• Les émeutes dans les quartiers difficiles : une guerre de sécession

     Les émeutes dans les quartiers difficiles : une guerre de sécession

    Nantes vient de connaître des nuits d’émeutes, avec incendies de voitures et multiples dégradations. Le prétexte à ces actions est le décès d’un « jeune », Aboubakar Fofana. La mort de ce « jeune » survient lors d’un contrôle d’identité par une compagnie de CRS dans le quartier du Breil, un quartier comme on dit difficile[1]. Il semble que ce « jeune » qui était recherché par la police pour divers délits, et qui avait quitté la région parisienne justement parce qu’il était recherché, a tenté de fuir. Ensuite ce qui s’est passé est couvert par deux versions. D’un côté des témoins issus de ces quartiers qui affirment que Aboubakar n’a rien fait de mal et donc que la police a tiré sans raison, et celle de la police qui, s’étant rendu compte que le conducteur de la voiture visée était en infraction, ont voulu l’amener au poste. Aboubakar s’étant rebeller et ayant tenté de fuir en enclanchant la marche arrière, il s’en est suivi un tir mortel. Entre les deux versions, il est difficile de trancher, et une enquête de l’IGPN est en cours. Malgré le flou qui manifestement entoure ce contrôle d’identité, Poutou, le représentant d’un groupuscule moribond, a choisi de mettre tout sur le dos du CRS, légitimant de fait les actes de vandalisme qui ont eu lieu plusieurs nuits dans ce quartier. Son opportuniste natif l’a fait réagir très promptement et de manière inconsidérée. On remarque que dans le tweet suivant, Poutou ne dit rien de la situation d’Aboubakar Fofana qui était recherché par la police, il n’analyse pas ni les causes, ni les conséquences d’un phénomène dramatique, il condamne et ressort le vieux slogan habituel du nécessaire désarmement de la police, ce qui par les temps qui courent relève au minimum de l’imbécilité et au pire de la cuistrerie. Aboubakar Fofana était, semble-t-il, un petit délinquant, spécialisé dans le trafic de stupéfiants[2] et recherché pour cette raison. Il aurait quitté la région parisienne pour se cacher du côté de Nantes. 

    Les émeutes dans les quartiers difficiles : une guerre de sécession 

    Le langage de la guerre civile 

    Tout cela serait relativement banal : un petit délinquant qui tente d’échapper à la justice et qui décède. Mais en réalité ce qui l’est moins, c’est maintenant que ce modèle, inspiré des Etats-Unis où la police a pris l’habitude de tirer sur des noirs, fait tache d’huile et se reproduit avec constance dans les quartiers difficiles. D’une manière claire et nette, les « jeunes » des quartiers, au Breil à Nantes, mais aussi à Garges-Lès Gonesse, se sont mobilisés très rapidement, avant même de savoir clairement ce qui s’était passé. Comme le montrent les deux photos ci-après, ce sont essentiellement les populations d’origine immigrée qui ont participé à ces manifestations, accompagnées de quelques autochtones, avec les slogans maintenant habituels « Police assassin », « pas de justice, pas de paix ». Ce dernier slogan doit être pris très au sérieux. Il ne s’agit pas seulement de dire qu’on conteste la lenteur ou la partialité de la justice, mais d’abord de reconnaitre qu’on est en guerre avec la République française dont on ne reconnait plus ni les lois, ni les institutions qui les représentent. On parle de paix comme d’un objectif à atteindre entre les différentes communautés, c’est donc bien qu’on pense être en guerre : les communautés d’origine immigrée contre les blancs ou les gaulois, ou tout ce qu’on voudrait d’autre comme dénomination pour dénoncer une forme de pouvoir raciste qui s’exercerait à l’endroit des minorité dominées. 

