• Le sens d’un référendum

     Le sens d’un référendum

     

    Le fascisme en complet veston 

    La première raison de voter non pour les Grecs est de refuser le diktat européen, manifester l’indépendance et militer pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. C’est donc dans un esprit de résistance au sens fort du terme que les Grecs s’apprêtent à voter dimanche prochain. 

    Si quelqu’un avait encore des doutes sur ce qu’est réellement l’Europe, la situation en Grèce le décillerait. L’Union européenne est une dictature. Certes ce n’est pas une dictature qui s’avance à visage découvert avec des policiers, des milices et des lois qui nous empêcheraient de penser et de nous exprimer. Mais c’est une dictature molle et plus sournoise. Dans le cas de la Grèce, elle use de tout son poids financier pour maintenir le peuple grec aux abois et faire en sorte que celui-ci finalement se retourne contre son gouvernement. On a parlé à propos de l’étranglement financier de la Grèce par la BCE de coup d’Etat financier. Le mot est assez juste. En bloquant les liquidités via Target 2, l’UE empêche la Grèce de se refinancer et particulièrement de commercer. 

    L’attitude des collaborateurs de cet ordre nouveau est faite d’un étrange cynisme : ils visent directement à faire plier le gouvernement grec, et à le remplacer par un gouvernement de « techniciens » qui leur serait acquis. Pour cela ils sont prêts à s’asseoir sur leurs propres règles de fonctionnement, après avoir pourtant poussé des cris d’orfraie pour condamner l’idée farfelue de Tsipras d’en appeler à une consultation populaire. Par exemple, ils ont exclus sans que cela soit possible par aucun texte, ni aucun traité, Varoufakis de la réunion de l’Eurogroupe, et plus encore, ils ont pris des décisions au nom de l’Eurogroupe à 18 et non à 19, se félicitant au passage de leur propre unanimité. 

    Le sens d’un référendum 

    Un collaborateur de l’ordre nouveau, le sinistre Jeroen Dijsselbloem  

    Comme ils sont intervenus dans le référendum français en 2005, pour nous indiquer combien refuser leur TCE pourri était une erreur, ils interviennent massivement en Grèce. Sauf que pour appuyer leur intervention, ils usent de la pénurie de liquidités en Grèce, via l’accès à Target2, ce qui oblige le gouvernement grec à fermer les banques et à instaurer le contrôle des capitaux. La canaille européiste espère ainsi que le ressentiment populaire se retournera contre Tsipras. Les Grecs en ont un peu assez du chantage permanent de l’Europe et de ses mensonges. Mais il n’est pas sûr que pour autant ils votent aussi massivement pour le non. En effet, ils peuvent tout autant se dire que la résistance au l’européofascisme est inutile et coûteuse, et qu’il vaut mieux plier l’échine. Et ceux d’autant que la Grèce est très isolée en Europe. A cet égard le ressentiment des Grecs envers la France est très grand. Lorsqu’en 2012 Hollande a été élu, ils pensaient qu’un gouvernement de gauche pourrait les aider au moins un peu face à l’ennemi de la finance. Mais comme beaucoup ils ont été trompés : c’est un gouvernement conservateur qui est aujourd’hui au pouvoir à Paris. Un pouvoir conservateur qui s’empresse de mettre ses pas dans ceux de l’Allemagne : cette collaboration rappelle ces sombres heures où la vieille SFIO avait voté les pleins pouvoirs à Pétain par 90 voix contre 36. 

    Les erreurs de Tsipras 

    La première erreur de Tsipras est d’avoir pensé qu’il était possible de changer les règles de fonctionnement de l’Union européenne, et donc que l’Europe pouvait être autre chose que ce pour quoi elle a été faite. Cette illusion stratégique est commune à toute une partie de la gauche, le PCF, le Parti de gauche, ou encore ATTAC. Ils militent comme il y a quelques années le PS pour une Europe sociale. Tant qu’ils sont sur cette ligne l’oligarchie ne risque rien. En effet l’émiettement des positions politiques, la force des traités européens, empêchera toujours l’unanimité de se faire pour aller dans le sens de plus de justice et d’égalité. 

    Cette erreur stratégique devient une erreur tactique quand on comprend que Tsipras n’a pas envisagé une sortie directe de l’euro et de l’Europe. Il a été en quelque sorte surpris par la résistance de l’Eurogroupe quelles que soient les concessions qu’il présentait. Il n’a commencé à envisager le contrôle des capitaux que contraint et forcé, après que des milliards d’euros aient quitté les banques et le pays. Lapavitsas avait condamné dès le début cette position de Tsipras de ne pas envisager le Grexit comme une solution positive à l’ensemble des problèmes de la Grèce. Et c’est parce que Tsipras ont toujours voulu jouer dans le camp de l’euro – sans qu’on sache très bien pourquoi – qu’ils sont devenus vulnérables au chantage de l’Europe, quelles que soient les concessions qu’ils ont présentées, et ils en ont fait beaucoup. 

