• Les élections à venir en Grèce

     

    Tout le monde a les yeux fixés sur la Grèce, les libéraux parce qu’ils craignent de voir s’effondrer la forme de leur pouvoir, et les autres parce qu’ils en ont assez d’un monde aussi dur avec les faibles et aussi conciliant avec les plus riches. C’est non seulement l’idée d’une possible politique différente de celle à laquelle nous sommes habitués, quelles que soient les alternances, mais ce sont les institutions européennes qui pourraient bien s’écrouler.

     

    Sondages

     

    Samaras n’ayant pas réussi à faire élire le candidat de la Troïka au poste très honorifique de président, il y aura des élections législatives anticipées le 25 janvier prochain. Dimas était un ancien commissaire de la Commission européenne qui en Grèce représente un peu le Diable.

    Beaucoup se réjouissent de cette future élection et pense qu’elle va amener du nouveau en Europe. En Espagne le nouveau parti Podemos a aussi le vent en poupe. Les Grecs qui n’en finissent pas de payer un plan de rigueur qui les ruine, ont placé en tête des sondages Syriza, le parti amené par Tsipras qu’on présente à tort en Europe et en France comme « la gauche radicale », au prétexte que Tsipras veut mettre fin à l’austérité en Grèce et relancer la demande. Le sens des mots se perd comme on le voit, et notre manière de lire le réel a tellement régressée qu’on a est presque à regarder un keynésien un peu rose comme un dangereux bolchevique. D’ailleurs les Grecs radicaux qui veulent finir avec le capitalisme ne veulent pas de Tsipras, ni même voter.

    Syriza serait en tête, avec presque 30% des voix. Cela irait dans la continuité des élections européennes de cette année. A quelques encablures suivrait le parti de Samaras ND avec 24%. Et le reste s’émietterait entre un grand nombre de petits partis. Il est remarquable que le PASOK, le parti des social-traitres grecs soit en voie de disparition. Il est crédité de 3 ou 4%, soit le score d’un parti trotskiste, après avoir été un des partis dominant de la Grèce contemporaine. C’est une leçon que les « socialistes » français devraient comprendre s’ils ne veulent pas disparaître, mais à mon avis ils n’en seront pas capables et ils suivront la voie du PASOK, ce qui reste de la gauche au PS ira sans doute grossir les rangs d’un futur et nouveau parti de gauche qui émergera sans doute après les élections de 2017 qui verra l’effondrement du parti de Hollandreou.

    Cependant les sondages ne donnent pas seulement comme indication l’arrivée dans l’ordre aux élections prochaines. Ils nous renseignent aussi sur la façon dont les Grecs voient leur avenir. C’est ainsi qu’ils sont maintenant 52% à penser que sortir de l’euro et de l’Europe est la bonne solution pour eux. Il faut dire que la purge que la Troïka leur a administrée est telle qu’on ne voit pas quel intérêt ils pourraient voir dans leur maintien dans l’euro.

     

    La Troïka sort l’artillerie lourde

      

    La Troïka qui occupe la malheureuse Grèce a sorti l’artillerie lourde pour défendre Samaras et donc la collaboration des parlementaires au pillage de la Grèce. On a     vu d’abord Juncker expliquer combien il était important d’élire Dimas pour éviter des élections qu’il pressentait difficiles, puis le social-traitre Moscovici est allé se mêler de donner des conseils électoraux aux Grecs, toujours dans le même sens. Maintenant c’est au tour du FMI de menacer la Grèce en lui indiquant que si elle votait mal le FMI lui couperait les vivres. Dans la foulée Wolfgang Schaüble, le ministre des finances de Merkel, est intervenu lui aussi pour faire la leçon aux Grecs. Il a signalé que les réformes imposées à la Grèce commençaient à porter leurs fruits et que maintenant la Grèce avait retrouvé la croissance et la compétitivité, donc que ce n’était pas le moment de casser une politique qui marche. On dirait Hollande voyant apparaître comme un miracle le retournement de la courbe. Il est probable que ce discours sur l’efficacité de la purge grecque s’appuie sur des chiffres truqués. Mais même si c’était vrai – on prétend par exemple que le chômage serait passé de 26,6% de la population active à 25,5% – cette politique a conduit la Grèce à une baisse du PIB par tête d’au moins 25%. Et comme cette politique d’austérité dure depuis 5 ans maintenant, on peut dire qu’elle est un échec.

    Je me demande si ces gens sont complètement idiots ou s’ils le font exprès. Mais il est évident que plus cette maudite Troïka parle en faveur de Samaras, et plus elle fait monter Syriza. Schaüble et le FMI sont détestés à un point inimaginable par les Grecs, notamment par ceux qui se souviennent que l’Allemagne n’a jamais payé ses dettes de la Seconde Guerre mondiale. Il est d’ailleurs cocasse que la mère Merkel ait annoncé il y a quelques jours à grands coups de trompettes que l’Allemagne avait fini de payer ses dettes de la Première Guerre mondiale ! La vertueuse Allemagne a mis près de 100 ans pour rembourser ses dettes – et entre temps elle avait déclenché la Seconde Guerre mondiale – et elle voudrait pourtant que les Grecs se débarrassent de leur fardeau en quelques années. Tout se passe comme si cette maudite Troïka visait à amener Tsipras au poste de premier ministre pour démontrer que cette voie est impossible et qu’il n’y a pas d’alternative.  

