• Le référendum en Catalogne et après ?

     Le référendum en Catalogne et après ?

    Un premier ministre espagnol complètement discrédité 

    On a déjà dit ici que le référendum catalan allait être une source de problèmes d’une gravité exceptionnelle, aussi bien pour l’Espagne que pour l’Union européenne, mais le référendum a eu lieu[1]. Avec une participation de 43% et 90% de oui, le référendum catalan s’est finalement tenu malgré les violences policières et l’obstination du gouvernement de Madrid. Le gouvernement espagnol par la voix de son Premier ministre a affirmé que le référendum d’autodétermination n’avait pas eu lieu[2] ! Mariano Rajoy, premier ministre sans majorité véritable qui tient son pouvoir uniquement de la veulerie du PSOE, est considéré comme un homme politique fini. Non seulement il traîne des casseroles en grande quantité pour des malversations financières diverses et variées, mais en outre il a fait preuve d’une telle brutalité qu’on se serait cru revenu aux temps maudits de Franco-la-muerte !

    Plusieurs points doivent être soulignés. D’abord il est difficile de refuser à une région autonome qui possède de surcroît une langue, une culture propre et une histoire singulière de décider de son avenir. C’est ce qu’on appelle le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce droit est affirmé, à défaut d’être garanti, par l’article 1 du chapitre 1 de la Charte des Nations Unies[3]. Ce qui est vrai pour la Crimée, pour le Royaume Uni ou demain pour le Kurdistan ne peut être que vrai aussi pour la Catalogne. Je conçois que l’on défende l’idée d’une Espagne qui conserve la Catalogne, mais ce que je ne conçois pas c’est que l’on s’acharne à nier aux Catalans le droit à l’autodétermination. Personnellement n’étant ni Catalan, ni Espagnol, je n’ai pas d’avis tranché sur la question de savoir si la Catalogne doit être indépendante ou non. C’est le problème des Catalans. Evoquer des arguties juridiques pour dire que le référendum n’est pas légal parce qu’il n’est pas autorisé par le pouvoir central est ridicule. Il va en effet de soi que la partie la plus puissante refusera toujours de se laisser amputer d’une partie de son territoire, et donc niera cette volonté d’autonomie, et que l’indépendance d’une nation procède toujours d’un affrontement plus ou moins violent avec le pouvoir de tutelle.

    Eu égard à ces principes qu’on vient de rappeler, il est inconséquent comme le fait Le monde de renvoyer dos à dos Madrid et Barcelone[4]. Ce journal qui soutient régulièrement le droit des Palestiniens à avoir un Etat bien à eux, ou encore les Kurdes, et qui dans le temps s’est rangé contre l’Algérie française, semble considérer que les Catalans sont peu matures pour accéder à l’indépendance. Pourtant s’il y a un principe qui ne devrait plus être discuté depuis le début des années soixante, c’est bien celui de l’autodétermination des peuples. 

    Le référendum en Catalogne et après ?

    Mariano Rajoy a donc envoyé la police pour confisquer des urnes, bloquer des bureaux de vote, bref pour interdire au peuple de s’exprimer démocratiquement ! Dans un pays longtemps marqué par la dictature franquiste, cela rappelle forcément des souvenirs douloureux. Il est très difficile de dire si sans cette intervention brutale d’un autre temps le résultat du référendum eut été différent. La violence policière a empêché certainement de nombreux Catalans d’aller voter, mais d’un autre côté, elle les a radicalisés et beaucoup qui ne voulaient pas voter « oui » l’on finalement fait pour marquer leur désaccord avec le gouvernement et ses pratiques antidémocratiques. En tous les cas, en confisquant les urnes et les listes d’émargement, le gouvernement central a fortement abaissé la participation. Le premier ministre espagnol a justifié sa brutalité au nom du respect de la démocratie et « du vivre ensemble » selon les propres mots employés par le premier ministre espagnol ! Le journal El Pais, journal conservateur, considérait que le référendum était pratiquement monté de toutes pièces par… les Russes qui après avoir truqué les élections aux Etats-Unis et en France, auraient jeté leurs forces maléfiques dans le but de détruire l’Espagne [5] ! 

    L’avenir de la Catalogne et celui de l’Europe 

    Le référendum en Catalogne et après ?

    On entend ici et là des voix un peu fausses s’élever pour demander, comme vient de le faire l’hypocrite PSOE, que le dialogue reprenne entre Madrid et Barcelone. Même son de cloche du côté de la Commission européenne. Mais la communauté internationale est plutôt inquiète. Seul Macron, comme à son ordinaire, a osé prendre une position aussi ferme que stupide en annonçant à Tallin qu’il ne reconnaitrait pas la Catalogne indépendante, avançant que son seul interlocuteur était Rajoy. Il a bien fait de le dire vite, car il se pourrait bien que celui-ci ne reste pas très longtemps en fonction[6]. « J’ai un principe extrêmement simple, a-t-il dit, : entre Etats membres, nous n’avons pas de leçons à nous donner. Je ne connais qu’un interlocuteur à la table du Conseil européen, c’est Mariano Rajoy, je sais qu’il gère au mieux les affaires intérieures. J’ai confiance dans sa détermination à défendre les intérêts de toute l’Espagne. » Cela a sans doute fait rigoler les Espagnols et encore plus les Catalans. Mais on sait que Macron n’est pas très doué pour les relations diplomatiques, il ne se rend pas compte qu’en affichant ce type de position, il insulte l’avenir.

    Le référendum en Catalogne et après ? 

