• Le recul programmé de l’espérance de vie

     Le recul programmé de l’espérance de vie

    L’espérance de vie est un critère important pour juger du développement. Généralement il est intégré dans l’IDH (Indicateur de Développement Humain) à côté des critères monétaires comme le PIB par tête pour tenter d’évaluer l’efficacité d’un système économique et social. Et donc on nous expliquait, il n’y a pas si longtemps encore, que le capitalisme est bien une réussite en soi et pour soi puisque l’espérance de vie avait augmenté d’une manière continue. Il y a plusieurs façons de mesurer l’espérance de vie, tirer une moyenne de l’âge des décès – c’est ce qu’on appelle l’espérance de vie à la naissance – calculer l’espérance de vie en bonne santé : par exemple combien d’années en moyenne on peut espérer vivre encore en bonne santé, sans une assistance médicale importante. On aurait pu évidemment rétorquer que ce n’est pas le tout de vivre longtemps, encore faut-il vivre bien. Or on va voir justement que beaucoup meurent aussi d’ennui. 

    Le recul programmé de l’espérance de vie 

    Mais revenons sur les idées reçues en la matière. En vérité il n’est pas très opportun de considérer que le capitalisme est bien un facteur d’allongement de l’espérance de vie, notamment parce que non seulement l’espérance de vie a augmenté après-guerre en Russie, dans un régime socialiste, mais elle a chuté radicalement dans ce même pays quand les docteurs Diafoirus de l’économie de marché ont entrepris une conversion radicale de l’économie soviétique aux canons américains en vigueur. Si l’allongement de l’espérance de vie est un progrès matériel mesurable, il n’est pas certain qu’il s’avance avec la marchandisation du monde.

    Le recul programmé de l’espérance de vie 

    Si dans ces dernières décennies l’espérance de vie a bien augmenté de partout dans le monde, dans les pays riches comme dans les pays pauvres, il semble que cette tendance soit maintenant en train de s’inverser, au moins dans les pays riches, mais il est probable que les pays pauvres suivront à moyen terme. Plusieurs articles ont commencé à pointer ce revirement spectaculaire, notamment dans Le monde[1]. Plusieurs facteurs expliquent cette transformation :

    – la surconsommation de drogues qui fait que celle-ci est devenue la troisième cause de mortalité derrière les maladies cardio-vasculaires et les cancers[2]. Il ne s’agit pas d’un accident, ou d’un mal qui toucherait les plus désespérés, mais bien d’une nouvelle orientation de la consommation, comme jadis on a eu le tournant du fast food.

    – la dégradation continue de l’alimentation où la quantité a remplacé clairement la quantité. L’obésité est identifiée comme un critère de surmortalité, et cette obésité est liée aussi bien à la surconsommation de produits issus de l’industrie agro-alimentaire, qu’à une alimentation compulsive défendue comme un principe d’existence, soit un surgeon de la société de consommation. Les chiffres qui circulent à ce propos font froid dans le dos, on parle de 400 000 morts par an aux Etats-Unis[3]. Les études de l’OMS montrent que ce mal se répand maintenant de partout dans le monde et touche des dizaines de millions de personnes[4]. Si le tabac et la pollution de l’air font des ravages, la malbouffe en engendre encore bien plus et semble devenir la première cause de mortalité, ce qui affecte évidemment les possibilités d’allongement de l’espérance de vie.

    – enfin comme nous savons, les différences d’espérance de vie sont aussi reliées à la classe sociale[5]. Les ouvriers vivent moins vieux que les cadres. Là encore les raisons sont multiples, non seulement les ouvriers font un métier physiquement plus difficile que les cadres, mais en outre leurs revenus étant plus faibles, ils dépensent bien moins pour leur couverture sociale. On voit donc que la dégradation du système de protection sociale de partout dans le monde sera aussi un des facteurs importants d’inversion de la courbe d’augmentation de l’espérance de vie au moins dans les pays riches. Les plus pauvres ont également accès à une alimentation de plus mauvaise qualité ce qui fait que les deux derniers critères se recoupent pour partie.

     Le recul programmé de l’espérance de vie 

    Cette inversion de la tendance à l’allongement de l’espérance de vie montre une dégradation continue non seulement du système écologique, mais aussi du système économique qui n’est plus capable du moindre progrès visible.



    [1] https://www.lemonde.fr/demographie/article/2018/08/16/les-etats-unis-l-homme-malade-des-pays-du-nord_5342838_1652705.html et aussi https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/05/31/le-recul-de-l-esperance-de-vie-une-nouvelle-tragedie-americaine_5307558_3234.html

    [2] https://www.lemonde.fr/addictions/article/2018/08/16/etats-unis-72-000-personnes-mortes-d-une-overdose-en-2017-un-record_5343199_1655173.html

    [3] https://www.tdg.ch/vivre/malbouffe-tue-400-000-personnes-an/story/11921306

    [4] https://www.mieux-vivre-autrement.com/la-malbouffe-tue-plus-que-le-tabac.html

    [5] https://www.insee.fr/fr/statistiques/1280972

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