• Les gilets jaunes toujours là, acte XXVIII !

     Les gilets jaunes toujours là, acte XXVIII ! 

    Les gilets jaunes se rassemblent à Amiens avant de défiler 

    Alors que les médias se concentrent sur les élections européennes qui ne serviront à rien de d’autre que de mesurer l’étiolement de la popularité de Macron, les gilets jaunes continuent à se mobiliser. Certes ils sont moins nombreux au fil des semaines et des mois, mais tandis que Castaner-le-menteur avançait le chiffre de 12 500 manifestants, le syndicat France Police considérait que la mobilisation était restée la même d’une semaine sur l’autre, aux alentours de 55 000 dans toute la France[1]. Pour que cela continue toujours après plus de 6 mois, il faut vraiment que le mouvement soit profondément enraciné dans ses certitudes. Evidemment les médias appuient sur le fait que les manifestations sont bien moins fournies, dissociant dans leur lâche soulagement l’effritement de la mobilisation de la répression féroce, de la terreur macronienne et des interdictions prononcées ici et là de manifester. Mais Macron est un très mauvais stratège. C’est sans doute cet entêtement imbécile à faire plier le genou des gilets jaunes en les massacrant de façon hebdomadaire qui va lui coûter les élections européennes le 26 mai 2019. Sa défaite est annoncée, la seule question est de savoir quelle sera son ampleur. S’il faut faire le lien entre les gilets jaunes et les élections européennes, c’est parce que curieusement, il devrait y avoir une hausse de la participation de 2 points, à 47%, non pas parce que les Français deviendraient tout soudain européistes et qu’ils comprendraient la nécessité d’un parlement européen, mais parce que pour eux c’est d’abord la manière la plus simple de sanctionner Macron, et comment le sanctionner ? Et bien en votant pour la liste du Rassemblement National ! Cette nouvelle forme de vote utile ne réhabilitera pas pour autant l’élection, ni même le RN. J’ai dit pourquoi l’abstention me paraissait toujours être un meilleur choix, plus en accord avec l’esprit du mouvement des gilets jaunes[2]. Evidemment les macroniens vont vous dire que c’est bien la preuve que les gilets jaunes étaient de droite dès le début puisqu’ils vont voter le 26 mai pour le RN. Mais non, ils voteront RN pour faire perdre Macron, et uniquement pour cette raison. Il serait par ailleurs stupide de croire que tous les gilets jaunes vont voter pour le RN, même pour emmerder Macron, la plupart feront comme la majorité des Français, ils s’abstiendront.

    Les gilets jaunes toujours là, acte XXVIII ! 

    A Montpellier 

    Mais par ailleurs les choses évoluent et dans un sens qui ne va pas plaire à Macron. Le syndicat France Police rappelait dans le post que nous avons cité qu’un CRS allait être renvoyé devant la Cour d’assises pour un tir de grenade non justifié qui aurait entraîné des infirmités. Certes c’était dans le cadre des manifestations contre la loi El Khomri, en 2016, mais on voit d’ici ce qui pourrait se passer dans les semaines à venir quand plusieurs affaires de ce type arriveront à passer les différentes étapes et les embûches qui sont mises sur la route des plaintes que les manifestants peuvent déposer contre les abus en tous genres que la police opère, que ce soit en termes d’arrestations arbitraires, de matraquages inconsidérés, de tirs de grenades ou de LBD40. Malgré la vigilance des parquets, bien tenus par Belloubet, il y a la vigilance des collectifs d’avocats qui commence à avancer. Mais quoique les manifestations soient annoncées comme peu fournies, la police a tout de même user de grenades lacrymogènes et n’a toujours pas abandonné l’idée de réprimer violemment toutes les manifestations qui déplaisent à Macron. 

    Les gilets jaunes toujours là, acte XXVIII ! 

