• Les candidats à la candidature – Présidentielles 2017

     

    Tout le monde sentant bien qu’Hollande est complètement dévalorisé, cela donne des ailes à ceux qui, à l’UMP, voudraient bien lui prendre son poste, se disant qu’au fond ils ne sont pas plus mauvais que le président actuel de la France. Le problème est qu’Hollande leur a piqué leur programme et qu’ils n’ont plus d’autre alternative que de se lancer dans une surenchère aussi idiote que désordonnée. En première ligne on a vu le ministre « socialiste » du travail, l’abominable François Rebsamen, ancien trotskiste de son état, ressortir le 3 octobre 2014 de vieilles lunes libérales notamment en pensant que le contrôle des chômeurs est un outil important pour lutter contre le chômage, et que de même si on veut conserver le système français de protection sociale, il faut bien entendu le vider de son sens. Les comiques de l’UMP n’ont pas mieux à proposer en la matière. Dans le genre social-traître il est bien difficile de faire pire[1].

     

    Le Sarko-show

      

    Le retour de Nicolas Sarkozy a été organisé un peu comme la tournée d’un vieux cabotin qui n’en finit plus de faire ses adieux. C’est évidemment lui le poids lourd de la droite officielle, n’en déplaise à Juppé. Et justement parce qu’il a un côté « people » que son principal adversaire n’a pas. Dans les meetings il place toujours un petit mot sur Carla, histoire de rappeler qu’il vit une histoire d’amour intense. Il se présente d’ailleurs comme un « jeune » père. Son cheval de bataille c’est qu’il serait nouveau. Il aurait changé, candidat de la rupture éternelle, d’abord d’avec Chirac, puis d’avec Hollande et enfin d‘avec lui-même, il est toujours ce jeune homme pressé qui excuse lui-même ses propres errements en les mettant sur le compte de sa fougue proverbiale. L’étonnant n’est pas qu’il tienne ce créneau, l’étonnant est que ça fonctionne auprès d’un public ravie qui le croie issu du peuple parce qu’il ne sait pas parler français. Certes une partie de la droite est horrifiée de se voir représentée par un tel histrion, mais elle ne représente pas grand-chose sur le marché électoral. Il y a beau temps que la droite n’a plus qu’un seul programme : « à bas l’impôt, vive le pognon ! »

    Bien entendu dans un tel contexte, il est difficile de développer un programme, surtout un programme sensiblement différent de celui d’Hollande qui est lui, même si la droite ne s’en aperçoit pas toujours, un des plus fringuant chevaliers du libéralisme européiste et atlantiste.

    Alors il balance des âneries, par exemple il se prononce pour l’extraction du gaz de schiste, sans manifestement connaître le dossier, simplement parce qu’il croie que cela le rendra populaire. Ou encore, alors que tout le monde a dans les mémoires sa manœuvre de contournement en 2008 du résultat du référendum sur le TCE, il se présente comme l’avocat d’une utilisation plus large du référendum. Ila également enfourché un très vieux cheval de bataille, la lutte contre les fonctionnaires, demandant à ce qu’ils ne soient embauchés que pour 5 ans. Je ne discuterais même pas de cette mesure, sachant combien déjà sont nombreux les employés de l’administration qui sont dans un statut précaire. Ses grimaces semblent avoir peu de succès si on en croit les sondages qui donnent toujours imperturbablement 66% des Français qui ne veulent pas le voir revenir.

     

    Le retour d’un vieux cheval de retour

      

    Juppé, contrairement à ce qu’il pense a déjà perdu sur toute la ligne, sauf si par miracle avant 2017 la candidature de Sarkozy était invalidée par la justice au motif de ses nombreuses malversations. Sarkozy a déjà prévenu que Juppé était un vieux bonhomme, 72 ans en 2017, donc un homme a rattaché au passé d’une droite molle et peu innovante, mais aussi il a insisté sur le fait que Juppé avait été condamné pour des emplois fictifs – bien qu’il ait été aussi inquiété pour l’attribution d’un logement HLM à son fils. Ce qui a entraîné la réplique de Juppé selon laquelle il ne fallait pas trop jouer au con avec les dossiers judiciaires étant donné les très nombreux procès dans lesquels Sarkozy est impliqué. On voit que l’ambiance est très bonne à l’UMP.

    Mais le programme me direz-vous ? Est-ce que Juppé par hasard ne serait-il pas moins inquiétant que Sarkozy ? Il vise en effet à se construire une personnalité en opposition avec l’agitation opiniâtre de Sarkozy. Mais il est tout autant à droite. Du reste il s’est empressé de défendre le bilan de Sarkozy, on ne sait pas s’il voulait parler de l’explosion de la dette, de celle du chômage ou de celle des affaires. En tous les cas c’est une première et grosse faute puisque la stratégie de Juppé étant de s’allier avec le centre de Bayrou, il est aberrant de défendre le bilan de Sarkozy.

