• Les élections législatives en Italie du 4 mars 2018

     Les élections législatives en Italie du 4 mars 2018

    Les élections du 4 mars 2018 en Italie vont très certainement amener une majorité très à droite à la tête de ce pays. Et très curieusement, bien que M5S doive devenir le premier parti de la péninsule, il semble que le sinistre Berlusconi redevienne à cette occasion avec Forza Italia un des hommes clé du scrutin. Le PD, parti européiste, libéral et austéritaire de Renzi est donné à moins de 23% alors que l’an dernier il était encore à 33%. Forza Italia à un peu plus de 16% et surtout la Lega a vu les intentions de votes progresser le plus fortement, passant de 4% à 14%. La gauche de Liberi e Uguali est complètement hors-jeu[1].

     Ces chiffres qui seront sans doute confirmés le 4 mars dans les urnes montrent clairement que les Italiens sont devenus très anti-européens. Bien que Berlusconi et Forza Italia soient très ambigus sur l’idée d’une sortie de l’Union européenne, il est clair qu’au moins la moitié de ses électeurs est pour une sortie directe. La Lega est encore plus clairement en faveur d’un retour à la souveraineté de l’Etat italien et donc aussi à une sortie de l’euro. Et comme M5S est aussi très critique pour ne pas dire plus sur les possibilités de sortir de l’Europe, on voit qu’il y a clairement une majorité anti-européenne qui se dessine dans la péninsule. Si demain devait avoir lieu un référendum pour la sortie ou non de l’Italie de l’Union européenne, il est probable que les deux tiers des Italiens voteraient la sortie. Les partis politiques en compétition pour cette élection majeure se disputent sur des points annexes, par exemple l’inconséquent Berlusconi propose de baisser les impôts et de revenir à une sorte de flat tax, rompre avec la progressivité de l’impôt[2]. Ce qui évidemment serait très défavorable aux plus pauvres. Mais en réalité le vote des Italiens va sans doute se déterminer essentiellement sur les deux points suivants : l’économie est malade, le chômage des jeunes est élevé, et ensuite, ce pays subi plus que les autres les effets de la crise migratoire européenne.

     Les élections législatives en Italie du 4 mars 2018

    L’Italie est un des pays de l’Union européenne qui a subi les pires dommages depuis la crise de 2008 si on se place du point de vue de la croissance et donc de l’emploi. Comme on le voit dans le graphique ci-dessus, il y a une cassure nette entre la tendance 2000-2008 et la tendance 2008-2016. Et surtout le niveau du PIB par tête de 2018 n’a toujours pas retrouvé celui d’avant la crise dix ans après. Et pourtant on ne peut pas dire que l’Italie ne soit pas compétitive, comme on le voit dans le graphique ci-dessous, elle a un commerce extérieur excédentaire, contrairement à la France. Autrement dit, les réformes entreprises depuis dix ans si elles ont manifestement rendu l’économie italienne plus compétitive, elles n’ont pas profité ni à l’emploi, ni aux salaires. La droite italienne a souvent tendance à accuser le « coin fiscal » qui empêcherait les entrepreneurs d’embaucher. Mais cet argument ne parait pas valable, parce que justement l’Italie a de bonnes performances sur les marchés extérieurs. Autrement dit, l’Italie, comme le reste de l’Europe, souffre d’un défaut de demande intérieure. Et donc que la solution d’une expansion économique par le biais du développement des échanges extérieurs n’est pas une bonne solution. L’échec de la politique de Renzi, qui sur beaucoup de points ressemble à Macron, en un peu moins arrogant toutefois, nous renseigne très clairement sur les impasses de la politique actuelle de la France : ce n’est pas en allant chercher des parts de marché à l’extérieur qu’on résoudra le problème de l’emploi. Cela n’aboutit en fait qu’à une cassure du pays : les entreprises et les régions bien positionnées sur les marchés extérieurs tirent leur épingle du jeu, et les autres sombrent dans le marasme.

      

    Les élections législatives en Italie du 4 mars 2018

    Evidemment une telle situation ne peut entraîner qu’un chômage très élevé et particulièrement celui des jeunes. Celui-ci a pratiquement doublé depuis la crise de 2008, alors même que l’Italie souffre d’une faible croissance démographique. La population italienne a même diminué depuis 2015[3]. Les jeunes sont de moins en moins nombreux, mais ils sont de plus en plus au chômage !!

      Les élections législatives en Italie du 4 mars 2018

    Dans ces conditions il est très difficile de ne pas voir une relation entre les grandes vagues d’immigrations qui secouent l’Europe depuis plusieurs années et la détérioration des conditions d’emploi en Italie[4]. En effet l’immigration préoccupe fortement les Italiens. C’était jadis un peuple bienveillant vis-à-vis des migrants, eux-mêmes ayant fourni pendant de longues décennies de forts contingents de migrants qui sont partis chercher fortune en France, aux Etats-Unis, ou ailleurs. Mais aujourd’hui la tendance est de plus en plus à ne plus supporter « cette invasion ». C’est le très « politiquement correct » Corrierre della serra qui emploie ce terme pour tenter de le vider de son sens. Ce journal très européiste, très bien-pensant, tente de démontrer que les migrants ne coûtent pas grand-chose, 0,27% du budget nous disent-ils à travers un numéro d’équilibriste qui rappelle un peu nos décodeurs du Monde[5].  Ils annoncent aussi que le débat sur l’immigration doit être remis dans son contexte : 285 000 Italiens quitteraient l’Italie chaque année ! Sans trop le comprendre, ils illustrent la thèse du grand remplacement qu’ils sont censés pourtant combattre ! Les Italiens s’en vont, des Africains ou des Maghrébins les remplacent et forcément l’Italie change de visage.

