• Les Panama papers et leurs conséquences politiques

     Les Panama papers et leurs conséquences politiques

    Les Panama Papers modifient notre vision du capitalisme

     

    Les Panama papers n’en finissent pas de fournir des renseignements importants sur les pratiques des gens qui ont beaucoup d’argent et qui cherchent non pas à l’investir mais à le cacher aux yeux du fisc aussi bien que du regard jaloux de leurs concitoyens. Cette manière de procéder servirait à démontrer à elle seule la fausseté du proverbe de Schmidt selon lequel « les profits d’aujourd’hui, font les investissements de demain et l’emploi d’après-demain ». Théorème que pour ma part j’ai remplacé par « les profits d’aujourd’hui font la spéculation de demain et la crise d’après-demain ». Les Panama Papers suffiraient à eux seuls à démontrer que la théorie du ruissellement est fausse et que Macron a tort de laisser croire qu’un plus grand nombre de riches nous sortiraient du marasme dans lequel s’est enfoncé notre pays. Dans le dernier post que j’ai consacré à ce sujet, j’ai signalé à la fois le caractère mondial de ce système et montré qu’il était le complément nécessaire d’un système bancaire dérégulé à l’ère de la mondialisation. Attardons nous maintenant un peu plus sur la démarche qui amène les riches à se comporter comme de vulgaires trafiquants de drogue qui veulent rendre leur argent respectables.

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    Ce système mondial de grande lessive montre également que les riches n’en ont jamais assez et vivent dans une obsession d’amasser qui est véritablement pathologique. En effet pour beaucoup de ces gens, il s’agit que leur richesse – généralement faite sur le travail des autres – échappe à l’impôt, alors même que l’impôt sur les revenus a déjà beaucoup baissé depuis le début des années 80 de partout dans le monde. Cette manière d’échapper à l’impôt pour gagner toujours un peu plus, non seulement relève d’une avarice sans borne, alors même qu’ils ne pourront jamais utiliser toute leur fortune accumulée, mais aussi comme le disent les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot[1] , d’une volonté de rompre avec les liens nécessaires de solidarité. On comprend alors que cette oligarchie est d’abord sans patrie et profite de l’affaiblissement des Etats nationaux, et donc qu’au-delà d’une volonté de jouir de leur richesse bien mal gagnée, les riches manifestent une volonté de pouvoir tout autant criminelle destinée à écraser plus faibles qu’eux.

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    Les Panama Papers ont mis à jour cette volonté de l’oligarchie de vivre hors-sol, sans attache à un espace particulier, à une communauté. S’ils sont apatrides, ils sont aussi asociaux. Mais cela ne les empêchent pas de se plaindre abondamment de « l’inquisition fiscale », de la délation qui consiste à exposer les turpitudes des plus riches à la vue de tout un chacun. Les petits soldats de l’oligarchie sont donc montés au créneau avec une défense assez curieuse. Le directeur adjoint du Figaro Yves Thréard mélangeant volontairement tout, signale à la fois que la délation ce n’est pas beau, mais aussi que les fichiers ont été plus ou moins donnés par les Américains avec une intentionnalité géopolitique visant à affaiblir Poutine[2]. Le but de la manœuvre est de noyer le poisson. Et pour faire encore pire dans la mauvaise défense de ce mauvais avocat, il a dénoncé l’idée de faire une liste de riches en la comparant à une liste de gens atteint du SIDA. Mais après tout a-t-il raison et la richesse est une vraie maladie honteuse !

    La Société Générale, déjà impliquée dans les turpitudes de Kerviel, se voit maintenant accusée d’avoir créé près d’un millier de sociétés via Mossak Fonseca. Les dirigeants de cette banque ont dénoncé des amalgames, essayant de faire croire que le but de ces entreprises créées en grand nombre ne visaient pas à échapper à une fiscalité trop forte[3] mais plutôt à développer des investissements productifs ici et là. 

     

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    Les politiques 

    Les dégâts sont considérables aussi de ce côté. Déjà la premier ministre islandais a démissionné et les Argentins se posent des questions sur le président qu’ils ont élu. D’autant que celui-là s’est fait remarquer en faisant voter une loi qui donne raison aux fonds vautours américains : sur ce dossier il est soupçonné aussi d’avoir touché une commission. Mais le premier ministre britannique Cameron se voit interrogé sur l’origine de sa fortune, étant donné que son père possède ou possédait aussi une société via Mossak Fonseca. En France on retrouve toujours les mêmes petits escrocs, Balkany, DSK, Cahuzac. Mais la nouveauté c’est sans doute que le FN est pris la main dans le sac. Et cela va sans doute porter un coup à son image de marque selon laquelle il n’aurait pas trempé dans les turpitudes habituelles de l’UMPS. Bien qu’on puisse voir cela comme une normalisation de ce parti – après tout il est comme les deux autres partis dits de gouvernement ! – il est probable que cela renforcera ses difficultés dans la lutte pour le pouvoir qui s’annonce à la tête de ce parti. Mais cela va renforcer aussi l’idée que tous les hommes politiques sont pourris et donc qu’il faudrait bien que nous nous prenions en charge nous même pour nous dispenser de leurs services ruineux.

    Macron s’est encore fait remarquer par sa bêtise, avançant qu’il n’était pas du tout au courant. Pour un ancien banquier cela voudrait dire qu’il n’est pas très compétent, ne connaissant rien des différentes combines que ceux utilisent pour rouler le fisc. Mais le plus probable est qu’il mente, et donc qu’il nous pense plus bêtes que nous sommes.

    A partir de ces Panama Papers, on a également ressorti la vieille thèse du complot américain : les uns soulignant que les Américains n’étaient pas cités – ce qui est faux, près de 300 noms d’Américains apparaissent – les autres dont le malheureux Julian Assange, il s’agit d’un complot contre Poutine[4]. Dans les deux cas on est dans l’erreur : d’abord parce qu’il faut se souvenir que Mossak Fonseca est une société parmi tant d’autres – il en existerait 139 de ce type – et donc que les Américains planquent leurs pognon ailleurs qu’au Panama, ensuite parce qu’évidemment quoi qu’on pense de la politique de Poutine en Syrie, il est évident que Poutine s’est enrichi et qu’il détient aujourd’hui une des plus grosses fortunes du monde. On savait bien avant les Panama Papers que Poutine avait fait sortir des milliards de dollars de la Russie.

    Parmi les dégâts collatéraux des Panama Papers il y a une fois de plus Sarkozy qui n’en finit pas de sombrer, et qui avait en 2009 fait sortir le Panama de la liste des pays représentant des paradis fiscaux.

     

     


    [1] http://www.humanite.fr/michel-pincon-et-monique-pincon-charlot-les-plus-riches-veulent-detruire-la-solidarite-603769

    [2] http://www.huffingtonpost.fr/2016/04/05/yves-threard-figaro-panama-papers-listings-gens-sida_n_9614772.html

    [3] http://www.lesechos.fr/finance-marches/banque-assurances/021820963546-panama-papers-bercy-convoque-la-societe-generale-1211969.php

    [4] http://www.lemonde.fr/evasion-fiscale/article/2016/04/06/panama-papers-passe-d-armes-entre-wikileaks-et-le-consortium-international-de-journalistes_4897082_4862750.html

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