    Pour le reste il propose des mesures soit complètement stupides – par exemple la suppression de l’ISF – soit déjà dépassées comme « la sortie du carcan des 35 heures », alors que cela fait au moins depuis 2008 que nous en sommes sortis. Juppé ne suivrait-il plus très bien l’actualité ? Jouant les modérés, il propose de diminuer le poids des dépenses étatiques, sans toutefois aller comme Fillon jusqu’à refuser de geler tout embauche de fonctionnaire pendant cinq ans.

    Complètement dépassé, il essaie aussi de se montrer raisonnable sur la question de l’immigration, demandant l’instauration quasiment impossible des quotas et l’octroi de visas pour les étrangers qui viendraient travailler en France. Cette proposition est stratégiquement stupide, tactiquement imbécile. Stratégiquement stupide parce qu’elle en reste à l’idée que les pays à la population vieillissante de l’Europe ont besoin de l’immigration pour financer la croissance et les retraites, autrement dit qu’il faut aller chercher une main d’œuvre pas trop chère pour que nos vieux vivent une retraite heureuse. Tactiquement imbécile parce que la droite – du moins ses électeurs – ne veulent pas en la matière de demi-mesures et voteront pour celui qui va faire semblant de prendre des mesures énergiques (Sarkozy donc).

     

    Fillon l’éternel outsider

     

    François Fillon est l’outsider à la triste figure de ce trio infernal. Il n’a pas grand-chose pour lui, si ce n’est des réseaux parmi les élus de l’UMP. On lui attribue cet exploit d’avoir fait capoter l’élection à la présidence du Sénat de Jean-Pierre Raffarin présenté comme l’homme lige de Nicolas Sarkozy, et d’y avoir fait élire Gérard Larcher, un vieux politicien aux nombreuses casseroles, mais à l’entregent digne d’un franc-maçon.

    Lui aussi s’est lancé dans la surenchère libérale, oubliant au passage qu’il avait un temps été un gaulliste de gauche dans la lignée de Philippe Séguin aujourd’hui bien oublié. Il mise donc sur un approfondissement de la réforme fiscale qui s’est mise en place petit à petit depuis une trentaine d’années : hausse de la TVA – ce qui pénalisera les ménages les plus pauvres – suppression de l’ISF et de la tranche à 75% de l’impôt sur le revenu – il n’est pas très original à droite sur ce thème – et le retour aux 39 heures – ce qui est déjà dans les faits. Tout cela serait censé renforcer la compétitivité en berne de la France.

    Se présentant comme un père la vertu sur le thème, « je vous l’avais bien dit, l’Etat est en faillite », il suppose des économies de 110 milliards d’euros de dépenses publiques et une croissance qui reviendrait d’ici à 2020 à 2% par an. Mais dans le fond ce programme est à peine celui de Valls retouché à la marge.

     

    Rien de nouveau

     

    Probablement est-ce sur cette cacophonie que compte Hollande, car au fond les propos de Sarkozy et de Juppé, à quelques nuances près vont dans le même sens que la politique qu’il suit depuis 2012 : la politique de l’offre permettra tôt ou tard de retrouver le chemin de la croissance et de l’emploi. On a déjà dit ici combien cette politique était erronée, aussi bien à l’échelle nationale qu’à l’échelle locale. Essentiellement parce qu’une crise de la demande ne s’est jamais guérie par une relance de l’offre et par de la déflation. C’est ce qu’on apprend en 1ère année de sciences économiques. En outre, tous ces politiciens de l’UMPS n’ont strictement aucune alternative en ce qui concerne l’Europe, ce bateau à la dérive.

    Pour le reste ces débats d’arrière-cuisine vont rapidement devenir tendus. Si Nicolas Sarkozy a commencé à tirer les couteaux pour dire qu’il allait tuer Juppé, celui-ci a balancé qu’il faisait des conférences, mais sans demander d’argent, lui. Ce qui en clair visait à qualifier Sarkozy comme un politicien cupide sans autre intérêt que le sien. François Fillon qui considère que Sarkozy est son plus proche ennemi a ajouté que Bygmalion était connu de tout le monde, sous-entendu que Sarkozy ne pouvait pas en ignorer les magouilles, avec comme arrière-pensée qu’il faudrait bien en finir avec des dirigeant trop corrompus.

    La bataille des soutiens commence aussi à faire rage. C’est d’abord Bernadette Chirac qui a apporté un soutien appuyé à Juppé, puis son mari qui est sorti de sa réserve pour dire tout le bien qu’il pensait de son ancien premier ministre, et donc laisser entendre tout le mal qu’il pensait de Sarkozy duquel il avait dit que lorsqu’on lui marchait dessus ça portait bonheur.

    Entre temps Sarkozy n’est pas resté inactif, il vient de rallier à lui Dominique de Villepin que naguère il voulait pendre à un crochet de boucher, la rumeur laissant entendre qu’il lui offrirait comme récompense le poste de ministre des affaires étrangères dans son nouveau gouvernement.

