• Les errements de Jean-Luc Mélenchon sur l’Europe

     Les errements de Jean-Luc Mélenchon sur l’Europe

    En tant que premier opposant, ainsi que le qualifie les médias, Mélenchon vient de donner une très longue interview à Marianne, journal jadis un peu anticonformiste, puis qui s’est rangé derrière Macron et qui aujourd’hui semble le regretter. Cet interview est un peu le contrepoint de celui que Macron a donné le 7 septembre au journal Le point. On n’apprend pas grand-chose, il reprend les bonnes raisons qu’il y a à s’opposer à Macron sur les ordonnances et montre que celles-ci sont pensées comme une arme contre le peuple. Il avance, et sur ce point on peut lui donner raison, que Macron cherche par ses multiples provocations l’affrontement, pensant sans doute que s’il gagne la bataille de ses réformes, l’horizon sera dégagé pour lui en Europe. Il rappelle au passage que si Macron a été élu démocratiquement, cela n’empêche pas l’opposition de manifester contre sa politique. Il aurait pu un peu plus insister sur le fait qu’il avait été très mal élu, et que probablement c’est aujourd’hui une majorité de Français qui sont hostiles à sa politique. Evidemment la question est de savoir comment faire en sorte que les multiples oppositions d’aujourd’hui se transforment en un large mouvement qui renverse ce régime honni. Il ne dit pas grand-chose non plus de la division qui règne dans le camp de la gauche. Par exemple pourquoi la France Insoumise appelle à des manifestations contre les ordonnances en dehors d’une concertation avec les syndicats ? N’eut-il pas été plus simple d’appeler aux manifestations aux côtés de l’intersyndicale ? De même il n’éclaire pas les relations troubles qu’il entretient avec le PCF. Pierre Laurent qui sait sans doute que son parti est en perdition a décidé, en ouverture de la fête de l’Humanité, d’attaquer Mélenchon, comme si ce dernier était responsable des contorsions incompréhensibles de son parti qui s’étiole sans retour. Mais au lieu de tempérer, Mélenchon et les insoumis jettent de l’huile sur le feu[1]. Ce n’est pas sérieux si on aspire vraiment à gouverner.  

    Les errements de Jean-Luc Mélenchon sur l’Europe

    A travers cette interview, Mélenchon se définit comme un réformiste, un social-démocrate ancienne manière si on veut, il veut prendre le pouvoir par les urnes, et proposer ensuite des réformes qui iraient dans le sens de plus d’égalité, mais aussi l’abandon d’un modèle productiviste usé jusqu’à la corde. Il est donc très abusif de le présenter comme un « radical ». mais on peut comprendre que pour lui, comme pour beaucoup, la révolution n’est pas à) l’ordre du jour et donc qu’en attendant, il faut bien faire quelque chose pour mobiliser le peuple et essayer de changer. 

    Mélenchon et la politique étrangère 

    Sur ce terrain, Mélenchon est bien moins à l’aise, mais on pourrait dire que c’est l’ensemble de la gauche qui n’y arrive pas. On notera que sur la question du Venezuela, il n’est pas très convaincant. Bien entendu, la droite, et le camp pro-américain, se délecte des difficultés de ce petit pays, et bien que la situation soit très confuse, il est évident que c’est la droite libérale et pro-américaine qui mène la contestation contre Maduro. Mais selon moi, cela ne suffit pas à faire de Maduro une simple victime, et se rattacher à l’alliance bolivarienne a été certainement une grosse erreur durant la campagne présidentielle. Rappelons qu’il a terminé tout de même quatrième derrière Fillon qui trimballait des casseroles en grande quantité. 

    Les errements de Jean-Luc Mélenchon sur l’Europe 

    Sur la question de l’Europe, Mélenchon n’a pas changé et s’enfonce même. Il fait semblant de croire que l’Union européenne peut être réformée, arguant du poids de la France et donc que celle-ci a d’autres arguments que la Grèce à faire valoir face à l’hégémonie de l’Allemagne. Cette analyse est erronée pour au moins deux raisons :

    - la première évidence c’est que pour changer l’Europe, il faut changer les traités ce qui prendrait sans doute au moins dix ans, avec le chaos que cela engendrerait, à supposer que l’ensemble de nos partenaires soient de bonne volonté ;

    - la seconde évidence est que Mélenchon ignore les résultats des élections présidentielles du premier tour. Or nous voyons que d’une manière ou d’une autre, la France est aujourd’hui partagée en deux camps d’importance égale : les souverainistes et les européistes[2]. C’est le camp des premiers qui d’élection en élection progresse le plus, et pour cause, l’Union européenne n’ayant que des mauvais résultats en tout, et, se comportant avec les faibles d’une manière arrogante et sadique, et de façon obséquieuse et veule avec les forts, elle est devenue un vrai repoussoir.

    La bonne méthode n'est pas d'annoncer qu'on va renégocier, mais plutôt de commencer par sortir justement pour avoir ensuite les mains libres pour renégocier des traités de coopération qui seraient favorables enfin à la France. Mélenchon fait semblant de ne pas comprendre que sans sortie de l’Union européenne et de l’euro, il n’y a pas de politique sociale possible. C’est pour cela d’ailleurs qu’il se permet de cracher sur le Front national. Or on peut penser beaucoup de mal du parti de Marine Le Pen, mais il faut bien comprendre que s’il est grimpé aussi haut, et si sa représentante a été qualifiée pour le second tour des présidentielles, c’est grâce à un vote populaire, fait de transfuges du PCF et du PS.

    Je l’avais signalé au début de la campagne présidentielle, la chance de Mélenchon de l’emporter reposait sur un positionnement clair sur deux points décisifs :

    - le premier est de dire quelque chose de cohérent et d’original sur la déferlante migratoire, et sur l’Islam par contrecoup.

    - le second est de dire clairement qu’on va sortir de l’Europe, et comment on va s’y prendre pour que cela réussisse.

    On voit que ces deux points touchent directement à la question de la souveraineté et de l’identité de la France. Etant donné le poids médiatique et électoral de Mélenchon, c’est à lui d’avoir le courage d’avancer sur ce chemin et de cesser de tergiverser aussi bien avec l’idée d’une autre Europe, qu’avec la frange islamo-gauchiste qui se trouve à ses côtés. Le chemin est ardu, mais on ne voit pas comment quand on est dans un tel état de décomposition on puisse faire l’impasse sur ces problèmes. La logique voudrait qu’un vaste front souverainiste voit le jour, même si les points de vue sont différents, non pas pour communier béatement dans la célébration de la nation, mais parce que en s’écartant de cette voie, aucune politique alternative à celle de Bruxelles ne sera possible. Les Français ne veulent pas d’une Europe supranationale, il est temps de prendre cela en considération. 

    Les errements de Jean-Luc Mélenchon sur l’Europe

     

     

     


    [1] http://www.leparisien.fr/politique/critique-par-le-pc-melenchon-juge-la-direction-communiste-en-perdition-17-09-2017-7266681.php

    [2] http://russeurope.hypotheses.org/6287

    « Philippe Vilain, La littérature sans idéal, Grasset, 2017L’Europe et l’indépendance de la Catalogne »
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