• Les conséquences des ajustements sur la loi El Khomri

    Les conséquences des ajustements sur la loi El Khomri 

    Comme prévu, devant l’ampleur de la mobilisation des jeunes et des moins jeunes, le gouvernement a fait semblant de reculer sur quelques points mineurs de la loi sur la modification du code du travail. Les points essentiels de ce recul portent principalement sur le forfait jour, et surtout sur le plafonnement des indemnités de licenciement devant les prudhommes. C’est sur ces points que le syndicat jaune, la CFDT, faisait mine de s’opposer au gouvernement. En réalité les points les plus importants sur lesquels le gouvernement refuse de faire machine arrière sont maintenus, à savoir la possibilité d’organiser un référendum sur la demande des syndicats minoritaires, et l’absence de motif pour justifier les licenciements.

    Ces deux points sont essentiels pour ôter un peu plus de pouvoir aux salariés dans l’entreprise, et donc de faire de celle-ci un lieu sans démocratie : ce qui équivaut à ravaler un peu plus les salariés à de simples marchandises qu’on vend et qu’on achète au gré des fluctuations du marché. C’est une avancée considérable pour renforcer le pouvoir du capital sur le travail. Cette loi ne renforcera en rien la sécurité des salariés du point de vue du travail. Elle n’existe que pour faciliter la vie des patrons. Il n’y a pas dans l’histoire d’exemple d’un gouvernement « socialiste » qui se préoccupe autant d’assister le patronat et de l’accompagner au détriment des intérêts des plus faibles. Léon Walras disait que l’Etat devait protéger d’abord les salariés par la loi parce que dans les relations contractuelles qui se nouent sur le marché du travail, ils sont dans une position de faiblesse, n’ayant que leur force de travail à vendre[1]. Il critiquait ainsi les libéraux obtus qui confondaient leurs intérêts personnels avec la nécessité d’une concurrence pure et parfait dans tous les domaines. Il signalait que ce genre de raisonnement ne pouvait être appliqué dans le monde moderne.

     

    Il n’y a pas de lien empirique constaté entre flexibilité du marché du travail et emploi

     

    Le point le plus important est que dans la réalité de la vie économique, on n’observe aucun lien entre flexibilisation accrue du marché du travail et créations d’emplois. C’est pourtant cette idée saugrenue que l’extrême droite de la pensée politique essaie de nous vendre. Or il suffit de constater avec l’exemple de la Grèce ou de l’Espagne que cela ne fonctionne pas du tout. En effet ces deux pays restent englués dans un chômage de masse qui est au moins le double de celui de la France. Dans le graphique ci-dessous, on remarque que la France et la Belgique qui sont considérés comme les pays ayant le marché du travail le plus rigide ont des taux de chômage inférieurs à la Grèce et à l’Espagne, mais aussi inférieur à la moyenne de la zone euro. La raison à cela est qu’il y a bien un lien entre croissance et emploi, mais pas en entre flexibilité du marché du travail et croissance. Les chiffres datent de novembre 2015, mais ils n’ont guère bougé, ils ont juste un petit peu baissé, mais les écarts restent les mêmes entre les différents pays. Ça n’empêche par les thuriféraires de la flexibilité du marché du travail de dire que la flexibilité du marché du travail ça marche en Espagne. Alors qu’en réalité les créations d’emplois qui sont intervenus en 2015 ne sont que la conséquence d’un petit rattrapage après l’effondrement de l’emploi salarié de plusieurs années. En vérité les créations d’emplois qui ont eu lieu sont d’abord le résultat d’un retour timide de la croissance en Europe. Malgré cela on trouve des économistes soi-disant de gauche, soi-disant instruit de la question du chômage comme Gilbert Cette, cet imbécile membre de Terra Nova, qui pense que la loi est nécessaire.

     

     

     Les conséquences des ajustements sur la loi El Khomri 

     

    Cette loi inutile ne s’attaque pas au principal problème, à savoir que le chômage est directement lié à la position des pays dans l’Union européenne : les pays divergent fortement dans leur productivité, et comme cette divergence ne peut pas être corrigée par des changements de parité monétaire, ou par une politique protectionniste, elle entraîne des divergences dans les taux de croissance.

