• Le résultat des élections en Italie, l’Europe et les migrants

     Le résultat des élections en Italie, l’Europe et les migrants

    Les résultats ont été à peu près conformes aux sondages[1], sauf qu’évidemment les instituts avaient sous-estimé la poussée de la Lega et celle de M5S, partis anti-système si on veut. Le premier point, et le plus important, c’est que M5S et la coalition de droite farouchement antieuropéenne et anti immigrants dépasse les deux tiers des votes. C’est donc bien d’une faillite sans appel du modèle européiste, libéral et mondialiste, dont il faut parler avant de tenter de savoir si les Italiens sont redevenus fascistes ou pas. Si la question migratoire a joué un grand rôle dans les résultats du 4 mars, il ne faudrait pas croire que cela aurait été différent si l’Union européenne avait eu une politique cohérente sur le plan des migrations, au lieu de laisser patauger l’Italie dans la gestion. C’est en effet la trop grande quantité de migrants qui a fait basculer toute l’Italie, pays traditionnellement bienveillant en la matière, dans le rejet. Entre 2002 et 2016, le nombre d’immigrés en Italie est passé, officiellement de 1,3 millions à plus de 5 millions[2]. Et cela dans un pays où le taux de chômage est très élevé, plus de 11% officiellement au début de l’année 2018. Quand les défenseurs des migrants parlent de cette question, le plus souvent ils oublient de partir d’une situation matérielle concrète, même s’ils se revendiquent d’un certain marxisme. Ils n’arrivent pas à comprendre que l’immigration de masse transforme radicalement l’environnement dans lequel les populations ont grandi et vécu. Ils cachent l’indigence de leur pensée derrière des grands principes, il faut soulager la misère, venir en aide aux plus démunis. Ce discours larmoyant est aussi bien dans la lignée du Pape François, que dans celle du libéralisme planétaire qui suppose que l’homme est sans racine, qu’il est forcément mobile, que cela lui plaise ou non.  

    Le résultat des élections en Italie, l’Europe et les migrants

    Dans ce contexte les débris de la gauche italienne sont lourdement sanctionnés. La fausse gauche libérale de Renzi – une sorte de Macron transalpin, quoiqu’un peu moins bouffon et antipathique – tombe en dessous des 20%, son score est divisé par deux para rapport aux élections antérieures. Il a démissionné dans la foulée. Liberi e Uguali qui représenterait une gauche plus généreuse sur le plan économique et social s’écroule à 3% ! Quant au parti +Europa, une sorte de conglomérat libéral et farouchement pro-européen, dont le programme ressemble à celui de Macron, il ne fait qu’un peu plus de 2% ! C’est ce conglomérat très bourgeois qui avait le soutien d’Emma Bonino, ancienne commissaire européenne, qui, à ce titre faisait la promotion de la politique migratoire de l’Europe au motif que nous manquerions de bras. Ce n’est pas peu dire que d’affirmer que les Italiens jadis une des nations les plus europhiles, sont aujourd’hui très près du divorce. A mon sens, si un référendum devait avoir lieu demain sur une sortie de l’Italie de l’Europe, le visa pour le départ l’emporterait au moins des deux tiers.  

    Le résultat des élections en Italie, l’Europe et les migrants

    Mais le camp des vaincus ne concerne pas que la gauche et les pro-européens : le grand perdant de ces élections c’est Berlusconi et Forza Italia. Ce parti, héritier lointain de la DC mafieuse, tombe à moins de 15% et se retrouve assez loin derrière la Lega et bien sûr M5S. cela l’empêche de revendiquer le poste de premier ministre, ce qui aurait été un moindre mal pour Bruxelles. Les deux vainqueurs sont donc d’abord Luigi Di Maio qui porte le M5S à près d’un tiers des votes, et ensuite Matteo Salvini qui a réussi un exploit en faisant de la Lega un parti national, implanté dans toute l’Italie, alors que son ancrage était jusqu’alors très localisé. Si M5S est le premier parti, ce résultat était attendu, même si sa progression est importante. Par contre la percée de la Lega dans le Sud est tout à fait inédite et remarquable. Il faut l’analyser par un refus très fort de l’Europe et des migrants. C’est en effet la Lega qui a le discours le plus clair sur ces deux questions. M5S et Forza Italia tergiversent, ne proposant que des aménagements assez légers. La carte suivante[3] montre que l’Italie reste assez coupée ne deux : au Nord, la coalition de droite, au Sud le parti anti-système M5S. La fausse gauche et la vraie sont laminées et ne survivent qu’un peu en Toscane et dans le Nord.  