    A Paris des tirs de grenades lacrymogènes 

    Et puis la répression n’atteint pas seulement les gilets jaunes. On a vu la semaine dernière la DGSI convoquer comme au temps du Maréchal Pétain des journalistes qui auraient trahi le secret défense dans leur enquête sur les turpitudes de Benalla[3]. Sur ce coup le journal Le monde, le premier concerné, a bien été obligé de réagir. Cette convocation saugrenue a d’ailleurs été critiquée à l’étranger. Il est vrai que le patron de la DGSI, Nicolas Lerner, fraîchement nommé par Macron n’est pas du genre à y aller avec le dos de la cuiller, c’est lui qui avait suggéré que les gilets jaunes étaient manipulés par l’étranger[4] ! Ruffin a fait un tabac avec son film sur les gilets jaunes, J’veux du soleil, mais il y a un autre film qui tourne maintenant sur Internet et qui montre la face obscure du pouvoir macronien. Ça s’appelle Gilets jaunes, une répression d’Etat. Ce montage documentaire, tout à fait édifiant, montre que la logique dans laquelle nous sommes aujourd’hui est bien celle d’une guerre de classes avec de grands moyens. Alors il est bien possible que les gilets jaunes perdent une bataille, mais la guerre sera longue, très longue, de nombreux événements vont influer sur le sort de Macron, que ce soit sa défaite aux élections européennes, ou ses disputes avec Merkel pour imposer un président à la Commission européenne, Merkel penche pour Manfred Weber, encore un Allemand, tandis que Macron aimerait placer quelqu’un qui serait plus proche de lui. Et puis il y a ce qui va se faire dans les jours et puis les mois qui viennent au Royaume Uni, un divorce sans accord avec l’Union européenne risque de montrer que nous n’avons rien à craindre d’une séparation.

      

    Ce serait un tort de croire que les élections européennes et les gilets jaunes sont deux sujets différents : ce sont les mêmes. Beaucoup de gilets jaunes comprennent que seule la sortie de l’Union européenne permettra des avancées sérieuses. Mais en outre, on sait que les gilets jaunes sont suivis dans toute l’Europe comme un exemple sur lequel il convient de s’interroger. Une défaite de Macron aux élections européennes entraverait pour un moment ses velléités de réformes tout azimut, et cela obligerait les partis de gauche et les syndicats à être un peu plus combattifs. On a appris que Laurent Berger, le collaborateur du MEDEF et l’ami de l’Europe, avait été élu à la tête de la Confédération européenne des syndicats, avec la bénédiction de la CGT d’ailleurs[5]. Cette nomination pose question, au moins en France, parce que la CGT est complètement à la traîne, et qu’elle a des difficultés à assumer un double langage, soutenir Laurent Berger à Vienne, et le critiquer à Paris. Laurent Berger était le seul candidat et il a été élu avec plus de 95% des votants ! C’est dire dans quel état de décrépitude se trouve le syndicalisme européen. Dans ce contexte, même si Martinez continue son insipide politique de collaboration, les gilets jaunes vont encore plus apparaître comme la seule force véritable de défense des travailleurs et des petites gens. Certes on sait très bien qu’il y a des sections d’entreprise de la CGT ou même de la CFDT qui mènent un combat courageux et important, mais aux échelons supérieurs, la bureaucratie freine des quatre fers. C’est ce qui explique sa volonté de marginaliser les gilets jaunes et de les appuyer le moins possible. Mais dans contexte actuel, cela passe pour une démission car il n’a échappé à personne que les gilets jaunes ont obtenu bien plus en 6 mois de lutte que les syndicats en 15 ans de défilés. La manière honteuse dont la CGT s’est faite attaquée le 1er mai dernier, sans réaction sérieuse, en dit long sur la fin de ce syndicat : l’opposition ne se trouve plus ni dans les partis, ni dans les syndicats, mais dans la rue, clairement. Et donc même si le mouvement des gilets jaunes devait s’arrêter à l’acte XXVIII, il reprendrait immanquablement sous une autre forme aujourd’hui ou demain, mais sûrement dans une brève échéance. 

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    Sur le Vieux Port

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  • Commentaires

    1
    sergio
    Mercredi 29 Mai à 00:01

    Une bonne partie de leur stratégie n’est plus la bonne, un retour à la source s’impose (les Provinces c’est bien mieux!) ça deviendra une évidence plus nous rapprocherons des municipales de 2020…

    2
    sergio
    Mercredi 29 Mai à 12:38

    errata: il fallait lire: "ça deviendra une évidence plus nous nous rapprocherons..." et non: "ça deviendra une évidence plus nous rapprocherons..."

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