     Le sens d’un référendum 

    Le solde négatif de Target2 représente le cumul des sorties de capitaux  

    Tsipras comme beaucoup à gauche n’arrive pas à comprendre qu’en restant dans l’euro il perd toute initiative politique, que celle-ci se dilue dans les méandres du pouvoir bureaucratique de Bruxelles. Il est pourtant assez facile de comprendre que s’il y a eu une vie avant l’euro, et si l’euro a entraîné le désastre qu’on sait pour les Grecs, il n’y a aucune raison de ne pas en sortir, et qu’il est stupide de présenter la sortie comme une catastrophe, quand c’est bien l’entrée qui l’a provoquée. En restant dans l’euro, un pays se prive du « droit de disposer de lui-même » et renforce le caractère anti-démocratique de l’Union européenne. 

    Le monde dans un article stupide dont il prend la mauvaise habitude analyse justement le fait que la crise a défait tous les gains que la Grèce avait obtenus en intégrant la zone euro.  Cette vérité des chiffres amène évidemment beaucoup de questions : comment se fait-il que la zone euro n’ait pas été assez robuste aussi bien pour se protéger de la crise de 2008 que pour redonner une place à la Grèce ? Comment se fait-il que les PIB de la zone euro divergent depuis l’entrée en vigueur de la monnaie unique, alors que son but était soi-disant de provoquer une convergence ? Une quinzaine d’années a été perdue. Tout s’est passé comme si dans un premier temps l’Union européenne avait acheté l’entrée de la Grèce dans la zone euro à coups de subventions et d’aides diverses, ce qui a donné l’illusion de la richesse à certains, et que maintenant, finit de rire, elle allait se payer sur la bête. C’est cette stratégie en deux temps qui permet l’élargissement rapide de l’Union européenne et de l’eurozone, et qui ensuite, à cause de la grande diversité des pays additionnés à cette logique, bloque tout processus d’approfondissement dans le sens d’une Europe sociale. 

    Le sens d’un référendum 

    L’issue du vote  

    Malgré les rumeurs malveillantes et les pressions de toutes sortes que subit le peuple grec, la propagande des médias aux autres, la propagande de Bruxelles, la pression des chefs d’entreprise sur leurs propres salariés, je pense que le « non » l’emportera. La grande question est de savoir ce que fera Tsipras de cette victoire. En effet il y a deux issues : soit Tsipras continue les interminables négociations avec l’Eurogroupe en vue d’un accord, arguant du fait que le peuple le soutien, soit l’’Eurogroupe le met dehors de l’euro. La seconde option serait une bénédiction pour Syriza et son leader. Mais même si celle-ci a les faveurs de Schaüble, il n’est pas certain qu’elle fasse l’affaire des européistes.

     

    Il ne semble pas que Tsipras ait pris pleinement conscience que tout accord avec l’Eurogroupe quelles que soient les apparences, sera une défaite pour la Grèce, et au-delà pour l’Europe dans son entier. Cela entérinerait le coup de force financier de la troïka renaissante, et encouragerait le fascisme européiste à aller encore plus loin. Les équivoques de Tsipras apparaissent comme une perte de temps. Cependant il y a un gain sur le plan pédagogique : la crise grecque a fait la démonstration : 

    - que l’Union européenne n’est pas un espace démocratique ; 

    - que la zone euro fonctionne très mal et seulement au profit de l’Allemagne ; 

    - que la dissolution de l’euro mais aussi de l’Union européenne est la seule voie possible pour retrouver les chemins de la démocratie. 

    Il conviendra, comme le dit Jacques Sapir, également de se souvenir si en Espagne en Italie ou en France émerge une nouvelle force politique hostile à l’austérité, qu’il ne sert à rien de négocier avec l’Eurogroupe. 

    Liens  

    http://russeurope.hypotheses.org/4043 

    http://www.greekcrisis.fr/2015/07/Fr0441.html#deb 

    http://www.monde-diplomatique.fr/2015/07/LAPAVITSAS/53222 

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/07/03/la-grece-est-retombee-a-son-niveau-de-vie-d-avant-l-euro_4669050_3234.html

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  • Commentaires

    1
    maryse
    Samedi 4 Juillet 2015 à 09:27
    '' Certes ce n’est pas une dictature qui s’avance à visage découvert avec des policiers, des milices et des lois qui nous empêcheraient de penser et de nous exprimer. ''
    faux : elle réprime le peuple à coups de la crypto , elle tue ( ex sivens) entre autre , elle lâche ses forces de l'ordre sur le peuple ...
    revoir les manifs en Grèce !
    2
    Samedi 4 Juillet 2015 à 10:01

    En fait ce n'est pas l'Europe qui réprime les manifestation, elle laisse aux Etats locaux le soin de faire le sale boulot. Il est possible que le prochain stade ce soit une police européenne qui réprime directement les manifestations, certains signes vont déjà en ce sens. Mais nous sommes d'accord sur le fond, l'UE est un organisme autoritaire et anti-démocratique qui propoage une certaine forme de terreur.