    Le résultat des élections en Italie, l’Europe et les migrants

    La plupart des commentateurs, des deux côtés des Alpes, s’accordaient pour dire que de tels résultats rendraient forcément la formation d’un gouvernement très difficile. On peut toutefois rappeler que les résultats de 2013 n’avaient pas amené plus de stabilité. En vérité si on compare avec les élections antérieures, il y a des possibilités au contraire pour amener une majorité relativement stable. La première serait évidemment que M5S se rallie à la coalition de droite qui est arrivée en tête avec 37% des voix. Et par exemple on confierait le poste de président du conseil à Matteo Salvini dont le parti est en tête au sein de la coalition. Cette solution aurait l’avantage d’enterrer définitivement Silvio Berlusconi. Mais justement cette combinaison pourtant logique est assez improbable parce que Berlusconi et son parti sont littéralement haï par M5S.  Une autre combinaison pourrait être entre M5S et la Lega. On confierait alors le poste de premier ministre à Di Maio. Cette seconde combinaison est elle aussi un peu difficile : d’une part parce que la Lega est très proche des résidus des fascistes, et d’autre part parce que M5S a une position fluctuante sur l’Europe. On l’a vu ces derniers temps être plus conciliant avec Bruxelles, cherchant des aménagements plutôt qu’une rupture. Mais on voit que cette deuxième forme de combinaison pourrait – au nom de l’intérêt national – voir le jour, à condition que chacun mette de l’eau dans son vin. Soit que M5S soit plus nettement marqué comme un parti anti-européen, et que la Lega soit dans son discours un peu moins fascisant. Il va de soi que cette dernière combinaison est celle que craignent le plus l’Allemagne et les bureaucrates de Bruxelles.

    Mais il faut tenir compte qu’aujourd’hui ce ne sont pas seulement les partis dits populistes qui prônent la sortie de l’Italie de l’euro, ce sont aussi des économistes d’horizon très divers. Stiglitz pense que depuis longtemps cette sortie est inévitable parce qu’elle plombe la croissance et l’emploi dans la péninsule[4]. Mais maintenant le nouveau patron de l’IFO, le très conservateur think tank du patronat allemand, pense aussi la même chose parce que l’Italie est très endettée et que dans le contexte actuel elle ne peut faire face à sa dette : les pays du Nord ne voulant pas payer pour l’Italie[5]. Cette convergence de vue est surprenante, mais finalement logique.

    Néanmoins il est à prévoir que Macron – s’il compte encore un peu en Europe – et Merkel feront tout pour éviter cette sortie. Parce qu’avec la Brexit, une sortie de l’Italie, ajoutée aux menaces de la Pologne et d e la Finlande de rompre, sonnerait le glas de l’Union européenne qui peu à peu se réduirait à une sorte de zone mark. Ils feront tout, sauf qu’ils sont bien incapables d’engendrer des réformes satisfaisantes pour tous. Mais même si l’Italie ne sort pas tout de suite de l’euro, il est à parier que les réformes institutionnelles de l’euro voulues par Macron et Schultz, attendrons encore.

    Un dernier mot pour rigoler, Angela Merkel presse les Italiens de former rapidement un gouvernement. Les élections ont eu lieu en Allemagne en septembre 2017, et c’est seulement hier que le SPD a donné son feu vert à la formation d’une grande coalition avec la droite, soit plus de cinq mois après ! Pour dire que si l’Italie va certainement entrer dans une zone de turbulence, c’est le lot de presque tous les gouvernements aujourd’hui, sauf en France où les institutions protègent Macron de toute remise en question de son pouvoir exorbitant jusqu’en 2022.



    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/les-elections-legislatives-en-italie-du-4-mars-2018-a137476482

    [2] http://www.lefigaro.fr/international/2018/03/05/01003-20180305ARTFIG00235-en-vingt-ans-un-million-de-migrants-sont-arrives-sur-les-cotes-d-italie.php

    [3] J’emprunte cette carte à Jacques Sapir https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-seisme-politique-en-italie-par-jacques-sapir/

    [4] https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/l-italie-va-quitter-la-zone-euro-predit-joseph-stiglitz-605700.html

    [5] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/01/02/20002-20170102ARTFIG00013-le-president-de-l-ifo-evoque-la-sortie-de-l-italie-de-la-zone-euro.php

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