    Les émeutes dans les quartiers difficiles : une guerre de sécession 

    Mobilisation à Sarcelles pour Aboubakar 

    Les émeutes dans les quartiers difficiles : une guerre de sécession 

    Marche blanche à Nantes pour Aboubakar 

    Cette situation rappelle en mineur ce qui se passe depuis des décennies de l’autre côté de l’Atlantique, sauf évidemment qu’aux Etats-Unis, les minorités visibles, les noirs essentiellement, n’ont jamais été des migrants, et que c’est de force et avec beaucoup de violence qu’on les a amenés en Amériques sans leur demander leur avis pour y travailler dans les champs de coton. Pour l’instant on est encore loin de la mobilisation qui avait été conduite en 2005 à partir des événements de Clichy-sous-Bois. A cette époque les émeutes avaient duré un mois entier, s’étaient étendues à toute la France et le bilan avait été désastreux : 10 000 véhicules brûlés, 3000 interpellations, une soixantaine de policiers blessés et 2 morts. Ces émeutes de 2005 ont clairement fondé une logique identitaire qui s’est reproduite ensuite. Je rappelle au passage que ces émeutes avaient renforcé clairement la popularité de Sarkozy qui allait ensuite se présenter aux élections, jouant les hommes forts, capables de juguler ce genre de mouvement de dissidence. Ces émeutes se sont reproduites ensuite avec plus ou moins d’intensité. A Villiers-le-Bel en 2007, en 2009 à Firminy et à Chambon-Feugerolles, jusqu’à l’affaire Théo Luhaka en 2017. La plupart du temps ce sont des « jeunes » délinquants qui sont arrêtés, tués ou maltraités, et cela engendre une forme de solidarité plus ou moins communautariste. L’affaire Théo Luhaka qui a eu lieu à Aulnay-sous-Bois, a par exemple été le prétexte d’une violente manifestation à Marseille[3]. 

    La logique de l’affrontement 

    Les émeutes dans les quartiers difficiles : une guerre de sécession 

    Bobigny février 2017 

    A chaque fois ce sont des petits délinquants qui sont à l’origine de ces émeutes, c’est un fait. Et le plus souvent il y a deux lectures complètement opposées qui se font front : d’un côté les populations issues de l’immigration prennent tout de suite et sans recul fait et cause pour les victimes des violences policières, sans même se poser la question de savoir ce qui s’est passé réellement, et de l’autre côté, d’une manière symétrique la grande majorité des Français qui soutient la police, sans trop savoir non plus ce qui s’est passé vraiment. En vérité ces émeutes sont, pour la population issue de l’immigration, une manière de se démarquer de la population française et de contester le modèle républicain dominant. Il y a donc une vraie lecture politique de ces événements qui peut être faite. Les émeutes sont le contrepoint évident de la volonté des communautés issues de l’immigration en développant une autre manière d’aborder la vie collective : on sait que de nombreux quartiers ont fait sécession d’avec la République. Un grand nombre de cités sont refermées sur elles-mêmes, vivant principalement de l’aide sociale et de différents trafics allant du vol à la prostitution et en passant par le trafic de stupéfiants. Dans ces lieux relativement fermés à la pénétration policière, on note aussi que l’islamisation vient combler un vide, donner du sens à la vie collective, mais en même temps justifier la position victimaire de ces communautés. Evidemment dans ces quartiers le taux de chômage est extrêmement élevé, ce qui ne peut qu’augmenter le niveau de frustration et alimenter une culture victimaire qui n’a guère de fondements réels. 

    Les émeutes dans les quartiers difficiles : une guerre de sécession 

    Chiffres de 2011 

    Récemment on a vu à Trèbes, un quartier proche de Carcassonne, des cités se réjouir de la mort du gendarme Beltrame lors des attentats islamistes. La cité Ozanam s’est montrée à ce propos en sécession d’avec l’ordre républicain, n’hésitant pas à agresser des journalistes qui essayaient de comprendre ce qui se passait ici[4]. L’ensemble de ces faits semble indiquer que la population d’origine immigrée – je ne parle pas des migrants récemment arrivés, mais de ceux qui sont installés en France depuis une, deux ou trois générations – s’installe de plus en plus dans un refus de s’intégrer[5]. Il est très probable que ce refus d’intégration qui conduit inévitablement à l’affrontement avec les institutions quelles qu’elles soient, provient d’abord et principalement de la croissance du poids des communautés issues de la diversité : plus ce poids est important, et plus un modèle sociétal dissident s’installe. La ghettoïsation des banlieues accroit encore ce sentiment d’abandon. La rancœur vient maintenant des deux côtés : les immigrés et leurs descendances n’ont pas accès aux meilleurs emplois, c’est un fait, ils sont massivement au chômage dans un pays qui ne crée pas assez d’emplois – ce simple fait invalide d’ailleurs toutes les thèses stupides consistant à dire que les immigrés ne génèrent pas du chômage, à moins de considérer que ces populations sont nativement fainéantes ou que les patrons sont racistes. Et les autochtones manifestent une rancœur croissante contre ces communautés qui se replient sur elles-mêmes et qui souvent les ont chassés de leur ancien quartier. Un symbole de cette sécession des populations d’origine immigrée se trouve dans l’incendie volontaire de la bibliothèque du quartier Malakoff à Nantes, comme si ces populations refusaient d’accéder à une culture qu’elles ne reconnaissent pas comme leur, qu’elles ne veulent pas s’approprier. Le plus inquiétant est que ce sont les enfants d’immigrés, plus encore que leurs parents qui refusent cette intégration par la culture et l’éducation[6]. On est dans un cercle vicieux qui ressemble de plus en plus à ce qui se passe aux Etats-Unis : une bavure policière entraînant régulièrement des émeutes toujours ruineuses et alimentant sporadiquement une atmosphère de Guerre civile. 