    La campagne électorale a vu les journalistes monter au créneau pour dire que les Italiens se faisaient des frayeurs pour rien du tout, la preuve ? Les flux migratoires auraient baissé en 2017[6]. Mais même si c’est vrai que ces flux ont diminué, on ne voit pas en quoi cela résoudrait la question de l’installation continue des migrants en Italie. En règle générale les journalistes du main stream considèrent que si les flux migratoires pèsent sur l’Italie ce n’est pas parce qu’ils sont importants, mais c’est parce que l’Union européenne ne soutient pas assez l’Italie dans sa politique d’accueil !  

    Les élections législatives en Italie du 4 mars 2018

    Mais en vérité les conflits des Italiens avec les migrants sont très nombreux et quotidiens, parfois mortels. Ils tiennent particulièrement à la mauvaise conduite des migrants. A Castel Volturno, la mafia nigériane s’est emparée de la ville après que les services publics de cette petite ville aient disparu, même Lobs s’en est aperçu[7]. L’affaire Luca Traini, consécutive au meurtre sauvage d’une jeune italienne par des migrants a mis cette confrontation en lumière[8]. De nombreuses manifestations anti-migrants ont lieu presque quotidiennement, malgré les demandes du Pape d’accueillir toujours plus de migrants. Les sondages d’opinion sont pourtant très clairs et constants, 66% des Italiens sont contre les migrants qu’ils considèrent comme des envahisseurs[9], seulement 29% d’entre eux manifestent une solidarité avec eux. Comme dans toute l’Europe, il y a un rejet qui tient non seulement à la dégradation du marché du travail, il y a le sentiment que les migrants concurrencent dangereusement les autochtones et tirent les salaires vers le bas, mais aussi à l’islamisation rampante de la société. D’une façon plus criante qu’en France, on y retrouve les mêmes problèmes avec les migrants : l’oligarchie européiste – suppléée dans ce travail par les partis de gauche traditionnels et en perdition un peu de partout – veulent imposer une transformation rapide et radicale du peuplement de l’Europe, contre la volonté des peuples eux-mêmes. Mais en Italie le peuple va sans doute se déplacer massivement pour voter, on n’en est pas encore à la situation française où on pense que voter ne concerne plus le peuple.  

    Les élections législatives en Italie du 4 mars 2018

    La Lega qui a fait une percée un peu inattendue dans les sondages d’opinion est la plus claire sur cette question, et c’est pour cela qu’elle a le vent en poupre. Matteo Salvini veut tout simplement chasser tous les migrants « rue par rue, quartier par quartier »[10]. C’est cette rhétorique qui lui assure une renommée croissante et qui pourrait faire de lui l’élément incontournable dans la construction de la nouvelle majorité. Il est arrivé en effet à contourner le fait que la Lega est un parti régionaliste qui, il n’y a pas si longtemps, prônait l’autonomie des régions du nord de l’Italie. Il est clairement de droite, sa rhétorique ressemble assez à celle d’AfD en Allemagne, souverainiste et libéral sur le plan économique, anti-migrants virulent, il n’est pas pour un retour à un système de type fasciste pour autant. Il est vrai que quand on voit Romano Prodi partir en guerre contre Matteo Silvani au nom de l’intérêt supérieur de l’Union européenne, on comprend que les Italiens n’aient pas vraiment envie de revoir son élève – Matteo Renzi – revenir au pouvoir.

    Les tenants du statu quo parient sur le fait que le résultat des élections du 4 mars ne donnera aucune majorité stable, et qu’on pourra toujours s’appuyer sur Berlusconi pour rester dans l’Europe et continuer la politique migratoire avec quelques aménagements minimes. La conclusion de tout cela, c’est que si la droite souverainiste monte très fortement, il ne sert à rien de s’alarmer d’un retour hypothétique du fascisme dans ce pays, mais il faut plutôt interroger les politiciens qui depuis des années et des années ont conduit l’Italie, comme les autres pays du reste de l’Europe, dans une impasse économique et sociale par cette volonté de s’inscrire à tout prix dans la voie de la mondialisation qui est un désastre pour tout le monde.

     

     


    [1] http://www.rainews.it/dl/rainews/media/Barometro-Politico-Istituto-Demopolis-Il-consenso-ai-partiti-9954fe3d-5626-475a-9f9b-19e1369f9ecd.html#foto-1

    [2] http://www.ilgiornale.it/news/politica/flat-tax-rimpatri-sicurezza-programma-berlusconi-1496212.html

    [3] https://www.tuttitalia.it/statistiche/popolazione-andamento-demografico/

    [4] https://www.securindex.com/news/leggi/2315/sicurezza-2017-presentata-lindagine-ipsos-sulle-paure-degli-italiani

    [5] http://www.corriere.it/cronache/cards/migranti-2017-come-andata-meno-sbarchi-piu-italiani-la-valigia/reati-si-stranieri-ne-commettono-piu.shtml

    [6] https://www.ilfoglio.it/dati-e-statistiche/2017/09/19/news/tanta-paura-pochi-migranti-ecco-i-numeri-153007/

    [7] https://www.nouvelobs.com/monde/20180214.OBS2225/casel-volturno-petite-ville-fantome-d-italie-tombee-aux-mains-des-gangs-nigerians.html

    [8] http://in-girum-imus.blogg.org/le-crime-de-luca-traini-a136599034

    [9] http://www.ilgiornale.it/news/cronache/66-degli-italiani-contro-immigrati-1450790.html

    [10] https://www.ilfattoquotidiano.it/2017/02/18/migranti-salvini-serve-pulizia-di-massa-via-per-via-quartiere-per-quartiere/3399250/

    « Raoul Vaneigem, Voyage à Oarystis, Estuaire, 2005Marx, l’année du bicentenaire »
    Partager via Gmail

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :