• Le scandale des œufs contaminés au friponil

    Les scandales dans l’agriculture européenne et industrielle se suivent et se ressemble, aujourd’hui c’est l’œuf, hier c’était le bœuf, une autre fois le veau ou le cochon, mais c’est aussi les fruits et légumes produits en Espagne à grands coups de produits chimiques. C’est donc un système particulier qui est à l’origine de ces déconvenues, ce n’est pas un hasard. Eté le scandale des œufs contaminés au friponil sera sûrement suivi par d’autres. 

    Le scandale des œufs contaminés au friponil

     

    C’est un scandale emblématique des dérives de l’industrie agro-alimentaire, et aussi de l’Union européenne. Ce n’est pas le premier, et ce ne sera pas le dernier. Le friponil est une molécule – un produit chimique donc – qui est destiné à éradiquer le pou rouge. Evidemment cela est d’autant plus important que les poules sont encagées et nombreuses puisque cela veut dire que l’épidémie va rapidement se transmettre. Seulement le friponil est considéré comme toxique et strictement interdit en Europe[1]. On vient maintenant de trouver des lots d’œufs néerlandais livrés en France qui portent des traces de friponil[2]. On se prépare à un abattage de millions de poules pondeuses de partout en Europe. C’est un peu le même gaspillage qu’en ce qui concerne la grippe aviaire.

    En vérité cette question est purement politique. Pourquoi la France aurait-elle besoin d’importer des œufs allemands ou néerlandais ? Ça n’a pas de sens dans la mesure où dans n’importe quel pays on peut produire des œufs facilement et en quantités suffisantes. Si on exporte des quantités d’œufs néerlandais ou allemands chez nous, c’est d’abord parce que l’Europe a encouragé la production d’œufs issus des fermes industrielles. Il est facile de comprendre que la production industrielle d’œufs est faite d’abord pour la grande distribution et pour l’industrie agro-alimentaire qui va s’en servir pour ses fabrications douteuses. En grande surface une boîte d’œufs d’une douzaine peut coûter 2€, soit 16 cts l’unité. Ce prix comprend l’achat au producteur, le transport et évidemment la marge des distributeurs. Il est probable que le producteur doive sortir son œuf à 8 cts ou moins pour être compétitif. Il est donc impératif qu’il emprisonne des millions de poules dans des espaces confinés pour abaisser ses coûts. 

    Le scandale des œufs contaminés au friponil 

    Les quantités d’œufs produites deviennent alors extravagantes été il faut les déverser sur le marché. Mais cet œuf industriel – non bio évidemment, bien que les œufs bio industriel soient aussi soumis aux mêmes lois du marché – va ensuite naviguer : il va faire des kilomètres, être réfrigéré pour ne pas trop se dégrader, et ensuite va être mis en vente dans les rayons. On comprend bien que ce système qui ne cloisonne pas les marchés accroît les risques sanitaires, et contribue à la dégradation de l’alimentation. Mais en outre, il est destructeur d’un système plus juste et plus humain. Par exemple je paie mes œufs bio en les achetant directement au producteur que je connais et qui élève ses poules en plein air et qui ne les mange même pas, 2€ la boîte de 6. Je paie donc mon œuf 33 cts, soit deux fois le prix de l’œuf de grande surface et je ne donne rien au distributeur. Mais mon producteur n’a pas des milliers de poules, et il ne les enferme pas. C’est un vrai paysan et non un entrepreneur en produits agricoles. 

    Le scandale des œufs contaminés au friponil 

    Cet exemple des œufs, est emblématique des conséquences du libre-échange en matière agricole. Le libre-échange vise le profit et la concentration du capital. Il détruit donc les petites unités de production agricole. Sa contrepartie est évidemment la grande distribution sans qui il ne peut exister. Il y va évidemment de la santé des personnes, mais aussi de la dégradation de l’environnement. Il faut en effet accroître les capacités des réseaux routiers pour structurer les marchés, créer des routes et des autoroutes, des centres logistiques, tout ce qui détruit l’environnement. La logique de l’Union européenne voudrait qu’à terme les pays européens se spécialisent dans quelques segments : par exemple la Pologne produirait des pommes et des pommes de terre, l’Allemagne le cochon et le lait, la Hollande les œufs. Aucun pays ne serait alors autosuffisant et tous les pays de l’UE seraient dépendants les uns des autres. Et la France me direz-vous ? Et bien les paysans qui restent encore se reconvertiraient dans la domesticité pour accueillir des touristes en entretenant le paysage.

    Cette agriculture industrialisée qui a été volontairement mise en œuvre par l’Europe et la PAC présente au moins trois défauts :

    - elle dégrade l’environnement ;

    - elle produit des biens de qualité inférieure ;

    - elle détruit l’emploi.

    J’avais dit il y a quelques semaines que si en France on interdisait l’importation des produits agricoles qu’on peut produire sur notre sol, et qu’on impose des normes sanitaires en retournant vers une production respectueuse de l’environnement, alors on peut sans doute créer deux millions d’emplois dans ce secteur d’activité.

    Mais j’ajouterais un quatrième défaut : c’est que l’agriculture industrielle détruit la culture culinaire de la France qui n’a de sens en effet que si elle s’appuie sur les produits du terroir. 

    Un changement de modèle s’impose. Parmi les solutions, outre l’interdiction d’importer les produits que nous sommes capables de produire, on peut également envisager de fermer les grandes surfaces et de faire renaître les marchés de proximité. 

    Le scandale des œufs contaminés au friponil


     

     

     


    [1] http://www.lemonde.fr/entreprises/article/2017/08/07/des-lots-d-ufs-contamines-au-fipronil-ont-ete-livres-en-france-en-juillet_5169756_1656994.html

    [2] http://www.sudouest.fr/2017/08/07/scandale-des-oeufs-contamines-des-lots-livres-en-france-3677111-4696.php

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