• Les enjeux européens de la présidentielle de 2017

     Les enjeux européens de la présidentielle de 2017

    Les programmes des candidats commencent à être présentés et discutés peu à peu. Le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne déclenchent guère l’enthousiasme et qu’ils présentent peu d’innovations. Je ne parlerai pas ici du dégoût que le peuple ressent à l’endroit de la classe politique qui prétend le représenter. Ce n’est pas mon sujet du jour, même si je comprends bien qu’il est complétement scandaleux que des politiciens qui se prétendent pour l’austérité (pour les autres) se comportent comme des avares dont le premier souci est de piller l’argent de la République (pour leur propre usage). Je me bornerais à constater que cet arrivisme éhonté est souvent corrélé avec les périodes de forte décomposition de la vie sociale et politique. 

    Si on excepte les petits candidats, les personnalités qui se présentent à cette élection peuvent être divisées en deux : 

    1. celles qui ont exercé des responsabilités et qui sont donc comptables de la situation actuelle. Dans cette catégorie, il y a bien entendu Emmanuel Macron qui a été l’inspirateur de la politique économique de François Hollande, politique qui a largement contribué à son discrédit dans l’opinion et dont les résultats ont été tellement mauvais que le président n’a pas eu le courage de venir devant les électeurs pour défendre son bilan. Mais il y a également François Fillon qui a été premier ministre entre 2007 et 2012. L’action de celui-ci, associé il est vrai avec Nicolas Sarkozy, a été tellement nulle que cela a abouti en 2012 à un changement de majorité. Fillon et Macron ont des responsabilités largement partagées dans la mauvaise situation économique et sociale de la France, se faire passer pour des hommes neufs relève tout simplement de l’escroquerie intellectuelle. Si on regarde le graphique suivant, on voit qu’il y a une vraie continuité entre Hollande-Valls-Macron et Sarkozy-Fillon, bon an mal an le chômage continue à augmenter au rythme de l’approfondissement de l’intégration de plus en plus poussée de la zone euro. On peut également associer à cette déconfiture Benoît Hamon qui a été ministre de Hollande et qui ne s’est pas vraiment démarqué de la politique européiste de l’offre qui domine aujourd’hui. 

     

     Les enjeux européens de la présidentielle de 2017

    2.  et celles qui n’ont pas exercé de responsabilité gouvernementales et qui ont une certaine consistance dans l’opinion. Il est évident que Marine Le Pen comme Jean-Luc Mélenchon ne peuvent pas être comptables du bilan désastreux de ces dix dernières années. Naturellement ils se revendiquent à juste titre comme des candidats de rupture. Quoi qu’on pense de ces deux candidats et malgré leurs insuffisances, il est clair qu’ensemble ils représentent la méfiance du peuple français vis-à-vis de la bureaucratie européenne et de ses corruptions.  Les sondages les présentent depuis quelques mois comme reposant sur des noyaux très stables[1]. Je rappelle que la France est, après la Grèce, le pays le plus farouchement hostile à l’Europe. On note que d’une manière ou d’une autre ce qui fait le succès de ces deux candidats est :

    - La critique féroce de l’Europe et l’affirmation d’un certain souverainisme ;

    - Et par suite l’idée d’une relance économique, soit qu’elle passe par les investissements, soit qu’elle passe par une hausse des salaires.

     Les enjeux européens de la présidentielle de 2017 

    Le sujet c’est l’Europe 

    Il apparait assez clairement que le véritable sujet de l’élection présidentielle est le maintien ou non de la France dans la logique intégratrice de la zone euro.  Macron et Fillon sur ce point présentent d’étonnante convergence. Tous les deux veulent plus d’Europe, et notamment ils veulent se débarrasser de la politique économique en appuyant ouvertement à l’avènement d’un ministre européen des affaires économiques dans la zone euro. Dans un discours écœurant de bassesse et de soumission, Macron a rassuré les Allemands : il fera les réformes que ceux-ci demandent… pour le maintien d’un système économique qui profite d’abord à Berlin[2]. On en a fusillé pour moins que ça ! Certains ne se sont pas gênés pour enfoncer le clou et comparer le voyage à Berlin à une sorte de Montoire[3]. Mais Fillon n’est pas mieux dans ses objectifs d’atteindre l’équilibre budgétaire, fusse au prix d’un recul encore plus important de l’industrie française.

    En vérité si l’Europe est sujet clé de l’élection présidentielle, c’est pour deux raisons qui se soutiennent l’une l’autre :

    - la première est que l’Europe a échoué dans pratiquement tout ce qu’elle a entrepris. On a promis une sorte de paradis sur terre avec l’avènement du grand marché et de la monnaie unique, et on a eu exactement le contraire : la montée du chômage, la stagnation de la croissance et le développement des inégalités en prime ;

    - la seconde c’est qu’il n’y a pas de politique économique et sociale possible en dehors de l’application des directives européennes. Autrement dit il ne peut pas y avoir d’alternative dans le cadre européen. Dans ces conditions le candidat qui apparait pour l’instant le plus incohérent est Benoît Hamon. Alors même que l’idée d’une autre Europe est éventée depuis longtemps, il fait comme si sa propre élection à la magistrature suprême relancerait cette vieille lune. 

