• Les élections et la défense des libertés des travailleurs

     Les élections et la défense des libertés des travailleurs

    Avec cette campagne qui s’achève, on ne  nous aura rien épargné. La campagne hystérique sur le mode : il faut faire la chasse aux abstentionnistes pour sauver la république et la démocratie. Cette stigmatisation insolente de la part des gens qui ne savent sans doute pas ce qu’est réellement le fascisme et l’antifascisme, était destinée à rabattre des voix vers Macron, comme s’il était le dernier rempart face aux ordes barbares dirigées d’une main de fer par la tsarine Marine Le Pen. Cette approche tragi-comique a piégé de nombreux innocents qui ont moutonièrement emboîté le pas pour tenter de gonfler le score que ferait le représentant du grand capital le soir du 7 mai. Bien qu’il soit promis à une élection tranquille, cela ne leur suffit pas. Ils veulent qu’on adoube cette marionnette, qu’on fasse comme si. Et donc voilà des gens qui se sont mis à parler des libertés fondamentales, faisant semblant que celles-ci seraient plus en danger qu’avec Marine Le Pen. On a même vu Philippe Martinez qui, au nom de la CGT, avait ferraillé contre lapolitqiue économique de Hollande se lancer dans un appel à « un vote contre » la FN[1]. C’est une position plus qu’incohérente, d’abord parce que Macron n’a pas besoin des voix de la CGT pour être élu le 7 mai, ensuite parce que Macron a déjà indiqué à plusieurs reprises ses intentions de détruire le droit du travail, la CDI et tout un pan de la protection sociale. On ne trouve pas de telles annonces aussi réactionnaires dans le programme de Marine Le Pen, quoi qu’on en pense par ailleurs de celui-ci. Il est évident que la CGT et Martinez auraient du se conforme soit à l’abstention, soit à rester silencieux. C’est une grave faute, non pas parce que le résultat changera, mais parce que c’est une manière indirecte de démotiver ses troupes face aux attaques de Macron sur le monde du travail qui vont survenir dès cet été. On ne peut pas dire un jour « votez pour Macron » et le lendemain « combattez le ». C’est ridicule et peu clair. En outre c’est une très mauvaise tactique puisque la CFDT par la voix de l’abominable Laurent Berger a déjà décidé de collaborer à cette mise en pièce. La réponse ne s’est pas fait attendre : le siège du syndicat jaune a été vandalisé[2].  

    Les élections et la défense des libertés des travailleurs 

    Affaiblir la position des salariés, les mensonges de Macron 

    Ce qui pose problème dans ce simulacre de lutte antifasciste, c’est qu’en réalité la liberté ne se détaille pas. Or tout se passe avec ceux qui soutiennent l’idée de voter Macron pour faire barrage au fascisme, comme si les droits des travailleurs ne faisaient pas partie des libertés fondamentales. Il fut un temps où la gauche était moins stupide et ridicule qu’aujourd’hui, on parlait d’avancées de la démocratie dans l’entreprise. Mais non, maintenant la gauche new look, celle qui ne sait plus où elle habite, considère que la démocratie n’a pas lieu d’exister sur le terrain de jeu du capital. Tout se passe comme si les leaders syndicaux, les hommes politiques et autres blablateurs professionnels ne connaissaient rien à la vie quotidienne des travailleurs les plus mal payés. Pour cette raison, si je comprends bien que pas une voix n’aille à Marine Le Pen, j’ajoute aussi pas une voix ne doit aller à Emmanuel Macron !  

    Les élections et la défense des libertés des travailleurs  

    Ce jeune cuistre a en effet fait de la décomposition du droit du travail son cheval de bataille, il l’a annoncé, et ses ridicules affidés l’ont répété. Il fait la chasse au travailleur depuis des années : c’est une obsession.  Mais pourquoi cela ? Officiellement il nous explique que si la France va mal, si elle a un chômage élevé, c’est parce que le droit du travail freinerait les embauches. Ce ne sont que des mensonges, et c’est facile à démontrer : depuis 1983 la France a produit 17 réformes du droit du travail qui toutes vont dans le sens de plus de flexibilité. Et on voit sur le graphique ci-dessus malgré cela que le chômage reste orienté à la hausse durablement depuis le milieu des années soixante-dix. Macron ment effrontément quand il dit que  la flexibilité du marché du travail permet de créer de l’emploi. Les réformes qu’il veut imposer par odonnances ont été appliquées avec plus ou moins de brutalité en Espagne ou en Grèce. Or ces deux pays ont un chômage deux fois plus élevé qu’en France. S’il y avait un lien entre flexibilité du marché du travail et création d’emplois, la Grèce et l’Espagne auraient un chômage très faible. Les réformes initiées de la même manière par Renzi (auquel Macron ressemble beaucoup) en Italie ont donné exactement le même résultat : affaiblissement des droits des travailleurs sans recul véritable du chômage de masse.