    Juncker après avoir dit qu’il reconnaitrait le résultat du référendum catalan, semble avoir fait machine arrière[7]. Cependant les positions ne sont pas claires. En effet, si l’Union européenne reconnait l’indépendance de la Catalogne, on ne sait pas si ce sera sous la forme d’une nouvelle nation, avec un Etat, ou d’une simple région. C’est important parce que le projet fédéraliste européiste – que Macron n’a manifestement pas eu le temps d’approfondir – est une fédération de régions et non de nations. C’est pour cette raison que beaucoup pensent que l’indépendance de la Catalogne accélérerait un projet d’Europe fédérale des régions et donc la destruction des nations[8]. Mais en vérité rien n’est sûr, région indépendante ou nation indépendante au cœur de l’Europe, on ne peut pas trancher d’une manière définitive. 

    Sorties de crise 

    L’attitude cynique de Mariano Rajoy, outre qu’elle risque de lui coûter son poste, a renforcé les indépendantistes catalans dans leur détermination. Si le bras de fer entre la Catalogne et le pouvoir madrilène persiste, cela pourrait avoir des conséquences sur l’économie espagnole, mais aussi sur l’Union européenne. Il existe plusieurs solutions de sortie de crise.

    1. Maintenir au pouvoir Rajoy et agir avec brutalité encore pour ramener l’ordre en Catalogne, avec par exemple une mise sous tutelle de l’administration catalane. Si cette option renforcerait manifestement la nation espagnole, elle laisserait en l’état les tensions entre les deux parties. En outre il est probable que le gouvernement espagnol serait désavoué par l’Union européenne, mais aussi par le PSOE qui tient entre ses mains le sort de Rajoy et qui appelle à une reprise du dialogue.

    Le référendum en Catalogne et après ?

     2. La reprise du dialogue signifierait que les deux parties tombent d’accord sur un compromis. Par exemple si le gouvernement de Madrid accorde une plus large autonomie à la Catalogne, en échange d’un maintien ferme de celle-ci dans la nation. Cette solution qui pourtant semble la plus logique puisqu’elle permettrait d’éviter un affrontement long et ruineux, pose deux problèmes. Le premier est celui d’un médiateur. Certains pensent à la Commission européenne qui jusqu’ici ne veut pas se mêler des affaires internes d’un pays membre. La France aurait pu jouer ce rôle si Macron n’avait pas fait, comme à son ordinaire, des déclarations intempestives en se rangeant du côté de Rajoy. La Catalogne est en effet l’interface entre la France et le reste de l’Espagne. Le second problème sera que les eux parties risquent de jouer la montre : les Catalans peuvent être tentés par le compromis qui renforcerait à terme leur velléité d’indépendance ; et Madrid peut penser sournoisement que le temps dissoudra avec quelque effort le tropisme indépendantiste.

    3. Les Catalans profitent de leur position favorable aujourd’hui face à la communauté internationale pour aller jusqu’au bout et revendiquer un Etat souverain de plein exercice. Cette position ne peut aboutir qu’à un affrontement direct avec Madrid. Les journaux catalans du lundi 2 octobre 2017 avançaient que c’est cette solution que choisirait au moins provisoirement Puigdemont et qu’il prononcerait l’indépendance de la Catalogne dans les jours qui viennent[9]. Si cela devait se faire, l’Union européenne serait en première ligne pour une crise majeure. Elle ne pourrait en effet jouer les Ponce Pilate et devrait prendre position, soit pour reconnaitre le résultat, mais alors ce serait considéré comme une offense par Madrid, soit donner raison à Madrid, mais dans ce cas-là ce serait entériner le fait que la bureaucratie européenne n’aime pas les référendums. Une solution intermédiaire pourrait être trouvée en demandant que le référendum ait lieu sur de nouvelles bases, et en faisant pression pour que Madrid en accepte le résultat.  

    Le référendum en Catalogne et après ?

    Il est facile de voir qu’aucune de ces solutions n’est satisfaisante. On peut dire sans grand risque de se tromper que la crise catalane ne fait que commencer. Plus généralement il faut réfléchir à ce phénomène qui voit les mouvements indépendantistes se développer un peu partout dans le monde. C’est à la fois la conséquence de la crise de 2008, et une remise en question de la mondialisation. Les Catalans au fond prennent le contre-pied de l’idéologie européiste qui nous demande de croire que plus nous sommes nombreux dans un grand ensemble plus ou moins flou, et plus nous sommes heureux.

     

     


    [1] http://in-girum-imus.blogg.org/l-europe-et-l-independance-de-la-catalogne-a131714346

    [2] http://www.liberation.fr/planete/2017/10/01/catalogne-844-personnes-ont-sollicite-une-assistance-medicale_1600074

    [3] http://www.un.org/fr/sections/un-charter/chapter-i/index.html

    [4] http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/10/02/l-espagne-et-la-catalogne-plongent-dans-l-inconnu_5194775_3214.html

    [5] https://politica.elpais.com/politica/2017/10/01/actualidad/1506885911_363023.html

    [6] http://www.lemonde.fr/international/article/2017/09/29/l-europe-tendue-avant-le-vote-en-catalogne_5193812_3210.html

    [7] https://www.euractiv.fr/section/politique/news/catalonian-independence-juncker-ventures-into-unchartered-waters/

    [8] http://www.liberation.fr/debats/2017/09/26/l-avenir-de-l-europe-se-joue-bien-en-catalogne_1599099

    [9] http://www.elperiodico.cat/ca/politica/20171001/puigdemont-anuncia-el-cami-cap-a-la-independencia-6324898

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