     

    Conséquences politiques

     

    L’ultra-droite, Gattaz et Macron, a commencé à crier que les ajustements politiques de Valls vidaient la loi de son contenu. Ces ajustements vont permettre à Gattaz de pleurnicher encore un peu et réclamer encore des compensations. Ayant pris goût à l’assistanat, ils tirent de plus en plus la ficelle. La droite officielle, Les Ripoublicains, va prendre ces pseudo-reculs pour ne pas voter la loi et dire que eux, s’ils reviennent au pouvoir iront bien plus loin. Dans cette mise en scène apparemment bien réglée, Hollande en profitera pour se faire passer pour un homme de gauche, arguant que si on ne vote pas pour le P « S » en 2017 le pire sera à venir. La CFDT va faire semblant d’avoir bien défendu les salariés et de faire croire qu’elle est autre chose qu’un syndicat jaune. Laurent Berger a dit d’ailleurs que les ajustements lui convenaient. Lui qui n’a jamais travaillé ne s’est pas posé la question de savoir si cette loi allait créer des emplois. Mais il semble que cette fois la crédibilité de la CFDT est durablement atteinte[2], je ne parle même plus de la crédibilité du P « S ». Certes certains députés socialistes vont faire semblant d’être convaincus du rééquilibrage en faveur des salariés, mais il y aura tellement de battus en 2017 qu’ils auront du mal à former un groupe à l’assemblée, pour peu qu’ils se désistent massivement encore pour LR en donnant le mot d’ordre de battre le FN.

     Les conséquences des ajustements sur la loi El Khomri 

     

    Macron, cette petite canaille issue des beaux quartiers, pense quant à lui que son heure est venue. Certes il y a quelques jours encore il disait que selon lui le candidat légitime de la gauche était pour 2017 François Hollande, mais il peut très bien prendre le prétexte de l’immobilisme supposé du président pour finir par y aller. Il a commencé à monter des réseaux et a développé un collectif, Les jeune avec Macron, histoire de faire croire que les jeunes sérieux et modernes ne sont pas dans la rue à l’insulter. Il a donc critiqué ouvertement les reculades de Valls en disant que cette loi était dénaturée et ne servirait donc à rien. Il en profitera au passage pour dire que si sa politique économique n’a eu aucun succès depuis 2012[3], ça n’est pas parce que cette politique est mauvaise, mais parce qu’elle n’a pas été assez loin, parce qu’elle n’a pas été mise en œuvre avec suffisamment d’ardeur. Il va sans doute démissionner et tenter sa chance en 2017. Si les sondages sont bons, il croira sans doute pouvoir se présenter en candidat libre des partis politiques traditionnels. Il pense sans doute qu’il profitera de son profil d’expert, et de la mauvaise image que les partis supportent depuis des années dans l’opinion. Son problème est qu’il ne ralliera jamais les électeurs de gauche et que les électeurs de droite lui préféreront le vieux Juppé. 

     

     Les conséquences des ajustements sur la loi El Khomri

    Macron est le candidat de L’Express et Juppé celui du Point 

    Sur le plan tactique on peut dire qu’Hollande et Valls ont bien joué… la seule carte qu’ils pouvaient encore jouer. En effet c’est la seule manière de conserver une chance pour le candidat du P « S » d’arriver devant Mélenchon en 2017. Ce dernier a cependant une carte forte à jouer. Le PCF étant complètement hors-jeu pour 2017, il peut rallier de très nombreux suffrages à condition qu’il tire enfin et sérieusement les conséquences de la débandade de Tsipras en Grèce. Autrement dit, il n’y a pas trente-six manières de lutter contre les lois socialement régressives, il faut sortir de l’Europe et de l’euro. En effet, quelle que soit l’opinion qu’on ait de Hollande, il va de soi que la loi El Khomri est une manière de mettre la France en conformité avec les règles prévalant dans l’Union européenne et donc de nous préparer à la déferlante TAFTA (ou TTIP). La sortie de l’Europe et de l’euro n’est certainement pas la panacée, mais c’est au minimum une étape nécessaire pour reconstruire une espérance. 

