• Les leçons d’un référendum

     Les leçons d’un référendum

    La démocratie en action 

    Le « non » au plan des créanciers l’a emporté dimanche avec un peu plus de 61% des voix. La défaite du « oui » est écrasante et s’est amplifiée au fil de la soirée. C’est un succès incontestable pour Tsipras et une défaite pour l’Eurogroupe, Merkel et les créanciers. Les forces réactionnaires qui soutenaient le oui sont aussi battues que ce soit le PASOK qui continue sa descente aux enfers et qui préfigure l’évolution future du PS en France, ou de ND.

    Le oui était soutenu également par ce qu’on appelle « les forces économiques » de la Grèce et qui représentaient surtout le patronat et les médias. Mais les instances européennes n’ont pas hésité aussi à faire compagne pour le « oui » directement en essayant de faire peur, ou indirectement en fermant par l’intermédiaire de la BCE le robinet des liquidités, ce qui a obligé le gouvernement à fermer les banques. Ce chantage n’a pas eu de résultat, et peut-être même a renforcé la position de Tsipras, alors même que les Grecs commençaient à se lasser de ses atermoiements face à l’entêtement borné de l’Eurogroupe. Ce dernier avait parié sur la lassitude bien réelle du peuple grec. C’est une vieille tactique de la réaction que de combattre le peuple passivement en attendant qu’il retourne de lui-même à l’ordre par lassitude. Mais il faut croire que les critiques adressées à Tsipras par les Grecs sont moins fortes que celles à l’endroit des eurocrates. Les scènes de liesse qui ont suivi la proclamation des résultats, ne trompent pas.

     Les leçons d’un référendum 

    Des citoyens grecs brûlant le drapeau européen symbole d’oppression 

    Le référendum a été organisé en quelques jours et s’est bien déroulé. C’est une leçon importante puisqu’en France depuis 2005 on hésite à faire un référendum, arguant de la complexité de la chose et de la longueur de la campagne. Des imbéciles ont même avancé que le référendum était illégal, étant donné qu’il n’était pas approuvé par l’Europe. Ça c’est la version de la démocratie selon Hollande et les débris du PS en fin de vie. Si on comprend bien que pour discuter du contenu d’une constitution européenne, il fallait du temps à cause de la complexité du texte, les longs mois de négociation depuis l’arrivée de Syriza au pouvoir signifiaient au moins que le peuple était au courant des enjeux de leur vote.

    Le référendum grec ressemblait d’ailleurs au référendum de 2005 qui avait eu lieu en France et aux Pays Bas. D’abord par la mobilisation exceptionnelle des forces de la réaction. L’ensemble des médias grecs à la solde de l’Europe s’est mis a diffusé des fausses nouvelles. Comme en 2005 ces médias se sont appuyés sur des sondages bidons pour tenter de sauver les meubles. Dimanche matin Le monde qui prend ses désirs pour la réalité disait que les résultats du référendum étaient incertains, qu’ils seraient serrés et que 3 sondages sur 4 donnaient le « oui » gagnant. Contrairement à ce qu’on peut penser ce ne sont pas les sondages qui se sont trompés, ce sont les médias qui les ont manipulés pour essayer de renforcer leur camp et pour tromper le peuple.

    Il a été assez sinistre de voir que dans l’isolement de la Grèce face aux puissances d’argent, les « socialistes », Moscovici, Hollande, et même le petit Macron se soient mis à casser du sucre sur le dos de Tsipras. On a même vu l’ancien rebelle professionnel Daniel Cohn-Bendit s’en prendre à la Grèce qui ferait selon lui le choix d’un mauvais référendum. Avançant dans l’âge on peut dire qu’il ne s’arrange pas et ne dire aucune conséquence de ses propres errements politiques et idéologiques. Même chanson du côté des sociaux-démocrates allemands qui par la voix de Martin Schultz réclament en Grèce un gouvernement de technocrates. 

    Conséquences 

    Les réactions de l’oligarchie ont été conformes à ce qu’on attendait :

    La première conséquence du référendum est que Tsipras est renforcé. Cela lui donne une certaine force dans les négociations futures. A l’inverse l’Eurogroupe est fragilisé. Certes ils s’en foutent un peu d’être légitime ou pas, mais ils sont de plus en plus sous la menace d’une sortie de la Grèce de l’euro. Sans doute va-t-on voir apparaître au sein de l’Eurogroupe des divergences profondes dont l’Europe a l’habitude. La France par l’intermédiaire de Hollande et de Sapin va sans doute plaider pour une reprise des négociations et donc une discussion sur le règlement des dettes à l’échelle européenne.  

