131573396

    [4] http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/02/06/31001-20170206ARTFIG00209-emmanuel-macron-et-le-reniement-de-la-culture-francaise.php

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