     

    Mobilisation 

    La campagne de signatures s'épuise, on n'atteindra difficilement maintenant les 1,3 millions. Le mouvement de protestation peut-il continuer et s’amplifier ? Ce n’est hélas pas sûr. D’autant qu’il y a peu de relais du côté des partis et des syndicats qui au mieux suivent leurs troupes. Certains pensent déjà que ce mouvement s’il s’étendait pourrait engendrer un renouvellement des partis. Tout va donc dépendre de la mobilisation future, lors des manifestations des 17 et 31 mars des opposants. Les possibilités de grève générale ne sont pas très probables, bien qu’en la matière on puisse aussi avoir des surprises tant les salariés sont en colère. Après tout la France a souvent par le passé donné l’exemple. Mais à notre échelle, il convient de tout faire pour que la mobilisation s’étende, nous n’avons pas d’autre choix si on veut en finir avec la passivité et le pessimisme ambiants.

     

    Liens 

    http://www.lesechos.fr/economie-france/social/021765795900-recul-sur-les-prudhommes-fermete-sur-le-licenciement-1206921.php

    http://www.latribune.fr/economie/france/loi-travail-la-situation-de-la-france-ne-permet-pas-d-attendre-gattaz-557183.html

    http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2015/07/10/25001-20150710ARTFIG00287-les-jeunes-avec-macron-nouveau-relais-de-l-action-du-ministre-de-l-economie.php

     

     


    [1] Léon Walras, Études d’économie sociale. Théorie de la répartition de la richesse sociale (1896), Rouge et Pichon. 

    [2] Encore que ce syndicat jaune a survécu aux turpitudes de Nicole Notat et de Jacques Chérèque de sinistre mémoire.

    [3] En effet c’est lui l’inspirateur et donc le responsable de la catastrophique politique économique de François Hollande.

    « Jacques Sapir, Souveraineté, démocratie, laïcité, Michalon, 2016Pierre Laborie, Le chagrin et le venin, Bayard, 2011 »
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  • Commentaires

    1
    fabrice Aubert
    Mercredi 16 Mars 2016 à 13:26

    Bon article d'analyse et bien écrit comme toujorus avec toi. L'essentiel des problèmes est analysé avec pertinence. La question politique et du désastre à venir si on se prends pas en main (et je suis communiste) est souligné... mais j'ai un désacord sur l'apprcoche syndical. la C.GT dont je suis militant fait ce qu'elle peut mais on manque de militants. en 1945 nous étions 6 millions...aujour'hui nous sommes 600.000. et ce alors que la popultaion active a plus que doublé et que l'entreprise a "éclaté". Je ne défends pas ici les Dirigeants que je ne supporte plus, mais l'essentiel des militants, dont je suis, font ce qu'ils peuvent, avec peu de moyens (en rapport à la puissance des médias) et peu de temps disponible véritable. Des tracts papiers j'en fais tous les jours, et je discute à mettre ma langue en feu. Mais l'idéologie du marché, une vraie propagande est destructrice des horizons... On manque de neurones et de bras et ca use les derniers militants de terrain.

    Et avec la Métropole c'est une accélération de la destruction des droits que nous allons subir, surtout avec Gaudin, dont le syndicat choisi est F.O (Fesses Ouvertes). Difficile de faire la différence dans ces conditions.

    2
    Mercredi 16 Mars 2016 à 20:54

    oui, évidemment il y en a qui se battent sur le terrain en dépit de la mollesse des dirigeants. Figures toi qu'il y a même des militants CFDT qui sont très combatifs et très bien, bien que la direction de ce syndicat s'acharne à en faire le relais du MEDEF. Tu as raison, les luttes ne sont plus de même nature quand la CGT passe de 6 millions à 600 000 adhérents. Et puis il faut dire que les ouvriers étaient plus combatifs que les salariés des services qui dominent aujourd'hui. C'est pourquoi il faut continuer la lutte sans se préoccuper des organisations - partis ou syndicats - qui finiront bien par suivre ! Pour FO c'est encore la même chose, c'est un syndicat très peu homohgène, peut-être le plus diversifié. FO à Marseille c'est la force d'appoint du maire, quel qu'il soit. Mais dans  certains secteurs il ya aussi des FO très combatifs. 

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