     Les élections et la défense des libertés des travailleurs 

    A moins d’être complètement idiot, Macron sait très bien qu’il n’existe pas de lien entre flexibilité du marché du travail et chômage[3]. Alors pourquoi les politiciens de droite, les libéraux continuent-ils à vendre cette fable ? La vérité est ailleurs, c’est que ces gens sont d’abord au service du grand capital, des milliardaires. Or sans sombrer dans la logique complotiste, il faut rappeler que leur grand dessein est de détruire l’Etat régulateur, de remplacer les lois issues du peuple, lois qui peuvent être réversibles, par les lois du marché qui sont sensés être très bonnes et très justes, mais qui surtout permettent d’amasser rapidement des fortunes en très peu de temps. 

     

    Les élections et la défense des libertés des travailleurs 

     

    Cette analyse rapide confirme deux choses :

    - la première est que la liberté ne se détaille pas, la liberté des travailleurs dans l’entreprise doit être défendue en luttant contre le démantèlement du droit du travail, et à ce titre on ne peut pas voter pour Macron qui lui au contraire va s’appliquer à restreindre les droits des travailleurs ;

    - la seconde que l’enjeu des réformes à venir du droit du travail n’est pas de lutter contre le chômage, mais d’avancer vers des formes institutionnelles dans lesquelles les lois du marché – et donc du capital – se trouvent au sommet de la pyramide.

    Pour préparer les luttes à venir, sachant combien Macron pourra jouer facilement de la division syndicale, il est important que son résultat soit le plus étriqué possible.

     

     


    [1] http://www.leparisien.fr/economie/philippe-martinez-la-cgt-demande-de-voter-contre-le-front-national-30-04-2017-6902889.php

    [2] http://bfmbusiness.bfmtv.com/emploi/la-cfdt-appelle-a-voter-macron-son-siege-parisien-vandalise-1149817.html

    [3] http://www.alternatives-economiques.fr/flexibilite-reduit-chomage/00064831

    « L’abstention, sinon rien !Résultats du second tour et la suite »
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  • Commentaires

    1
    Ben
    Samedi 6 Mai à 21:01

    Cette campagne, pour le peu que j'en ai suivi, aura été encore encore une belle occasion d'hystérie et de crétinisation dans les merdias, où on aura pu constaté le même unanimisme moutonnier qu'au moment du vote pour ou contre le traité de  Maastricht en 1992 qui aurait fait dire à l'époque à Chirac, qu'on ne pouvait pas se prononcer contre puisque tout le monde semblait être pour (sous entendu, bien sur, ceux qui ont le droit de s'exprimer dans le merdias).

    En tout cas, c'est toujours un bonne occasion de vérifier que, avec le temps, non seulement rien ne change mais qu'au contraire la haine de classe ne cesse de monter et de se rendre encore plus visible dans ce petit milieu, que ce soit quand un élément étranger à ce monde clos et de l'entre soi perturbe ses creuses convictions comme Poutou invité chez ce petit con de Ruquier ou quand le bon citoyen, cet ingrat, quand il ne vote pas Le Pen, dérange le bel ordonnancement démocratique en refusant d'aller aux urnes pour se faire une nouvelle fois tondre (cf les insultes de Raphaël Enthoven ,  le philosophe à la mie de pain, envers les abstentionnistes (http://www.acrimed.org/Raphael-Enthoven-ou-l-editocratie-a-coups-de). 

    On aura pu constater, en tout cas, l'incroyable bêtise d'une partie du corps électoral qui aura quand même créditer de 20 % des intentions de vote  et d'une troisième place vraiment pour le coup très honorable à un mec aux abois avec la justice et les affaires au cul. L'occasion aussi de vérifier l'extrême homogénéité de la classe bourgeoise puisqu'elle a maintenant tous les moyens à sa disposition pour, à la fois,  faire nommer des ministres et ensuite les transformer en produits d'appel, comme n'importe quelle marque, pour la valetaille votante, incapable à ce stade du pourrissement de la société française, de faire le distinguo entre une marque de lessive et un candidat à une éléction présidentielle (Acrimed encore le cas Macron un-feuilleton mediatique a suspense et là emmanuel macron superstar médiatique ). On pourra toujours me rétorquer qu'en 74 Giscard a sans doute été aussi vendu au bon peuple de la même manière puisque, lui aussi, a dû bénéficié, en son temps, de la veulerie médiatique (genre le slogan "Giscard le jeune énarque qui aurait incarner le renouveau face à la vieille garde Gaulliste"), mais on peut quand même penser; quoi que pouvait en dire Charlie Hebdo à l'époque, que le pluralisme était un plus important que maintenant. A ce propos, il faudrait quand même que quelqu'un pense à décerner un grand prix de l'humour, pour ce qui est déjà la saillie verbale la plus drôle de l'année, à Mr Macron qui, pour faire croire qu'il est différent du FN, a affirmé qu'il serait garant de la liberté de la presse. Il serait en effet bien ingrat envers celle-ci puisque ce sont ses amis à sa tête, les Bergé, Drahi, Niel, Bolloré, Pigasse et consorts qui lui ont construit son costume présidentiel et sans nulle doute, il pourra sûrement compter sur elle dès le 8 mai pour continuer à enfumer le bon peuple et pour les cinq ans à venir.