    Les leçons d’un référendum

    C’est Angela Merkel qui est la plus ennuyée. En effet elle est prise entre le marteau et l’enclume. D’un côté l‘abominable Schaüble et les « eurosceptiques » veulent se débarrasser de la Grèce et sont prêt à faire des efforts pour hâter sa sortie, mais de l’autre les milieux d’affaires allemands savent très bien que sans l’euro, la puissance économique de l’Allemagne s’effritera complétement. Elle se trouve donc devant le choix douloureux de reprendre les négociations en cédant un peu de terrain, mais en désavouant Schaüble, soit de rester intransigeant pour laisser la porte ouverte à un Grexit dont la Grèce prendrait l’initiative. Le choix est d’autant plus difficile à faire qu’une sortie de la Grèce de l’euro signerait probablement à terme l’acte de décès de la monnaie unique. Pour cette raison je pense qu’Hollande et Merkel vont maintenant tout faire pour que l’intransigeance de l’Eurogroupe s’adoucisse et que les négociations rendent acceptables à Tsipras la signature d’un compromis. La réaction outrée de cette canaille de Jeroen Dijsselbloem qui ne veut pas comprendre que les Grecs non seulement organisent un référendum, mais qu’en plus ils votent « non » à ses propositions moisies, n’a pas caché son intention de se venger de cet affront. Il pourrait très bien accélérer à lui seul le processus de délitement de la zone euro tant son intransigeance et sa bêtise sont légendaires.

    La question est de savoir ce que Tsipras est prêt à accepter. A mon sens il va accepter l’austérité renforcée de l’Eurogroupe – hausse de la TVA, réforme des retraites – en échange d’une renégociation de la dette : un étalement plus une remise. Il pourra toujours présenter cela comme une victoire, puisque les gouvernements grecs précédents ne l’ont pas obtenu, mais au final ce sera une défaite pour les Grecs parce que dans ce contexte l’économie ne redémarrera pas. Tout cela n’est pas si simple. D’abord parce que Merkel va être obligée de se déjuger. Ensuite parce que si l’Eurogroupe commence à céder, même de façon minime, c’est tout son système de gouvernement qui repose sur la punition des peuples endettés qui s’effondre. Il arrivera alors que d’autres, en Espagne, en Italie ou même en France, viennent réclamer des avantages, des exceptions, des remises. Mais d’un autre côté s’ils ne cèdent sur rien, et s’ils poussent la Grèce vers la sortie, alors ils seront accusés d’avoir détruit la construction européenne.

     Les leçons d’un référendum

    En attendant que la situation se décante, Varoufakis vient de démissionner de son poste de ministre de l’économie. Varoufakis lui-même présente cela comme une concession à l’Eurogroupe qui ne veut plus de lui dans ses réunions. On peut se poser des questions sur le caractère démocratique d’une telle exigence. Ce serait un geste de Tsipras envers les créanciers. Mais que vont faire ceux-ci ? Hollande et Merkel doivent en discuter. Il n’est pourtant pas sûr que ce soit eux qui aient les clés des négociations. En effet la BCE conserve un pouvoir de nuisance très élevé, elle peut décider de ne pas augmenter le plafond ELA et donc d’empêcher les banques grecques de rouvrir rapidement, et à terme d’obliger la Grèce à imprimer sa propre monnaie. Les propos, notamment ceux de Benoit Coeuré, entendus ces derniers jours tendent à accréditer cette thèse. Les ennemis de la Grèce qui souhaitent sa reddition complète n’ont pas désarmé, malgré le verdict des urnes. La marge de manœuvre de l’Eurogroupe comme de la BCE est cependant étroite, parce que derrière un abandon de la dette grecque, il y a la question du refinancement des banques qui sont exposées à un défaut grec. 

