• Les présidentielles en ordre de marche

     Les présidentielles en ordre de marche

    Il semble se dessiner pour la semaine prochaine une victoire nette de Benoît Hamon à la primaire organisée par la Parti « socialiste ». Celui-ci, avec 36,5% arrive en tête devant Valls avec 31% et Montebourg à moins de 18%. Ce dernier ayant appelé à voter au second tour pour Hamon, il devient quasiment impossible de penser que Valls pourra l’emporter et se qualifier pour la présidentielle. C’était la dernière inconnue de l’élection de 2017. On peut d’ores et déjà en tirer un certain nombre de conclusions.

     

    Jean-Luc Mélenchon ne sera pas présent au second tour

     

    La première conséquence est que cette élection est maintenant perdue pour la gauche. Même si Mélenchon fait un bon score et s’il finit devant le candidat « socialiste », le score d’Hamon, même s’il est de 6 ou 7 % l’empêchera de se qualifier. Sa seule chance était que le parti ultra libéral et pro-européen présente trois candidats – Valls, Macron et Fillon – et que les voix se dispersent sur leurs noms. La présence du trouble Benoît Hamon au contraire renforce à la fois Fillon et Macron, comme dans un système de vases communicants. Quelle que soit maintenant la surenchère droitière de Macron et de Fillon, et même si cela permet à la gauche de connaître un sursaut, Mélenchon ne pourra pas lutter à la fois contre l’idéologie libéral selon laquelle les forces productives du marché seraient entravées par un excès de régulation, et en même temps contre Hamon dont le programme est manifestement sur son terrain, même s’il est à l’évidence encore plus flou sur les points importants. Il est donc assez facile de prévoir que Marine Le Pen affrontera au second tour François Fillon ou peut-être Emmanuel Macron et qu’elle sera battue au nom du « front contre le fascisme ». François Fillon a déjà dit qu’il axerait en ce sens sa campagne du second tour. Et Macron en fera de même au nom de l’Europe et de l’ouverture de la France sur l’extérieur. Les difficultés que Mélenchon rencontre avec les cadres du PCF vont certainement s’accroître, certains militants de ce parti pousseront sans doute les votes vers Benoît Hamon au motif de préserver les alliances locales entre le PCF et le P « S ».

     

    Benoît Hamon sauve le P « S »

     

    Hamon, homme d’appareil, a été placé en tête parce qu’il connaissait mieux le parti que Montebourg. C’est aussi ce qu’avait fait Fillon : il a gagné la primaire des Républicains parce qu’il avait avec lui l’appareil. La candidature d’Hamon si elle élimine de fait Mélenchon et la gauche du second tour a aussi d’autres effets. D’abord l’élimination de Valls montre que les militants du P « S » ne sont pas proches du virage droitier que ce parti a opéré sous l’impulsion de l’élection de Hollande. Si on additionne les voix de Montebourg et de Hamon, c’est une très large majorité qui se dessine dans ce parti contre une politique libérale, une politique de l’offre ou pro-business. Comme en 2005, on constate que la base naturelle du P « S » est à gauche : comme elle avait largement désavoué son encadrement dans le vote du référendum sur le TCE, elle a désavoué toute la politique libérale de Hollande, Macron et Valls. La désignation de Benoît Hamon comme candidat à la présidentielle va ramener le P « S » vers une politique économique plus interventionniste… du moins dans les discours parce qu’une telle politique ne pourra jamais être mise en place dans le cadre européen. En quelque sorte la qualification d’Hamon est un désaveu de plus pour Hollande et les siens qui ont gouverné aussi bien contre le peuple que contre leurs électeurs.

      

    Les présidentielles en ordre de marche

    Une partie des cadres du P « S » s’est déjà ralliée à Macron[1], et cela va sans doute s’accélérer justement à cause de l’adoubement d’Hamon comme candidat. Parmi eux on compte des poids lourds comme on dit, Gérard Collomb, le maire de Lyon, et peut-être demain Ségolène Royal. On voit aujourd’hui qu’Alain Minc rejoint le camp Macron, ce qui est de mauvais augure pour faire pencher un peu (vraiment un peu) le candidat-banquier vers la gauche[2]. Mais c’est seulement un effet passager et cela ne concerne guère les militants ou même les sympathisants. La première raison c’est qu’En marche n’est pas un parti, c’est simplement un véhicule pour Macron, or les politiciens de profession ont besoin d’un parti pour se faire élire et obtenir des mandats rémunérateurs. Cambadelis a déjà prévenu que tous les « socialistes » qui ne soutiendront pas le candidat issu des primaires n’auront pas d’investiture. Ce qui veut dire en clair que ceux qui soutiendront Macron auront face à eux un candidat étiqueté P « S ». A la suite de l’auto-élimination de Hollande de cette course à la présidentielle, beaucoup ont anticipé la fin du P « S », le terme de « social-traître » lui collant à la peau. C’était aller un peu vite en besogne, en oubliant ce qu’on peut appeler les effets de structure. Or le P « S » est d’abord un parti de notables très structuré justement. Ce n’est pas le cas d’En marche, ni même de la France insoumise. Les cadres du P « S » vont vite comprendre que sans un virage à gauche, ils n’ont pas d’avenir professionnel. C’est en ce sens qu’Hamon va permettre à moyen terme au P « S » de revenir progressivement sur le devant de la scène en gauchissant son discours, surtout si Mélenchon ne se qualifie pas pour le second tour. Certes il va y avoir sans doute des défections du côté des soutiens de Macron, mais cela ne peut être que marginal et n’entraînera pas une scission au P « S ». La plupart des élus du P « S » savent que s’ils jouaient à fond le jeu de la rupture, leur avenir serait celui d’un MODEM, c’est-à-dire rien. Même Manuel Valls ne prendra pas le risque de s’éloigner du P « S ».

