• Les mots de la droite : la réforme

    De l’Eurogroupe à Macron, de Schaüble à Juncker, en passant par Hollande, la réforme est présentée comme une nécessité quasi-biologique, quelque chose qui n’a pas d’odeur politique, mais qui permet seulement d’avancer vers la croissance et l’emploi. 

    Réformer contre le peuple

     

    Les mots de la droite : la réforme

     

    Evidemment on reconnait l’orientation politique à l’usage qu’on fait du vocabulaire. Mais cet usage est changeant. En règle générale c’est le courant qui est offensif qui dicte l’usage qui sera fait du vocabulaire. Il en est ainsi du mot réforme. Pendant longtemps, après la guerre et jusqu’aux environs de 1990, le mot réforme avait un parfum  progressiste. Il signifiait donner plus de droits aux salariés, accroître les prestations sociales, faire baisser les inégalités, limiter la propriété privée. Mais depuis la contre-révolution conservatrice de Thatcher-Reagan, réformer signifie maintenant exactement le contraire : abaisser les droits des travailleurs, diminuer le coût du travail, limiter l’intervention de l’Etat.

    La polémique a enflé ces jours ci avec l’intervention de l’abominable Wolfgang Schaüble, l’un des membres de ce couple infernal qu’il forme avec Merkel, l’un des Thénardier de l’Europe. Voici ce qu’il a dit : « la France serait contente que quelqu'un force le Parlement, mais c'est difficile, c'est la démocratie ». Ce parfait imbécile, outre qu’il n’a pas très bien compris ce qu’était la démocratie, parle au nom de la France, il suppose donc que celle-ci lui aurait fait des confidences. Conséquences, il va sans doute, puisqu’il ne peut pas envoyer des Panzer divisions – ça ne se fait plus et puis si l’Allemagne s’engageait dans une guerre avec la France elle serait à peu près certaine de la perdre, demander à ce que les Institutions européennes durcissent les sanctions de Bruxelles contre la France.

      Les mots de la droite : la réforme

    Mais quelles sont ces réformes qu’il faudrait mettre en place pour plaire à cet individu ? Essentiellement justement d’abaisser les droits des travailleurs en matière de sécurité d’emploi, de couverture des risques de chômage et de santé, et évidemment en ce qui concerne les retraites. Il veut donc produire des réformes à l’envers de ce qui a été mis en place après justement la défaite de l’Allemagne qui voulait construire par les armes une grande Europe sous sa conduite. C’est donc de contre-réformes qu’il faut parler. Mais en outre, il faut mettre en avant le fait que ces réformes qui ont été entamées depuis une bonne trentaine d’années en Europe, ont engendré des résultats inverses à ceux initialement attendus. On nous a promis grâce à ces réformes la croissance et l’emploi et nous avons en même temps le chômage de masse et la stagnation. Car il faut le répéter ici les réformes de droite qui se basent sur l’économie de l’offre ne marchent pas.

    On nous aura donc menti ! Pourquoi ? Evidemment parce que ces réformes ont de tout autres buts : elles ne servent qu’à deux choses, accroître la part des profits dans la valeur ajoutée et faire baisser le pouvoir des salariés aussi bien sur le plan politique que sur le plan économique.

     Les mots de la droite : la réforme

     

    La révolution conservatrice et le projet européen 

     

    Dans le graphique suivant, on remarque que début des années 80, grâce justement aux « réformes », les profits ont explosés, mais qu’à l’inverse cela n’a pas entraîné une croissance de l’investissement. Les investissements en fait baissaient tendanciellement depuis le début des années soixante, et c’est cette baisse qui servait de prétexte à faire remonter les taux de profit.

    On remarque que c’est à partir de la fin des années soixante-dix, et du début des années quatre-vingts que l’initiative dans la lutte des classes change de camp : la symbolique est celle du couple Reagan-Thatcher qui part en guerre contre les syndicats. C’est à partir de ce moment que la mondialisation s’accélère grâce au développement incroyable de la finance. Mais c’est aussi à ce moment-là que l’Europe fait avancer son projet libéral : la première victime politique de ce plan sera François Mitterrand qui se résoudra en 1983 à soutenir ce projet post-démocratique et qui entraînera la gauche, d’abord le PS, puis le PCF, dans l’approbation d’un tel projet, notamment en racontant de partout qu’une Europe sociale verrait le jour après la mise en place d’une Europe économique.

    Les mots de la droite : la réforme

    Dans ce contexte, il est assez difficile d’invoquer la baisse des taux de profit comme le font la main dans la main certains marxistes et les économistes orthodoxes comme une nécessité immanente. On comprend alors que « la réforme » n’est pas une nécessité économique, mais avant tout une volonté politique de récupérer le pouvoir et de l’exercer à son profit.

    C’est exactement ce qui se passe avec la Grèce aujourd’hui. Tous les observateurs se sont rendus compte que si l’Eurogroupe refusait chaque fois à la Grèce la liste de ses réformes avancée, ce n’est pas tant qu’elles étaient insuffisantes, le gouvernement grec a fait de très nombreuses concessions, mais dans le but d’obtenir une capitulation politique définitive de Tsipras sur le modèle de société que l’Europe veut mettre en place, un modèle qui se passe de l’assentiment des peuples.

      

    Conclusion 

     

    Le minimum que l’on doit faire c’est d’abord de refuser des réformes qui sont fondées sur la théorie de l’offre et qui consiste à diminuer les droits des travailleurs, brader la propriété collective en privatisant, en diminuant les retraites et les prestations sociales au motif qu’en produisant plus on aura plus à mieux partager : c’est la soupe aigre servie par Hollande. Mais il convient aussi de dénoncer les syndicats comme la CFDT qui ont fait de la collaboration de classes leur ligne de conduite. Les trente dernières années ont montré que les réformes d’inspiration libérale ne menaient à rien d’autre qu’au chaos politique et à la régression sociale. Il est temps de revenir en arrière pour réinventer le futur !! Quand j’entends le mot réforme, je sors mon révolver !

     

    Liens

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/04/17/pour-wolfgang-schauble-la-france-doit-etre-reformee-de-force_4617794_3214.html

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-a-quoi-joue-la-bce-470999.html

    http://www.cfdt.fr/portail/la-cfdt-dans-les-medias/interview-la-cfdt-nempeche-pas-lesreformes-srv1_256689

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  • Commentaires

    1
    Peretz
    Vendredi 1er Mai 2015 à 15:10

    Effectivement la réforme dans le jargon politique est un abus de langage. Dans le temps, il était employé pour les chevaux qu'on amenait à l'abattoir. Plutôt qu'un revolver allemand, il faudrait utiliser une Kalachnikoff russe.

     

    2
    grandmonde
    Dimanche 3 Mai 2015 à 10:56

    Tout à fait d'accord, tout comme quand j'entends les politiques et leurs journalistes servants dire que pour faire accepter ces "réformes" il faut faire de la "pédagogie", mot qui a changé également de sens, et qui signifie dans la növlangue propagande.

     

    3
    PrNIC
    Mardi 9 Février 2016 à 13:08

    et pour aborder d'autres mots de la novlangue actuelle , une petite conversation

    http://chevaliersduguet@free.fr

     

     

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