    L’avenir de l’Europe 

    Pour certains la solution passerait par un renforcement des liens entre les pays : soit une renégociation des dettes publiques et une avancée significative dans le sens d’un fédéralisme. Une mise en commun des dettes et de leur règlement. Solution un peu aberrante puisqu’on imagine mal comment l’Allemagne, ou la Finlande accepteraient une telle issue face à leur opinion publique.  L’idée même que l’eurozone se défasse est présentée par eux comme le début de l’apocalypse. Un peu comme si avant et après l’euro la vie n’existait pas. Dans un entretien donné à L’Obs, la politologue Ulrike Guérot veut avancer dans ce sens, arguant que soit on crée une Europe politique solide et unie, soit « ce sera le néant ». Ce type d’approche est ridicule. Je comprends qu’on puisse présenter l’Union européenne comme une option politique, je comprends même qu’on puisse la défendre. Mais je ne comprends pas qu’on puisse la présenter comme la seule voie possible et que toute autre forme institutionnelle serait une catastrophe ou une ouverture sur le néant. C’est de l’imbécilité ou une simple escroquerie intellectuelle. Mais c’est un langage assez commun que de présenter les évolutions politiques et institutionnelles comme sans retour. C’est ce discours qui soutient depuis la fin des années soixante-dix les fameuses réformes structurelles qui sont censées apporter un ineffable bonheur aux peuples qui s’y soumettront. On l’a fait au nom de l’Europe, au nom de la compétitivité, au nom de la nécessité de rembourser les dettes publiques. Mais depuis trente ans le résultat est bien médiocre pour les peuples, même s’il est bon pour l’oligarchie. 

    Grexit

      Les leçons d’un référendum

    Comme d’habitude les journaux s’en sont donné à cœur joie. Pêle-mêle ils accusent la Grèce d’être un partenaire imprévisible (La croix), de vouloir sortir de l’euro (Le figaro) ou encore de rendre impatients les « Européens ». Le nom d’Européens est ici par La croix à l’Eurogroupe et aux représentants des « créanciers ». Le titre du Parisien sur « le coup de pied grec » en dit long sur l’état d’esprit de ce torchon. Leur analyse est toujours fausse cependant. D’abord sur la question du Grexit. Piketty dans une interview au Monde demandait à Hollande d’y mettre son véto. Cette demande frise vraiment la débilité et manque de sérieux. En effet si telle était la volonté des Grecs de sortir de l’euro, on ne voit pas ce qui pourrait l’empêcher. Mais s’il s’agit d’expulser la Grèce de l’euro, il est évident que les « Européens » ne le peuvent pas.

      Les leçons d’un référendum

    Comment se passerait un Grexit ? Rien n’est prévu dans les textes en ce qui concerne une sortie de la zone euro, les imbéciles qui ont rédigé les traités voulaient laisser croire que l’euro était une construction irréversible. Autrement dit pour sortir de l’euro et retourner à la monnaie nationale le seul chemin est celui d’une sortie de l’Union européenne sous le couvert de l’article 50. Les Grecs ne peuvent pas sortir de l’euro sans sortir de l’Union européenne, et les  « Européens » ne peuvent ni les expulser de la zone euro, ni de l’Union européenne. Autrement dit, une sortie de la Grèce de l’euro peut être soit négociée avec les partenaires de l’Eurogroupe, soit décidée unilatéralement par Athènes en sortant de l’Union européenne. Les échos comme Le Figaro font une erreur d’analyse typique des journalistes de droite. Ils prétendent connaître les intentions à moyen terme de Tsipras. Personnellement je pense que nous sommes encore loin du Grexit, même si les Allemands pensent que ce serait la meilleure solution pour préserver leurs intérêts dans la monnaie unique. 

    Conclusion 

    La position de la Grèce, l’inconséquence des créanciers qui sont très divisés, montre une fois de plus que le « machin » ne peut pas fonctionner correctement. C’est la démonstration de l’échec du projet européen une fois de plus. La crise grecque et le référendum ne vont pas améliorer « l’amitié entre les peuples », cette amitié qui était sensée donner une cohésion à l’ensemble. Bien au contraire la situation bloquée dans laquelle nous sommes va accroître les tensions et les rancoeurs. Mais une fois de plus l’Europe aura fait la preuve que ce qu’elle déteste par-dessus tout c’est la possibilité que le peuple s’exprime

    Liens 

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/07/04/daniel-cohn-bendit-sur-le-referendum-grec-deux-postures-stereotypees-s-opposent_4670277_3232.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/la-crise-grecque/20150702.OBS1983/soit-une-europe-politique-emerge-soit-ce-sera-le-neant.html 

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/referendum-en-grece-merkel-sur-la-retenue-le-president-de-l-eurogroupe-ouvertement-irrite-489711.html

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