     

    L’avenir de Benoît Hamon

     

    Hamon fera un faible score à la présidentielle, non seulement parce qu’il a à sa gauche Mélenchon et qu’il est encore moins clair que lui sur la question de l’Europe, mais aussi parce que sur les problèmes dit de société – la place de l’Islam par exemple – il n’est pas très clair[3], sans parler des imbécilités sur la place des femmes dans les cafés dans l’ancien temps, une manière de relativiser en 2016 l’ostracisme dont les femmes sont victimes de la part de certains musulmans[4]. Ce qui fait apparaître souvent cette gauche communautariste comme archaïque et dépassée dans sa défense d’une religion rétrograde.

      

    Les présidentielles en ordre de marche

    Mais même en cas de défaite au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, Benoît Hamon deviendra l’homme fort du P « S ». Là où il diffère de Ségolène Royal qui pensait pouvoir en 2007 s’emparer du parti, c’est qu’il est d’abord un homme d’appareil. Ensuite que ce soit Macron ou plus probablement Fillon qui soit élu, la politique libérale qui sera mise en place sous la houlette de Bruxelles va aviver les tensions et permettre au P « S » de se refaire une santé en tant que premier parti d’opposition. Il est assez facile de prévoir que les recettes libérales dans un cadre européiste sont incapables de répondre aux attentes du pays. Mélenchon ne sera pas en mesure de créer un parti de gauche puissant et organisé pour contrebalancer le poids du P « S », il faudrait en effet pour cela que le PCF accepte de disparaître et de se fondre dans un nouveau parti. Et cela d’autant que 2017 est sa dernière bataille politique d’envergure.

     

    Conclusion

     

    Reste que de jour en jour va devenir de plus en plus urgent de sortir d’une Europe en voie d’effondrement. Et dans le contexte d’une crise bancaire annoncée, on voit mal comment y faire face avec la généralisation du revenu universel, même si on démontre qu’il est possible de financer facilement ce revenu de substitution, ce que je crois possible mais sans avenir. L’inconnue reste encore à ce  jour l’attitude de Marine Le Pen dans cette campagne qui s’ouvre maintenant. Comme on l’a remarqué, elle n’est pas encore entrée dans la bataille, elle restée plutôt discrète. On sait que son parti est traversé par des tendances contradictoires, d’un côté une ligne plus sociale incarnée par Philippot et de l’autre une ligne plus dure et plus libérale, celle de Marion Maréchal-Le Pen. La seconde ligne est compatible avec une alliance avec Fillon, la première non. Mais le FN a-t-il vraiment l’intention de gouverner un jour ?

     

     


    [1] http://www.la-croix.com/France/Politique/Qui-soutient-Emmanuel-Macron-2016-12-12-1200809961

    [2] http://www.lejdd.fr/Politique/Le-soutien-d-Alain-Minc-a-Emmanuel-Macron-raille-de-toutes-parts-841918. Certains ont traité Minc d’opportunisme dans ce ralliement. C’est bien possible, mais en réalité il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre les idées de Minc et celles de Macron.

    [3] http://www.liberation.fr/france/2016/07/10/benoit-hamon-et-gerald-darmanin-sur-l-islam-une-hysterie-politique-tres-dangereuse_1465341

    [4] http://www.marianne.net/cafes-interdits-aux-femmes-france-benoit-hamon-relativise-100248717.html

    « Oliver Delorme, 30 bonnes raisons pour sortir de l’Europe, Olivier Delorme, H&0Les contradictions de Trump et l’affaiblissement programmé des Etats-Unis »
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  • Commentaires

    1
    Deryl
    Mardi 24 Janvier à 16:13

    Illusions. La ligne de Philipot n'est plus sociale qu'en parole et elle est simplement plus démagogique et faux cul que celle de M.Maréchal le Pen qui porte si bien son nom. Les objectifs des uns et des autres c'est de défendre les possédants. Le problème c'est que ceux -ci ne leur font pas confiance car ils ont leurs propres hommes de main comme Fillon et qui sait, Valse "qui aime l'entreprise".  Philipot et Marion le Pen sont les deux cotés d'une même pièce, une face regardant vers le chnord et l'autre vers le sud. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres et là aussi, on affûte les couteaux pour la nuit du même nom.

