• Les cheminots et le mouvement social

     Les cheminots et le mouvement social

    La mobilisation des cheminots a été très forte. Et même si d’autres secteurs d’activité participent à ce mouvement printanier des plus légitimes, c’est bien la durée de cette contestation qui inquiète sérieusement Macron et son collaborateur Philippe. Evidemment, de nombreux usagers souffrent le martyre à cause de ce blocage. Et naturellement le couple infernal de l’exécutif tente de jouer l’opinion contre les cheminots. Mais même Le monde est en train de se rendre compte comme la une du 5 avril le suggère qu’il s’agit d’un combat douteux. En effet les défenseurs de la SNCF et du service public ont eu le temps de justifier le refus de la réforme rétrograde emmenée par Macron en trois points fondamentaux :

    1. le statut des cheminots n’est pas aussi avantageux qu’on le dit, en tous les cas il n’empêche pas la SNCF de dégager des bénéfices importants, en 2017, ils s’élevaient à 1,3 milliards d’euros ;

    2. la dette ne provient pas de la SNCF elle-même, mais de RFF, Réseau Ferré de France, la filiale chargée de la gestion et de l’entretien du réseau. Cette dette est effectivement très élevée, elle s’élève à 47 milliards d’euros – ce qui représente en réalité à peine 2 ans de CICE, ces cadeaux faits au patronat sous l’impulsion de leur porte-parole Macron lorsqu’il était au gouvernement. Mais la moitié de cette dette date de la Libération et n’a jamais été apurée par l’Etat, contrairement à ce qu’ont fait les Allemands, et l’autre moitié provient du surdimensionnement des projets de lignes, notamment des TGV qui ont été développés avec des contrats douteux qui permettaient des dépassements nombreux et variés. Là encore, le statut des cheminots ne saurait être tenu pour responsable de ces dérives ;

    3. enfin, il apparait très clairement que l’introduction de la concurrence sur le réseau – donc une privatisation larvée du service public – aboutira certainement à une hausse des tarifs et à la fermeture des petites lignes non-rentables. Le cas anglais est catastrophique, et tout le monde le sait, malgré les imperfections de la SNCF qui le plus souvent sont dues à des nécessités comptables qui ont empêché cette entreprise d’investir correctement.

    L’argument selon lequel cette évolution est dictée par l’Union européenne et les traités ne tient pas debout. Il suffit de refuser de s’aligner sur la substitution des marchés à la loi et à l’Etat. La Commission européenne n’a aucun moyen de pression sérieux contre la France. On a vu Philippe et l’abominable Borne, ministre des transports assurer que la réforme était nécessaire, mais pourquoi, on en l’a pas compris.  

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    Dans cette situation politique des plus confuses, la bataille de l’opinion devient décisive. Mais voilà, l’opinion publique semble ne pas suivre Macron et Philippe, bien au contraire. Médiapart faisait état d’un sondage de M6 selon lequel 69% des Français pensaient que les cheminots l’emporteraient dans ce bras de fer contre Macron[1]. Je crois que ce sondage est un peu douteux, mais en tous les cas il confirme un retournement de l’opinion, puisque jusqu’à ce que le mouvement de grève s’enclanche, on avait plutôt 60 à 70% des sondés qui disaient souhaiter la fin du statut des cheminots[2]. Mais un autre sondage en direct organisé par Le Point, journal phare de la droite macronienne, allait aussi dans le sens d’un soutien de l’opinion aux grévistes. Au 4 avril 2018, soit au lendemain de la première journée de grève, les résultats étaient les suivants :

     Les cheminots et le mouvement social 

    Les sondages ne sont que des sondages bien sûr, mais en tous les cas il parait de plus en plus difficile au gouvernement, malgré les relais de l’ensemble des médias, de faire croire que la grève est impopulaire. Le réactionnaire Plantu qui devient le vieux con de service de la Macronie, a publié deux dessins abjects pour tenter de discréditer le mouvement. Dans le premier dessin, on voit un Français qui quitte la France pour échapper à la galère des grèves à répétition. On dirait du BFM qui le 3 avril allait sans surprise interviewer un touriste américain pour dénoncer les abus de la grève, et surtout ne pas parler des raisons qui poussent les cheminots à lancer un mouvement qui leur fera perdre nécessairement de l’argent.  