    Juppé quant à lui a un allié, François Bayrou. L’inconstant béarnais rentrant en grâce, cela donnerait une caution « centriste » – je mets des guillemets parce que je ne sais pas trop ce que veut dire de mot en politique – à la candidature de Juppé à la présidentielle de 2017. Il semble cependant que cette approche de la réalité politique soit erronée. Le contexte intérieur comme le contexte international ne semble pas engendrer des demi-mesures à droite. Du point de vue des électeurs de droite, il est évident que la ligne de Sarkozy tient la corde, notamment sur la question de l’immigration et de son potentiel à ramener les brebis égarées vers le Front National. Ce capital tend pourtant à ce dissoudre, et les récents sondages le place loin derrière Juppé.

    Reste encore deux inconnues :

    - quelle sera la situation judiciaire de Sarkozy ? Impliqué au jour d’aujourd’hui dans 7 dossiers importants, il semble probable que ces amis de l’UMP vont bien lui trouver encore autre chose.

    - quel sera le mode de désignation du futur candidat à la présidentielle ? S’il s’agit d’une primaire ouverte comme cela a été le cas pour le PS et donc pour Hollande, il est peu probable que Sarkozy ne soit pas choisi. Si au contraire il s’agit d’une primaire réservée aux seuls membres de l’UMP, il semble que le combat sera rude entre Juppé et Fillon, mais que Sarkozy peut tout à fait perdre. C’est pour cette raison que la première étape de la bataille est de prendre le contrôle de l’appareil, même s’il n’y a plus d’argent dans les caisses. C’est ce que fait Sarkozy, et ce que néglige Juppé.

     

    Il est cependant curieux de constater que l’échec patent de la politique de l’offre et de la poursuite de l’austérité n’a pas amené les hommes politiques des partis dits de gouvernement à modifier leur programme. Si ce manque d’imagination est « normal » à droite, il l’est beaucoup moins pour des partis qui se disent de gauche. C’est à mon avis cette décomposition de la classe politique, incapable d’imaginer une quelconque alternative, qui annonce plus sûrement qu’autre chose de grands bouleversements à venir.

    Comme on l’aura compris, toute cette tambouille démontre encore un peu plus que d’habitude que la sortie de crise ne peut plus passer aujourd’hui par une implication dans des élections, et il est probable que les prochaines échéances électorales battront des records d’abstention. Seul un grand choc émotionnel peut remettre les pendules à l’heure en montrant qu’il est temps de reprendre notre destin en mains en nous passant des politiciens de profession.

     

    Liens

     

    http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20141002.OBS1043/alain-juppe-sur-france-2-ce-qu-il-faut-en-retenir.html

    http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20141003.OBS1045/c-est-cruel-mais-nicolas-sarkozy-a-rate-son-retour.html

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/10/01/francois-fillon-detaille-son-programme-economique_4498741_823448.html?xtmc=francois_fillon&xtcr=8

    http://cc.bingj.com/cache.aspx?q=http%3a%2f%2fwww.miroir-mag.fr%2f64362-francois-rebsamen-je-me-bats-depuis-longtemps-pour-une-vision-liberale-de-leconomie%2f&d=140157554863&mkt=fr-FR&setlang=fr-FR&w=zxgpx1cxLsMJvyocC6FSjiIOBfjM92Sl

    http://emploi.blog.lemonde.fr/2014/10/03/une-interview-choc-de-francois-rebsamen-depubliee/



    [1] Il s’agit d’une interview publié le 3 octobre 2014 sur le site Internet du journal bourguignon, Le miroir. Aussitôt publié, aussitôt enlevé à la demande de Rebsamen, celui-ci s’étant peut être rendu compte que dans le genre social-traître il en avait fait un peu trop. Et après on viendra nous dire que parler de l’UMPS n’est pas politiquement correct.

    « Pierre Dardot et Christian Laval, Marx, prénom Karl, Gallimard, 2012La décomposition accélérée du Parti « socialiste » »
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  • Commentaires

    1
    Blanc Gérard
    Dimanche 5 Octobre 2014 à 11:49
    Réponse
    J'adhère globalement à l'analyse politique de la droite en action. Il suffit de lire la presse et de s'informer pour être convaincu. Personnellement, plutôt que s'attarder sur la tambouille politique à droite bien connu, à savoir la guerre des chefs, je préfèrerais une réflexion sur un programme alternatif. Il ne suffit pas de dire que la politique de l'offre ne marche pas pour convaincre que celle de la demande marcherait mieux. On en est déjà à 4,5% de déficit budgétaire par rapport au PIB. Ce n'est pas à proprement parler une politique d'austérité quoiqu'en disent les tenants d'une politique de la demande. Alors quoi faire? Cela mérite une réflexion approfondie plutôt que de se limiter à des déclarations incantatoires. Cordialement
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