• Les effets dévastateurs de la démission de Nicolas Hulot

     Les effets dévastateurs de la démission de Nicolas Hulot

    Les turpitudes de Macron et de son gouvernement nous prennent un temps de dingue à les commenter. Il ne se passe pas un jour maintenant pour qu’ils commettent des bourdes et des bévues en série, démontrant par là et contrairement à ceux qui les ont précédés leur amateurisme qui est en train de paralyser l’Etat au moins depuis l’affaire Benalla. Les réformes soi-disant essentielles sont repoussées – ce dont on ne se plaindra pas – les ministres sont aux abonnés absents, et Macron comme Philippe doivent communiquer sur des faits finalement dérisoires mais ruineux pour ce qui est de leur crédibilité. Cet amateurisme sans précédent a déjà au moins le mérite de dévoiler ce que sont les hommes politiques de profession, ce sont des gens sans boussole qui gouverne avec de vagues idées le plus souvent confiées par des experts ou des conseillers et pour le reste ils font confiance à leur flair pour tenir jusqu’aux prochaines élections. C’est typique de Macron et de son gouvernement : ils appliquent bêtement les consignes de Bruxelles – les GOPE2017 en fait – que ce soit pour l’austérité la libéralisation des marchés ou la réforme des retraites. A bien y chercher, depuis 2017 Macron et sa bande n’ont jamais eu le début d’une idée personnelle fût-elle funeste. Le vide sidéral de la pensée politique macronienne s’exprime dans la réactivation de l’idée sarkozyste du « travailler plus pour gagner plus » par le biais d’une défiscalisation d’une partie des heures supplémentaires. Cette misère politique qui a toujours existé depuis des décennies, est cependant beaucoup plus visible chez les inexpérimentés politiciens qui soutiennent le président de la République, et même chez Macron. Ils sont en effet là par hasard, sans avoir eu à mouiller la chemise pour se confronter au peuple dont les intérêts sont évidemment à l’oppose des leurs. 

    Désaveu de Macron et de son équipe  

    Les effets dévastateurs de la démission de Nicolas Hulot 

    La gestion du cas Nicolas Hulot par Macron est exemplaire. En 2017, il avait réussi un joli coup marketing en faisant de l’écologiste de profession « une prise de guerre », c’est-à-dire en le convaincant de participer au gouvernement, alors que celui se tenait éloigné de la sphère politique volontairement. On dit même qu’au premier tour des élections, il aurait voté pour Benoît Hamon. Mais très rapidement sur la plupart des dossiers importants, les arbitrages ont été rendus contre lui[1]. Son bilan est des plus maigres, bien que Macron qui apparait maintenant comme un menteur de profession, dise le contraire. Jouant les bouffons comme à son habitude alors qu’il se trouvait en voyage au Danemark, il a avancé qu’en quinze mois aucun gouvernement n’avait fait autant que le sien pour la défense de l’écologie[2]. C’est manifestement faux, un mensonge éhonté puisque son prédécesseur a obtenu des résultats bien meilleurs avec l’organisation de la COP21 en 2015, événement qui a eu un écho planétaire, même si ses résultats sont très insuffisants et même si Trump a remis en question l’accord de Paris[3].

    Nicolas Hulot dont la passivité était soulignée depuis ses débuts de ministre par les écologistes un peu sérieux, a dû avaler des couleuvres de grande taille en grand nombre tout au long de ces quinze mois[4]. Sur la plupart des dossiers importants c’est soit Stéphane Travert qui l’a emporté, sur le glyphosate, soit Edouard Philippe, sur le nucléaire, soit Macron lui-même qui s’est transformé en un défenseur acharné du lobby des chasseurs en avançant qu’on pourrait diviser par deux le prix du permis de chasse, histoire de démocratiser un hobby en perte de vitesse et complétement déconnecté de la vie rurale d’aujourd’hui[5]. Il semblerait que c’est sur cette dernière question qu’Hulot a décidé de démissionner. Lundi dernier, c’est-à-dire la veille de la démission d’Hulot, il y avait à l’Elysée une réunion sur la chasse à laquelle Thierry Coste[6], le lobbyiste de ce secteur archaïque, n’était pas invité, mais qui se trouvait pourtant là. Hulot en a demandé la raison à Macron et celui-ci, toujours dans son rôle de bouffon du cirque politique, lui a dit qu’il n’était pas au courant. Ce nouveau mensonge ahurissant digne d’un enfant de 4 ans pris les doigts dans le pot de confiture a mis le feu aux poudres[7].

    Bouffon pour bouffon, on a vu Thierry Coste apparaitre au grand jour et se féliciter à demi-mots d’avoir poussé Hulot à la démission. Le simple fait d’ailleurs que la démission du ministre de l’écologie ait fait sortir Thierry Coste du bois, est une forme de désaveu des engagements de Macron en matière d’écologie[8]. Il est clair que l’image de Macron qui souffre déjà d’un grand discrédit, va encore en prendre un coup. L’onde de choc n’est pas terminée. 