    3
    Peter
    Dimanche 5 Juillet 2015 à 05:30

    Quel aveuglement ! 

    Les Slovènes ont des revenus trois fois plus faibles que les Grecs car ils ne produisent que peu de richesses. Et ils ont aidé les Grecs en participant aux prêts que leur a fait la zone euro. Ils demandent raisonnablement que les Grecs les remboursent. Faudrait-il qu'ils renoncent ? Ils ont juste aidé des parasites.

     La France doit de l'argent parce que ses politiques et son administration coûtent deux fois plus cher, par habitant, qu'en Allemagne, cela pour préserver les privilèges d'une caste qui opprime et exploite le peuple ; demander de mettre fin à cela est une simple aspiration à s'émanciper., à se libérer.

    Toi, tu soutiens les exploiteurs en disant que tu t'indignes contre le libéralisme. Tu te comportes juste comme un salaud de collaborateur d'authentiques réactionnaires maquillés  en ultra gauchistes.

    4
    Dimanche 5 Juillet 2015 à 05:48

    Peter mon vieux tu réfléchis et calcules comme un petit boutiquier. Mais tu défends l'allemagne comme si tu était un citoyen de ce pays. On naît où on peut, je ne t'en veux pas pour ça. Ceci dit ce n'est pas une raison pour écrire des contrevérités. Comment peux tu écrire que l'administration en allemagne coûte deux fois moins cher qu'en France ? Même dans les journaux de droite ils n'osent pas écrire de telles choses. 

    L'économie te semble être une chose compliquée, tu n'as pas compris que l'argent que la Grèce doit n'a pas été prêté aux Grecs eux-mêmes, mais à leurs banques car sinon ce sont les banques européennes qui s'effondrent. 

    Tu suis assez mal l'actualité. Je ne suis pas le seul à présenter l'autoritarisme de l'UE comme une forme de fascisme larvé sous la direction de l'allemagne. L'expulsion de Varoufakis de l'Eurogroupe, le refus de tout compromis du côté des créanciers, montre que la démocratie est le cadet des soucis des eurocrates. Et cela finira par emporter cette entreprise débile qu'on appelle l'Union européenne et qui n’attise finalement que les vieilles haines. Grâce à l'europe on a revu ce qu'on croyait disparu, le retour de la haine de l'allemand. Parle des allemands aux Grecs tu vas comprendre.

    5
    José
    Dimanche 5 Juillet 2015 à 07:23

     "Tsipras comme beaucoup à gauche n’arrive pas à comprendre qu’en restant dans l’euro il perd toute initiative politique, que celle-ci se dilue dans les méandres du pouvoir bureaucratique de Bruxelles."


    Ce constat est pertinent. L'oligarchie financière en imposant la gouvernance européenne par les normes et les traités a indéniablement réussit à mettre fin à la Démocratie, car dans un régime politique démocratique, ce qu'une loi fait, une autre peut le défaire, ce qui n'est plus possible en Europe.


    C'est là aussi un constat, sauf que très peu d'individus Grecques, Français, Espagnols, Italiens, Portugais ... ont compris. Et l'erreur de Tsipras que dénonce René est me semble-t-il plus liée à la faible majorité de Siriza dans la population Grecque hostile à la sortie de la Grèce de l'Euro, qu'à son manque de volonté de sortir de l'eurozone et même de l'Europe.

    6
    Dimanche 5 Juillet 2015 à 09:25

    ce n'est pas certain. d'abord parce que les sondages sur les Grecs et l'euro ne sont pas très stables. en décembre 2014 on dit même que plus de la moitié des Grecs voulaient bien abandonner l'euro. Syriza est très divisé sur cette question. On peut comprendre les hésitations de Tsipras, par contre le fait qu'il n'ait pas envisagé l'option de sortir de lui-même de l'euro me semble un aveu de faiblesse dont ont profité les eurocrates. Il n'aurait pas du se laisser piéger à des négociations aussi longues qu'inutiles qui, si elles ont montré combien l'eurogroupe était une organisation fasciste, ont montré aussi sa force en usant Tsipras.

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