    2
    Mardi 24 Janvier à 17:56

    Merci pour ce commentaire. En politique pour être élu, il faut défendre une ligne qui ramène des voix, et tant pis si ensuite on le la suit pas. Mais sans doute le FN n'a pas l'intention de gouverner, sauf dans une alliance avec Fillon qui semble maintenant complètement dépassé par les événements.

     

    3
    AUBERT
    Mercredi 25 Janvier à 17:08

    Pour cette élection, rien n'est encore écrit. Comme le mouvement de 1936 ne pouvait se prévoir 3 mois avant. Par contre la situation historique brûle et renvoie justement à celle des années Trente. En définitive, tout dépends de ce que nous ferons, dans les mois qui viennent. Moi communiste, j'ai choisi et milite pour l'insoumission, racine carré du communisme, depuis Spartacus.

    4
    Mercredi 25 Janvier à 18:43

    Oui il peut y avoir encore des surprises maintenant que Fillon est hors jeu, mais la candidature d'Hamon est un coup de poignard dans le dos à Mélenchon. Sauf à ce que Mélenchon arrive à ce qu'il se retire. Mais je n'y crois pas

    5
    Deryl
    Vendredi 27 Janvier à 01:13

    Il y a eu son lot de surprises en 2016, 2017 commence bien... Mais on n'a très certainement pas encore tout vu et d'autres surprises sont à prévoir. Il y a sans doute d'autre dossier en attente au Canard Enchaîné ou ailleurs. En tous cas, le dossier Fillon a été finement joué ! Si il est condamné, il faudra refaire la primaire car il ne sera plus fréquentable, comme si le PS présentait Cahuzac ! Là, on remplace l'absurdité des 500 000 fonctionnaire par 500 000E ;)

    Hamon est, à court terme, le dernier espoir du PS. mais rien n'est joué, jeune, physique avenant, bon baratineur pas trop mouillé avec Hollande il a tout pour gagner la primaire. Et son idée d'un revenu universel n'est pas mauvaise : bonjour les baisses de salaires qu'elle permettra. Et un jour, ben on supprimera ledit revenu...

      • Vendredi 27 Janvier à 08:30

        Effectivement comme nous sommes dans une période très trouble où tout peut être remis en question, il y a pas mal de surprises. L'affaire Fillon en est une. Tout peut arriver. Cependant, je ne pense pas qu'Hamon ait le temps de devenir un présidentiable aux yeux de l'opinion de la gauche qui a semble t il choisi Mélenchon. Pour l'instant il y a un boulevard devant Macron qui cultive le vide en l'enrobant du mythe de la nouveauté pour faire oublier qu'il est responsable du quinquennat calamiteux d'Hollande. 

    6
    Deryl
    Mardi 7 Février à 16:56

    Il existe deux sortes d'experts: ceux qui prédise le passé et ceux qui prédisent l'avenir. Les premier ont le plus souvent raison contre les seconds.Le temps s’accélère au moment des élections et des bifurcations vers des continents politiques improbables se font jour à grande vitesse. ll me semble bien vain de faire des pronostiques: les disparitions de Sarkozy et Juppé remplacé par le dernier filou de la liste, la fin sans gloire du bateleur Manuel Valls, éliminé au profit du non moins improbable Hamon que personne là aussi n'a vu venir, l'émergence de celui que l'on avait considéré comme une bulle médiatique à savoir l’inénarrable gourou Macron, tout cela appel à la modestie et à la réserve.D'autres surprises sont probables, c'est la seule certitude.

     

    7
    Mardi 7 Février à 19:28

    Il est exact que la situation politique est explosive. Une des raisons, mais pas la seule est que nous sommes dans une époque où les partis sont tellement dévalorisés que n'importe quel Macron peut devenir un président très probable. Il est en effet soutenu par des puissances d'argent qui ont la main sur les médias, et maintenant que Fillon semble cuit... ça annonce une évolution inédite où les puissances d'argent font le candidat et peuvent le faire élire. Macron joue habilement sur la confusion en laissant entendre qu'il n'est ni de gauche ni de droite et qu'il a été membre d'un gouvernement de gauche. Pourtant son programme est le même que celui de Fillon, sauf sur le communautarisme. On ne sait pas s'il va y avoir des surprises encore. La victoire d'Hamon par contre n'est pas étonnante. On savait que le P"'S" pour confus qu'il soit était largement peuplé de "gens de gauche", et donc c'est en apparence le plus à gauche qui l'a emporté. Si rien ne vient dézingué Macron, il sera élu. Il semble que c'est la semaine prochaine qu'il sera attaqué. Mais comme il est plus jeune il a sûrement moins de casseroles que le sinistre Fillon.

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