    Les effets dévastateurs de la démission de Nicolas Hulot 

    Macron aime le lobbyiste Thierry Coste 

    Sur la forme Hulot a réussi son coup. Il a en effet annoncé sa démission directement à la radio, sur France Inter, avant même que d’en avoir averti le premier ministre et le président de la République. Certes on savait qu’Hulot quitterait le gouvernement à la rentrée, mais il semblait qu’il laisserait la maîtrise de cette démission à Macron. Et s’il l’a pris de court, c’est bien parce qu’il lui en veut énormément. C’est une manière de se venger. Sachant que Nicolas Hulot est le ministre de Macron le plus populaire, et de très loin, sa démission va renforcer l’image de technocrate sans cœur et sans conscience de ce gouvernement. Hulot laissait encore planer un doute pour certain, ce doute n’est plus permis. Dans la forme la déclaration d’Hulot est d’autant plus ravageuse qu’il a avancé que c’était plutôt mes lobbies qui gouvernaient la France que le président de la République. Ce qui est assez juste puisque les GOPE2017 qui sont la feuille de route du quinquennat Macron sont élaborés par la Commission européenne qui elle ne se cache pas de travailler la main dans la main avec ces fameux lobbies. 

    L’écologie et le pouvoir des lobbies  

    Les effets dévastateurs de la démission de Nicolas Hulot 

    Cette affaire de la démission de Hulot a une grande vertu : elle démontre donc que le pouvoir des lobbies est supérieur à celui d’un ministre. Mais on peut le dire autrement : dans une société libérale, ce sont les marchés qui font la loi, et éventuellement les lobbies qui en sont une forme plus organisée. Parmi ces lobbies, il y a bien sûr les ONG qui par exemple travaille à détruire les nations européennes en important des migrants depuis l’Afrique. L’écologie politique a montré son incapacité à faire bouger les choses, qu’elle s’additionne à des parties de gouvernement comme Hulot, ou qu’elle tente de créer son propre parti. Cette écologie politique débute réelle en 1974 avec la présentation de René Dumont aux élections présidentielle. Puis elle se développera à travers des partis comme Génération écologie, Europe Ecologie les Verts, plus quelques autres sous-boutiques souvent suscité par des partis de gouvernements pour grapiller de ci de là des voix bien utiles pour les seconds tours. Nul ne contestera que la défense de l’environnement et de la nature face aux prédations du capital est un sujet de premier ordre, peut-être le plus important. Mais l’écologie politique souffre d’un double défaut :

    - d’abord elle est portée par des résidus des classes moyennes plus ou moins instruites qui consomment des idées écologiques comme le reste, bêtement et sans réfléchir très loin, elle est donc très à la mode, elle se veut européenne et ni de droite ni de gauche puisqu’elle renie le modèle productiviste. Evidemment on voit déjà la contradiction c’est qu’il est difficile sinon impossible d’être à la fois européiste et écologiste, puisque l’Europe a été construite pour la perpétuation – avant liquidation générale – de ce même modèle productiviste, multipliant les transports et les infrastructures qui les permettent. On ne peut pas en même temps critiquer le rôle des lobbies et tolérer l’économie de marché. Les lobbies sont l’émanation du fonctionnement de l’économie de marché, l’un ne va pas sans l’autre ;

    - ensuite c’est qu’elle prétend avancer généralement avec des modèles de transition qui suppose qu’on peut conserver le même modèle de production et de consommation axé sur l’accumulation du capital en substituant des technologies propres à des technologies polluantes. Il est maintenant clairement prouvé que cette idée de substitution repousse seulement le problème sans le régler : par exemple, l’énergie nucléaire fournit une énergie propre dans son usage, mais elle pose le problème du stockage des déchets[9] ou encore le problème du stockage de l’énergie à l’aide de piles électriques pour faire avancer par exemple une voiture électrique[10]. J’aurais pu donner l’exemple des éoliennes ou des panneaux solaires. Là aussi on prétend utiliser de l’énergie gratuite et naturelle, le vent ou le soleil, mais en réalité la récupération de cette énergie pose des problèmes difficiles à résoudre : elle dégrade le paysage et la nature, on voit par exemple des terres anciennement agricoles qui sont aujourd’hui reconverties dans la captation de l’énergie solaire. Jusqu’à présent on a reculé le moment des choix, supposant que les avancées scientifiques permettront un miracle qui sauve le vieux modèle consumériste. Mais même une transition énergétique, fort contestable comme on l’a vu, qui apporterait croissance et emplois[11] n’est pas à la portée de la classe politique. 