    Les émeutes dans les quartiers difficiles : une guerre de sécession 

    La bibliothèque du quartier Malakoff à Nantes a été réduite en cendres 

    Il est peu probable que les choses en restent là, puisqu’on a appris que le policier qui avait tiré et donc tué Aboubakar Fofana, avait menti et fini par avoué qu’il avait tiré « par accident », formule qui ne semble vouloir ne rien dire. Voilà de quoi réenflammer Nantes et les banlieues entre deux matches de foot[7]. Bien entendu il ne faut pas le cacher, la police a une appréhension non pas vis-à-vis des « jeunes » comme on l’entend ici et là, mais vis-à-vis principalement d’une population immigrée ou issue de l’immigration qu’elle n’arrive plus à contrôler. Elle perd souvent ses nerfs. Il faut dire que depuis un an les CRS ont été très sollicités : Macron les a utilisés à tort et à travers, contre les zadistes, contre les cheminots, contre les étudiants, et bien sûr la menace terroriste qui demande une attention soutenue. Et évidemment dans ces quartiers ils ne se sentent pas en sécurité, ils sont prompts à la bavure. Un rapport récent souligne ces difficultés que le gouvernement, marqué par son amateurisme, ne semble pas vouloir prendre au sérieux, il préfère traquer les automobilistes qui roulent à plus de 80 km/h parce que ça fait rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat[8]. Malgré ça des imbéciles continuent à trouver que les heures supplémentaires des forces de sécurité ou du personnel soignant coûtent un pognon de dingue, reliant bêtement les difficultés d’un personnel anémique à la loi sur les 35 heures[9]. Il n’est guère probable que le moral de la police augmenterait si on contournait la loi sur les 35 heures, déjà que cette profession attire de moins en moins de candidats, ce serait alors une fuite.

    Comme on le comprend le communautarisme mène rapidement à l’affrontement et à la rancœur, contrairement à ce qu’affirme ou feint de croire Macron. Le vivre ensemble n’est pas pour demain. Les voies du salut sont pourtant assez simples : elles passent à la fois par une intégration qu’on peut aussi bien dénommée assimilation, et aussi par une lutte constante contre les inégalités sociales. Ce n’est pas le chemin que suivent les gouvernements libéraux en Europe, même si on sent ici et là un retournement. Par exemple le Danemark a choisi de durcir la lutte contre le prosélytisme musulman, en interdisant la Burka dans l’espace public[10]. En France il existe une loi qui va dans ce sens, mais elle n’est guère appliquée, surtout dans des départements à l’abandon comme la Seine Saint-Denis. Les tenues en voile intégral s’affichent ouvertement et les prières de rue sont très fréquentes, le plus souvent protégées par la police ! Ce n’est pas du goût de la population autochtone. Ce sentiment d’abandon des territoires à une logique de grand remplacement renforce et consolide la séparation entre deux mondes qui s’ignorent dans une hostilité de plus en plus frappante et sans avenir[11]. 

      Les émeutes dans les quartiers difficiles : une guerre de sécession 

    Seine Saint-Denis, département en sécession



    [1] http://www.leparisien.fr/faits-divers/aboubakar-22-ans-tue-par-la-police-a-nantes-04-07-2018-7807398.php

    [2] https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/nantes-qui-etait-le-jeune-homme-tue-lors-d-un-controle-de-police-1530691662

    [3] https://www.20minutes.fr/societe/2012499-20170211-affaire-theo-quatre-interpellations-marseille-apres-manifestation

    [4] https://www.huffingtonpost.fr/2018/03/24/a-carcassonne-des-journalistes-agresses-dans-la-cite-ozanam-ou-vivait-radouane-lakdim_a_23394342/

    [5] Michèle Tribalat, Assimilation. La fin du modèle français, Ed. du Toucan, 354 p, 2013

    [6] https://www.capital.fr/economie-politique/immigration-la-culture-arabo-musulmane-peut-nuire-a-l-integration-1030008

    [7] https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2018/07/06/jeune-homme-tue-a-nantes-le-parquet-requiert-la-mise-en-examen-du-policier_5327463_1653578.html

    [8] https://www.ladepeche.fr/article/2018/07/03/2829671-rapport-detaille-mal-etre-policiers-gendarmes.html

    [9] https://www.capital.fr/votre-carriere/fonctionnaires-leurs-heures-sup-nous-coutent-une-fortune-1269348

    [10] https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/05/31/le-danemark-interdit-le-voile-integral-dans-l-espace-public_5307573_3214.html

    [11] Les Territoires perdus de la République - antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaire, sous la direction de Georges Bensoussan, Editions Mille et une nuits, 2002

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