• Le Traité Transatlantique, Grèce, l’Europe et la voie post-démocratique

     

    Deux canailles discutant des bienfaits du Traité Transatlantique 

    Alors que l’Union européenne, via ses boutiques, la BCE ou la Commission européenne, se propose purement et simplement d’étrangler financièrement la Grèce encore un peu plus si elle ne se soumet pas à ses principes de politique économique, voilà que le Traité transatlantique ou TTIP, refait parler de lui. Dans les deux cas nous sommes sortis de la règle minimale de la démocratie. Nous n’avons même plus droit à la démocratie bourgeoise et parlementaire pourtant bien insuffisante. Ce n’est certes pas nouveau, mais c’est seulement en 2015 qu’on l’affiche ouvertement. Vous noterez que ce recul de la démocratie est le corollaire de ce qui se passe dans les entreprises où, avec le recul des droits des travailleurs, c’est l’idée de « démocratie dans l’entreprise » qui s’effrite.

    Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, l’homme responsable ouvertement de la fraude fiscale, celui qui a encouragé les firmes multinationales à ne pas payer des impôts dans le pays où elles exercent leurs activités, vient d’affirmer que les traités européens sont supérieurs à la démocratie. Il l’a rappelé aux Grecs qui ont eu le tort de choisir un gouvernement qui ne plait pas à l’oligarchie européiste. Je signale au passage que le parlement européen est tellement corrompu qu’il a décidé de ne pas ouvrir d’enquête sur les agissements de Juncker lorsqu’il était premier ministre du Luxembourg et qu’il a mis en place justement le système d’évasion fiscale décrit ci-dessus.

    Parallèlement les négociateurs du Traité transatlantique veulent accélérer les négociations, entendez par là conclure un nouveau traité avant que quelque homme politique ne se réveille et ne le dénonce comme un crime contre l’humanité et la démocratie. Ne rentrons pas dans le détail de ce nouveau traité. Regardons plutôt ce que cela signifie. Il s’agit de laisser le champ libre au marché et à ses lois, sans qu’un changement de gouvernement ici ou là ne remette en question ces nouvelles règles des affaires. Ce qui veut dire clairement que vous votiez à gauche ou à droite, le traité vous obligera de la même manière ! La politique économique sera mondialiste et libérale et l’Etat réduit à sa position de guichet permettant de financer quelques aménagements sociaux ou autres, et évidemment de protéger le droit de propriété.

     

    Ces négociations, très opaques, ont mis en mouvement une pétition demandant à l’Union européenne de régler cette question par la voie d’un référendum. Cette pétition qui a reçu un million de signatures a été rejetée par l’Union européenne. Déjà Michel Sapin qui n’a plus de rose que ses chaussettes a prévenu, le Traité transatlantique ne sera pas ratifié par la voie du référendum en France. C’est trop dangereux. Les précédents de 2005 en France comme aux Pays-Bas ont refroidi les caciques européistes d’user de la démocratie pour faire avancer leur néfaste projet. La forte mobilisation contre TAFTA pousse évidemment les tenants de ce traité à aller vite, et d’ailleurs la victoire de Syriza qui risque de donner des idées à d’autres pays, tout cela compromet le projet post-démocratique. Il vaut mieux que TAFTA soit entériné le plus vite possible

    Comme nous le voyons, nous avançons en Europe sur une voie post-démocratique très dangereuse, où les règles figent les institutions dans le rôle de simple garant des lois du marché. En se substituant à la démocratie, elles mettent en place une forme de dictature « molle » où la politique n’a pas sa place. Pour démontrer leur efficacité, elles misent sur la lassitude des peuples qui bientôt n’iront plus voter. C’est le modèle américain de cette fausse alternance. Les pauvres ne votent plus, seule une partie de la classe moyenne est concernée. J’avais souligné ici l’importance des taux d’abstention très élevés, anormalement élevés, lors des dernières élections européennes.

    Ce qui pose problème cependant c’est que le mode nouveau de fonctionnement des institutions ne produit pas de résultat valable en termes de croissance, d’emplois et de bien-être. C’est même l’inverse ! La raison en est que cette voie post-démocratique mise sur l’économie de l’offre, négligeant le rôle de l’Etat et de la réduction des inégalités sociales comme moteur de la croissance économique. Autrement dit, la voie post-démocratique butte sur ce qu’elle met en avant pour se justifier : l’économie !! Cela peut sembler paradoxal, mais quand on ne pense que du point de vue de l’économie, on obtient de vrais mauvais résultats économiques. Or ces mauvais résultats engendre presqu’inévitablement un désordre social de grande ampleur qui prive « le système capitaliste » de ce qu’il prétendait être sa meilleure publicité : l’amélioration continue du confort et de la consommation, malgré les inégalités sociales.

    Ce déni de démocratie est à l’origine de la montée des partis comme Syriza ou Podemos dont l’essor répond au changement de modèle institutionnel. Les solutions pour sortir de cette galère ne sont pas très nombreuses. Soit on suit la voie démocratique qui consiste dans un premier temps à sortir de l’Union européenne et de la torture que nous infligent tous les jours ses institutions, soit on fait une vraie révolution sociale qui emporte tout. Le plus plausible est sans doute une sortie plus ou moins ordonnée de l’UE et l’abandon du modèle libéral. Restera à certains rêveurs l’illusion que l’Europe pourrait être changée de l’intérieur.

     

    Liens

     

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/02/06/traite-transatlantique-europeens-et-americains-veulent-intensifier-les-negociations_4571731_3234.html

    http://www.cercledesvolontaires.fr/2014/12/04/petition-contre-traite-transatlantique-ete-rejetee-commission-europeenne-lesoir-be/

     

     

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