    Les effets dévastateurs de la démission de Nicolas Hulot 

    C’est cette erreur de perspective qui fait que l’écologie politique s’allie périodiquement avec des partis de gouvernement, jadis avec le PS, puis aujourd’hui avec Macron. Il est remarquable que Hulot avance qu’il ait cru que Macron changerait quelque chose à l’approche des problèmes écologiques. Soit il est stupide, soit il se fie à des slogans ou des arguments de campagne. Dans les deux cas Hulot est évidemment coupable. Si l’idée d’une défense et d’une protection de l’environnement est populaire sauf chez des gens complètement bornés, l’écologie politique n’a eu aucun succès nulle part. En Allemagne où leur parti paraissait être le mieux structuré et le plus influent, les Verts sont tombés en dessous des 10%, loin maintenant derrière le nouveau parti AfD. De partout ils apparaissent comme prétentieux, arrogants et inefficaces. D’ailleurs les Verts en France n’avaient ils pas appelé à voter pour Macron au second tour des élections présidentielles ?

    En réalité, il ne peut y avoir d’efficacité en matière d’écologie que si on remet en question le vieux modèle consumériste et capitaliste, autrement dit si on cesse de courir après la croissance et l’accumulation des biens matériels. Mais cela signifie très précisément en finir avec le capitalisme et le marché, donc avec l’Union européenne et la mondialisation qui en sont l’expression moderne, car cette logique de décroissance n’est pas compatible avec la poursuite du profit, et probablement aussi qu’elle n’est compatible qu’avec un vrai retour en arrière en ce qui concerne l’importance de l’agriculture[12]. Ajoutons que la réorientation du modèle économique vers un mode de vie moins enclin au gaspillage ne peut pas s’épanouir dans une société où les inégalités explosent, car on ne peut pas demander aux plus pauvres et seulement à eux de faire des efforts sur leur consommation, pendant que l’oligarchie se livre à une véritable gabegie. Evidemment c’est très difficile de changer de modèle de société, c’est pourtant un impératif catégorique : il faut beaucoup d’imagination et d’enthousiasme, ce qui manque à la quasi-totalité des hommes politiques de profession. C’est sans doute le moment de réinventer une démocratie directe plutôt que de subir l’incompétence de ces gens. 

    Conclusion

    En attendant que le débat avance un peu, Macron et son gouvernement sont un peu plus discrédité par la démission de Hulot. Dans cette rentrée difficile, ils n’avaient pas besoin de ça pour être massivement rejetés par la population. Il est à prévoir que dans les mois qui viennent Ils battront des records d’impopularité que personne n’imaginait jusqu’ici, surtout que les mesures austéritaires visant à ponctionner les salaires et les retraites vont battre leur plein en 2019, en même temps que le gouvernement va continuer sa politique inefficace de cadeaux au patronat, ce qui aura inévitablement des effets négatifs et sur la croissance et sur l’emploi[13]. 

    Les effets dévastateurs de la démission de Nicolas Hulot



    [1] https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/08/28/glyphosate-nucleaire-nddl-quel-bilan-ecologique-pour-nicolas-hulot_5347054_4355770.html

    [2] https://www.lemonde.fr/politique/video/2018/08/28/demission-de-nicolas-hulot-la-reaction-d-emmanuel-macron_5347138_823448.html

    [3] http://www.liberation.fr/planete/2015/12/12/la-cop-21-s-acheve-sur-un-accord-historique_1420306

    [4] Un site comme Reporterre a dressé un bilan très négatif de l’action de Nicolas Hulot en juillet dernier https://reporterre.net/Nicolas-Hulot-vu-par-le-HulotScope-un-tres-leger-mieux mais c’est ce que pensent à peu près tous ceux qui se préoccupent de cette question.

    [5] https://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2018/08/27/chasse-le-prix-du-permis-diminue-de-moitie_5346804_1652692.html

    [6] Beaucoup ont dénoncé l’amoralisme de Thierry Coste, mais ce n’est pas pertinent. Quel que soit la cuistrerie de ce bonhomme, il ne fait que ce qu’on lui permet de faire, et il dépend en dernier ressort que Macron le tienne ou non à l’écart.

    [7] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2018/08/28/25001-20180828ARTFIG00121-qui-est-thierry-coste-le-lobbyiste-des-chasseurs-qui-a-fait-craquer-hulot.php

    [8] https://www.huffingtonpost.fr/2018/08/28/thierry-coste-sur-le-depart-de-nicolas-hulot-cest-pas-tres-glorieux-pour-le-n03-du-gouvernement_a_23511049/

    [9] http://www.sortirdunucleaire.org/Dechets-radioactifs-plusieurs

    [10] https://www.lemonde.fr/idees/article/2017/12/14/la-voiture-electrique-ne-resout-pas-les-problemes-de-pollution-elle-les-deplace_5229854_3232.html

    [11] http://www2.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/03-30.pdf

    [12] Hervé Kempf, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, Le seuil, 2009.

    [13] https://www.mediapart.fr/journal/france/270818/budget-2019-le-gouvernement-s-entete-dans-sa-politique-de-classe

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