    Il est donc clair que si on veut relancer l’économie en augmentant les salaires et les minima sociaux, on ne peut pas le faire au sein d’une zone économique dont le mot d’ordre est l’abaissement des coûts du travail et subsidiairement l’exacerbation de la concurrence. Il est d’autant plus urgent de se préoccuper de cette question, que les échéances de ce printemps remettent en question la place de la Grèce et de l’Italie dans la zone euro.

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    Sortir de l’euro 

    Ainsi que le signale Sapir dans son dernier billet[4], la question de la survie de la zone euro est posée à l’échelle de l’Europe. En s’appuyant sur des calculs fondés sur des travaux du FMI – qui n’est tout de même pas une boutique bolchévique ! – il rappelle que l’abandon de l’euro entrainerait d’abord un rééquilibrage des échanges commerciaux dans la zone euro. Les excédents allemands disparaitraient et les déficits français ou italiens seraient effacés. Et cela parce que la baisse des prix des marchandises exportées permettrait de conquérir de nouveaux marchés, et parce que la hausse du prix des produits importés ferait baisser les volumes achetés à l’étranger. Cela réenclencherait un processus vertueux. Sapir suppose que cela créerait 200 000 emplois en un an et 1 million à 1,5 millions en deux ans. Pour ma part je pense qu’en se basant sur la balance commerciale et les réserves de devises, on pourrait arriver à créer en France entre 1,5 millions et 2 millions d’emplois supplémentaires et faire diminuer le chômage d’autant en 1 an et demi. Mais laissons là des querelles de chiffres. La logique du recouvrement d’emplois est la même : elle passe par un gain de compétitivité externe par le biais d’un ajustement des taux de change. Si on regarde l’euro par rapport au dollar du point de vue de chaque économie, on se rend compte que l’euro est sous-évalué de 15% pour l’Allemagne – ce que dit Trump par exemple, mais il est surévalué de 6% pour la France. On voit que si nous sortons de l’euro, et donc si chacun revient à une monnaie nationale, la France regagnerait 21% (15+6) de compétitivité par rapport à l’Allemagne sans se donner la peine de torturer les Français avec des plans stupides de suppression des droits sociaux des travailleurs.

     Les enjeux européens de la présidentielle de 2017 

    On a salué le plan présenté par Mélenchon comme un plan classique et sérieux de relance keynésienne. C’est assez juste, mais le défaut de Mélenchon est de ne pas comprendre que le temps jouera forcément contre lui s’il perd plusieurs années à renégocier les traités européens. Comme le suggère Sapir la sortie unilatérale de la France de l’Union européenne est la plus simple et la meilleure façon de faire. La logique keynésienne d’un capitalisme régulée n’est valable que dans le cadre national :

    1. d’abord parce que les possibilités de réguler le capitalisme financier n’existent pas en économie ouverte, et dépendent de l’Etat national. De même si on considère que l’Etat doit contrôler les flux de capitaux, il faut revenir impérativement sur l’idée aberrante d’une banque centrale dite indépendante ;

    2. ensuite parce que lorsque les économies sont ouvertes et donc trop dépendantes les unes des autres, elles sont naturellement attirées par la logique de la concurrence à tout crin.  

    Conclusion 

    Les turpitudes de plusieurs candidats à la présidentielle ne doivent pas nous pousser à dire que vue qu’ils sont tous pourris autant voter pour celui qui a le plus beau costume. Fillon et empêtré comme on le sait non seulement dans les questions d’emplois fictifs, mais aussi pour des rémunérations louches via sa société 2F. Marine Le Pen est elle aussi touchée par des emplois fictifs. Mais il se révèle également que Macron a des problèmes avec la déclaration de son patrimoine[5] et il semble bien qu’il ait fait un usage abusif des fonds de son ministère quand il était à Bercy. La décomposition de cette classe politique affairiste est telle qu’on ne prend même plus garde à analyser les programmes que les candidats portent, le plus souvent pour de louches sponsors dans le cas de Fillon et de Macron[6]. Cette situation assez inédite et la grande réserve de l’électorat explique pourquoi l’élection présidentielle n’est pas encore très prévisible. Mais il va bien falloir en arriver aux programmes. Je fais remarquer que c’est au moment où Fillon a déclaré qu’il allait privatiser la Sécurité sociale pour le compte de ses amis des grandes compagnies d’assurance, qu’il a commencé à dégringoler dans les sondages, ses turpitudes financières n’ont fait qu’accélérer le mouvement. Il se pourrait bien que ce genre de mésaventure arrive aussi à Macron qui pour l’instant tient la corde.

     

     


    [1] Il y a un débat à l’heure actuelle sur les manipulations des sondages pour tenter d’orienter l’opinion : cela passe par les techniques de redressement utilisées et qui par exemple font passer de temps en temps Fillon devant Macron ou Hamon devant Mélenchon.

    [2] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/01/10/emmanuel-macron-a-berlin-pour-se-donner-une-stature-europeenne_5060405_4854003.html

    [3] http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/macron-et-le-discours-a-l-188524

    [4] http://russeurope.hypotheses.org/5754

    [5] Même Le monde s’en est aperçu. http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/02/17/macron-pourquoi-sa-declaration-de-patrimoine-suscite-des-questions_5081268_4355770.html

    [6] http://in-girum-imus.blogg.org/l-institut-montaigne-au-coeur-des-presidentielles-a128306378

    « Le programme de Macron existe, nous l’avons rencontréFillon et la décomposition de la classe politique »
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