    Les médias aux ordres, comme Le monde, ont emboîté le pas à la Troïka et commencent à diffuser les éléments de langage en racontant que c’est bien dommage que Syriza vienne détruire une si belle politique qui commence à porter ses fruits en termes de croissance et d’emplois. En tous les cas ils diffusent la peur sur le thème qu’une arrivée au pouvoir serait synonyme de la fin du rêve européen, oubliant au passage de dire d’une part que le rêve européen est de partout devenu un cauchemar pour les pauvres, et que d’autre part la construction européenne ne peut pas être une fin en soi, ce dont on se rend compte aujourd’hui. Ce sont d’ailleurs les deux thèmes favoris des européistes : voter pour l’Europe qui est un beau projet et ne voter pas pour les populistes de gauche ou de droite. Evidement ce n’est pas un programme et ça ne suffit plus à masquer l’échec des partis de gouvernement libéraux, de droite ou de « gauche ».

     

    La tâche ardue de Syriza

     

    Il est possible que la dynamique de la campagne électorale augmente le score de Syriza, le parti qui fait figure de vainqueur attire toujours les hésitants. Mais à l’évidence Syriza ne pourra pas éviter de rechercher des alliances pour former une coalition de gouvernement. Pourtant ce n’est pas forcément de ce côté que les difficultés viendront. Selon moi elles se situent dans le programme même de Syriza. Certes ce programme est flou, mais il vise deux choses : d’une part de mettre fin à l’austérité et d’autre part à relancer l’économie par la demande en augmentant les bas salaires. On ne dira pas que cette politique est mauvaise, c’est après tout celle que le général De Gaulle appliqua avec succès en 1945, alors que la dette de l’Etat français était de 250% du PIB. Et à l’évidence seules l’inflation et une croissance forte peuvent tuer la dette publique. Seulement voilà, la Grèce se trouve engluée dans l’euro et ses contraintes. C’est-à-dire que tant qu’elle appartient à la zone euro, elle ne peut pas user de la dévaluation de sa monnaie pour utiliser et rectifier l’inflation. L’appartenance à la zone euro handicape la Grèce de deux façons, d’une part en l’empêchant de redresser durablement sa balance courante, et d’autre part en l’empêchant de générer de l’inflation.

    Si nous regardons les deux graphiques suivants que j’emprunte à Sapir, on voir clairement que la politique austéritaire a échoué en Grèce. Le simple fait que les investissements soient très faibles dans ce pays montre qu’une croissance vigoureuse et porteuse d’emplois n’est pas à l’ordre du jour, en effet on ne voit pas comment une économie qui n’investit pas serait créatrice d’emplois nouveaux. Si on suit les courbes du PIB et de l’investissement, la Grèce retrouverait son niveau d’avant la crise en 2020 ! et évidemment on ne peut pas dire qu’une politique qui dure 10 ans et qui a si peu de résultats est une bonne politique. Il faut donc avoir un peu d’imagination et proposer autre chose.

      


    La question est de savoir si Tsipras a les moyens pour innover en la matière. C’est un enjeu capital puisqu’en effet si la Grèce arrivait à démontrer qu’une autre politique est possible, alors elle serait un exemple pour tous. Par exemple pour l’Espagne où le parti Podemos a lui aussi le vent en poupe et où le parti de droite PP, et le PSOE sont complètement déconsidérés. On se doute que la Troïka fera tout pour mettre des bâtons dans les roues de Syriza, ils feront traîner les négociations sur la dette, exigerons le paiement de celle-ci, éventuellement auprès de tribunaux. Certes en même temps cela fera peur aux marchés comme on dit, et on peut s’attendre à une remontée des taux. Et les marchés n’aiment pas avoir peur.

    Il n’est donc pas certain que Syriza réussisse dans le cadre donné d’une Grèce dans l’Europe et dans l’euro. Dès lors deux scénarios sont possibles. Le premier serait que Syriza soit désavoué au Parlement et que de nouvelles élections arrivent au printemps 2015 par exemple, et que les choses rentrent dans l’ordre européen avec une nouvelle majorité plus docile. Le second sera une brutale sortie de l’euro et une répudiation de la dette grecque, au moins partiellement. Comme le graphique suivant le montre – Coe-Rexecode est une boutique liée au patronat français – la crise de la dette publique n’est pas prête d’être terminée, même si le relâchement sur les taux à fait paraître cette question comme relativement secondaire. Elle va donc refaire surface, et ce d’autant plus que la situation grecque apparaîtra ingérable.

      

    Nous souhaitons bien évidemment que la Grèce réussisse à montrer qu’une autre voie politique est possible. Mais pour l’instant nous ne voyons pas comment cela est possible à court terme en l’état des forces en présence. Il nous semble que le chemin sera encore long et semé d’embûches avant qu’on ne s’engage dans une voie différente de celle du capitalisme sauvage.

     

    Liens

    http://www.greekcrisis.fr/2014/12/Fr0388.html#deb

    http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2014/12/30/la-grece-se-prepare-a-26-jours-difficiles-de-campagne-electorale/

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/12/29/bruxelles-suit-de-pres-la-crise-politique-en-grece_4547128_3214.html

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20141218trib947cb6983/grece-les-reformes-commencent-a-porter-leurs-fruits-pour-la-population-schauble.html

    http://russeurope.hypotheses.org/3211

    « Peut-on sortir de l’Europe ?2015, L’ODYSSÉE DE LA SOCIETE - FABRICE AUBERT »
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