    Les cheminots et le mouvement social

    Le second dessin tout aussi odieux enjoignait au couple macron-Philippe de choisir entre les grévistes et les usagers. C’est tout juste s’il ne demandait pas l’envoi des CRS pour bastonner cette engeance qui doit sans doute perturber son trajet entre la banlieue et Paris. Fort opportunément sur les réseaux sociaux on s’est mis à rappeler la petite phrase de Macron selon laquelle « une gare, c’est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien, parce que c’est un lieu où on passe, un lieu que l’on partage (…) ». Phrase qui l’avait classé directement dans les rangs de la droite la plus réactionnaire.    

    Les cheminots et le mouvement social

    Si on devait mesurer la popularité de la grève, on pourrait prendre comme indice le fait que la cagnotte destinée à venir en aide aux cheminots a déjà rassemblé plus de 200 000 €, chiffre qui a doublé en une journée, chiffre relevé le 4 avril à 15 h 30[3]. C’est un très grand succès, et on s’attend à ce que ce chiffre monte encore bien plus haut dans les heures qui viennent.

    En vérité, si le mouvement des cheminots n’est pas impopulaire, c’est bien la faute du climat social qui règne en France en ce moment. En effet, comme nous l’avons vu, il y a beaucoup de mouvements sociaux durs[4], c’est la conséquence du ressentiment général des salariés envers ce « gouvernement des riches ». Et donc par transfert ceux qui souffrent de la dégradation de leurs conditions de travail comprennent tout à fait les inquiétudes pour ne pas dire plus des cheminots. La suppression de l’ISF, le CICE et bien sûr les réformes arrogantes du droit du travail sont très mal passées. Cela ne veut pas dire pour autant que les conflits vont durer ailleurs et se coaguler. Il est assez plaisant d’ailleurs de voir Richard Ferrand, ancien socialiste en peau de lapin comme on disait et chef du troupeau des députés macroniens qui votent tout ce qu’on leur dit de voter, demander à ceux-ci d’aller parler aux cheminots pour les convaincre que la réforme est dans leur intérêt[5]. Comme ils ne sont pas fous, ils n’iront pas, les crachats virtuels leur suffisent ! Toujours dans le même ordre d’idée voilà le malheureux Gabriel Attal qui s’est fait remarquer en fustigeant « la gréviculture » des Français. Cette imbécilité qui fleure bon son XIXème siècle a été vivement dénoncée pour ce qu’elle est. Et on a eut vite fait de rattacher ce langage à l’extrême-droite anti-dreyfusarde, langage repris par le syndicat jaune, la CFDT[6].

    Macron et son collaborateur se trouvent maintenant devant un choix très difficile, mais c’est le résultat de leur incompétence et de leur arrogance qui vise toujours à rabaisser un peu plus les salariés. Soit ils vont jusqu’au bout au risque non seulement que le conflit se durcisse, mais aussi au risque que cela donne de nouvelles idées à d’autres travailleurs, soit ils reculent, mais dans ce cas on peut dire qu’ils sont politiquement morts tous les deux. Il est donc probable qu’ils vont tenter d’aller jusqu’au bout. Mais qu’ils gagnent ou qu’ils perdent la bataille du rail, ils se sont d’ores et déjà classés comme le pire de la droite affairiste. Ils ne s’en relèveront pas.



    [1] https://blogs.mediapart.fr/brigitte-pascall/blog/040418/69-des-francais-pensent-que-les-cheminots-sortiront-vainqueurs-des-greves-en-cours

    [2] https://www.latribune.fr/entreprises-finance/services/transport-logistique/sncf-les-francais-plebiscitent-la-fin-du-statut-de-cheminot-sondage-769981.html

    [3] http://www.sudouest.fr/2018/04/04/sncf-une-cagnotte-de-soutien-aux-grevistes-depasse-194-000-euros-4343037-10407.php

    [4] http://in-girum-imus.blogg.org/faire-la-greve-au-printemps-a141007638

    [5] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2018/04/03/25001-20180403ARTFIG00221-allez-voir-les-cheminots-la-consigne-de-richard-ferrand-aux-deputes-larem.php

    [6] https://www.marianne.net/politique/aux-origines-de-la-greviculture-cherie-par-gabriel-attal-un-contre-revolutionnaire-et-le

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