    Plus que jamais, comme vous faîtes bien de le répéter : ABSTENTION.

    2
    Samedi 6 Mai à 21:52

    Oui c'est ça qui est frappant le manque de diversité de l'offre pour parler comme les économistes. Macron n'appartient à aucun parti officiellement, mais il les représente finalement tous ! C'est la quintessence du "système", mais en même temps c'est la dernière chance d'icelui ! Il n'y en aura pas d'autre ! Et comme Macron va se planter, cela risque de secouer !!

     

    Bien amicalement

    3
    Ben
    Samedi 6 Mai à 22:29

    Oui, par rapport à ce que je disais dans le dernier paragraphe, il me semblerait très intéressant de voir quelles sont les personnalités de la Bourgeoisie (je crois que parmi eux, il y a Minc et Attali) qui ont présidé à son accession au poste de ministre de l'économie, je dois dire que je ne connais pas l'histoire en détails de son ascension qui est, évidemment, bien antérieur à sa nomination à Bercy mais qui ne devait être connu, à ce stade,  que des initiés vivant et prospérant dans ce petit milieu. Il suffirait ensuite de vérifier leurs liens avec les grands propriétaires des médias (pardon, des merdias) pour constater que ce monde ne fonctionne plus qu'en vase clos, à la manière de la société de cour au temps de Louis XIV (il n'y a qu'à penser, pour prendre un autre exemple, au pantouflage, les anglo-saxons appellent ça la "revolving door").

    Enfin, en tout cas, Acrimed a le mérite de jeter une lumière crue sur ce qu'est devenue le secteur de l'information qui n'est plus qu'une courroie de transmission de plus aux services des intérêts de la petite minorité qui possède le pays.

      • Dimanche 7 Mai à 08:14

        Jamais un président n'aura été en effet lié autant au grand capitalisme ouvertement, on ne peut pas dire qu'on ne savait pas. En même temps cela le ringardise directement,parce qu'il ne pourra guère faire avaler qu'il représente la France dans son ensemble. Les derniers sondages montrent que son élection ressort plutôt de la peur imaginaire du fascisme que d'une adhésion. Près de 60% de ses électeurs sont contre ses idées économiques !! C'est du jamais avant même que d'être élu. Ce qui marche encore un peu c'est la crainte de la peste brune, bien moins qu'en 2002 évidemment, et à mon avis c'est la dernière fois qu'on pourra user de ce stratagème. La base de soutien réel à cette politique maudite est en train de se restreindre rapidement. Nous entrons dans une grande zone d'instabilité et pour longtemps.

    4
    Ben
    Dimanche 7 Mai à 08:56

    J'ai fait parti des millions de cocus qui ont, piteusement, voté pour cette ganache de Chirac en 2002 (et je n'en suis vraiment pas fier), je me rappelle que la mobilisation dans la rue entre les deux tours avait été autrement plus importante qu'en 2017 (en plus, il devait y avoir une unité syndicale qui n'a pas pu se réalisé quinze ans plus tard), preuve que  la grande peur pseudo- fasciste ne fonctionne plus, d'une part, peut-être en partie grâce au travail de normalisation de Marine Le Pen au sein de son propre parti, d'autre part du fait du renforcement de l'autisme de la classe politique en phase de fusion définitive avec les intérêts privés qui, enfermée dans sa bulle, n'est plus en mesure ou n'est plus capable de comprendre les conditions de vie de la grande majorité de la population (c'était peut-être déjà le cas en 2002 puisque Jospin avait suivi les conseils de DSK qui lui avait dit de ne pas se préoccuper du vote ouvrier) , le travail de propagande médiatique ne tournant plus à ce moment-là qu'à vide.

    il faut souhaiter aujourd'hui que Macron soit élu avec la majorité la plus courte possible pour qu'il soit  légitimé vraiment a minima par un vote  par défaut. Je vois sa future politique comme un  mix de ce qu'ont fait Sarkozy et Hollande ces dix dernières années mais en pire si quelque chose comme ça est encore possible et imaginable, la formation de son gouvernement promet d'être aussi un grand moment dans le sommet du ridicule et du grotesque sans compter les ordonnances que celui-ci va essayer de passer en loucedé cette été. Enfin, nous verrons.

      • Lundi 8 Mai à 10:59

        La peur du fascisme engendre toujours les bons réflexes. Voyez la victoire plus large qu'attendue du jeune cuistre. Il faut en finir en effet avec cette lutte parodique contre une parodie de fascisme. On y perd son âme et beaucoup de temps. Mais c'est vrai que cela a moins bien marché qu'en 2002. La gauche joue de la lutte antifasciste pour masquer le vide abyssal de son programme. Macron est une sorte de Sarkozy, mimant la rupture comme celui-ci l'avait fait avec Chirac, s'appuyant sur les mêmes milliardaires, affichant misérablement son misérable couple à la une des journaux people. C'est le changement dans la continuité.

         

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