• Le rapport de l'OCDE sur la croissance

     

    L'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique) est une organisation internationale qui siège à Paris et qui emploie des économistes pour produire des rapports et émettre des recommandations. C'est une organisation plutôt réactionnaire et qui défend un capitalisme plutôt sauvage. Elle vient de faire paraître un rapport qui fait grand bruit parce qu'elle affirme que la croissance est de retour, elle annonce donc en filigrane la fin de la récession engagée depuis 2008. Elle semblerait donc donner raison à François Hollande qui considérait que le plus dur était fait et que, la croissance revenant, la courbe du chômage allait s'inverser. Mais il y a beaucoup de manières de lire ce rapport.

    Tout d'abord on constate que parmi les pays développés, ce sont les Etats-Unis, le Royaume Uni et le Japon qui ont les taux de croissance les plus élevés, respectivement 1,7%, 2% et 1,5% en 2013. On remarque assez facilement que ces pays ne sont pas dans la zone euro. Et là les choses sont nettement moins encourageantes. L'OCDE signale que la zone euro est sortie de la récession, et qu'en 2013 elle devrait avoir une croissance de 0,4%. Les écarts avec les autres pays riches perdurent et s'accroissent ce qui signifie la persistance d'un chômage de masse pour longtemps.

     

    C'est d'autant plus préoccupant que tous les pays à l'intérieur de la zone ne sont pas logés à la même enseigne. La vertueuse Allemagne aurait une croissance en 2013 de 0,7%, la France de 0,3% mais les autres pays comme l'Italie (-1,8%) connaitraient encore un recul ou une stagnation. Ce qui veut dire que c'est insuffisant pour faire reculer significativement le chômage en Europe et encore moins pour assurer la progression du pouvoir d'achat après des années de recul.

    Tout cela reste de l'analyse statistique basique, ce qui me semble le plus important dans le rapport de l'OCDE ce sont les commentaires. En effet les pays riches qui ont une croissance forte sont avant tout les pays qui ne se préoccupent pas d'orthodoxie monétaire comme dans la zone euro. Ils jouent avec leur monnaie à la fois pour rétablir leur balance commerciale, et pour relancer leur demande intérieure. A cet égard on soulignera ici la réussite de la politique de "laxisme" monétaire de l'économie japonaise porte aujourd'hui ses fruits. L'OCDE en conclut que les économies avancées doivent continuer à soutenir la demande ce qui veut dire en clair qu'ils ne doivent pas faire de la réduction de la dette publique et de la lutte contre l'inflation leur priorité. Après la critique à peine voilée du FMI, c'est une nouvelle attaque contre la politique de la Commission européenne cornaquée comme on le sait par l'Allemagne qui a fait du rétablissement des équilibres budgétaires le préalable au retour de la croissance dans la zone euro.

    On commence donc à comprendre que la position de la Commission européenne va être rapidement intenable. En effet il faudra bien qu'elle trouve une réponse aux politiques de quantitative easing (en clair les politiques de dévaluation adoptées par ses partenaires) au moment où son économie est en voie d'effondrement et que le peu de croissance qu'elle a encore provient essentiellement de la Chine et des Etats-Unis. Mais il est difficile dans le contexte des institutions européennes de voir la BCE changer de politique dans la mesure où celle-ci est la base sur laquelle est construite la monnaie unique. Il est donc très probable que dans les mois qui viennent de nouvelles tensions apparaissent à propos de l'euro et de sa possible dissolution.

    Cependant, à l'image du FMI, l'OCDE n'est pas plus cohérente parce qu'elle demande en même temps une politique de relance de la demande et la poursuite des réformes structurelles qui démolissent à la fois les services publics et le droit du travail. Or il est bien évident qu'on ne peut pas en même temps avoir la "déflation salariale" et "la dévaluation monétaire".

    L'autre point intéressant est que l'OCDE souligne que dans les années à venir (voir graphique ci-dessus) les pays émergent vont continuer à avoir une croissance beaucoup plus forte - et de loin - que les pays membres de l'OCDE. Pour ceux qui font de la croissance économique un dogme et un impératif, cela signifie clairement que les politiques économiques suivies dans les pays riches - ces politiques qui ont permis aux très riches de devenir encore plus riches - sont un échec total et que maintenant cela se voit encore plus qu'auparavant.

    « Anonyme, Debord, etc., Editions 13 bis, 2013Jean-Claude Michéa, Les mystères de la gauche, Climats, 2013 »
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  • Commentaires

    1
    Peretz
    Lundi 16 Septembre 2013 à 14:54
    OCDE
    Que ces choses là sont bien dites. Toutefois il m'aurait semblé intéressant de montrer d'où vient l'erreur. Pas seulement de l'euro, mais d'une part de l'ouverture des frontières, et d'autre part de la lutte contre l'inflation à partir des années 75-80. C'est de la pure mécanique tirée des systèmes(d'information)L'OCDE prend ses désirs pour la réalité.Il faudrait revenir au heynesianisme.
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