• Le programme de Macron existe, nous l’avons rencontré

     Le programme de Macron existe, nous l’avons rencontré

    Emmanuel Macron est souvent attaqué à droite comme à gauche. D’abord parce que le soutien éhonté de la presse mainstream agace, et plus encore depuis qu’elle semble avoir fait l’impasse sur l’autre candidat du système, François Fillon. La manière dont ses meetings sont mis en scène[1] énerve aussi pas mal l’opinion, avec des moments carrément hystériques. Je ne dirais rien non plus sur les moqueries dont il fait l’objet sur la toile à propos de son mariage improbable et de ses orientations sexuelles. Non plus que je ne parlerais de ses problèmes avec le fisc et les dissimulations probables qu’il a faites de son patrimoine[2]. Laissons là pour l’instant ces salades qui le rattraperons… ou pas.

    Mais Macron est également critiqué sur le flou de son programme. Beaucoup soutiennent qu’il n’en a pas. Rien n’est plus faux. Il a un programme sur le plan économique et social, mais comme par hasard, il est très proche de celui de Fillon, sinon dans la lettre, mais surtout dans le fond. Et c’est finalement normal, puisque comme nous l’avons indiqué, Fillon et Macron sont tous les deux coachés par l’Institut Montaigne[3]. Dans les jours qui viennent il va présenter un programme « chiffré » dit-il qui est en train d’être rédigé par Jean-Pisani-Ferry qui travaille depuis de longues années pour Bruxelles.

    J’ai donc lu Révolution de Macron. J’ai mis en réalité deux mois pour ce faire. Ce qui est étonnant pour un petit ouvrage imprimé en gros caractères. J’ai bien du courage et on peut me féliciter pour cela.  

     

    Le style c’est l’homme !

     

    Le début de son livre, c’est l’histoire évidemment très édulcoré de son parcours méritant et rectiligne. Ce chapitre nous laisse entendre que malgré son très jeune âge il a bien compris la vie au XXIème siècle. Il présente dans la foulée son mariage avec Brigitte Trogneux comme une histoire d’amour qui doit fait rêver dans les chaumières.

     

    C’est à ce moment-là que je rencontrai Henry Hermand qui allait beaucoup compter pour moi, et qui vient de nous quitter. Dès le début, notre relation fut à la fois une filiation amicale et la passion commune pour l’engagement politique. Cet homme exceptionnel avait non seulement été un entrepreneur à succès, mais aussi un compagnon de route du progressisme français durant des décennies. C’est lui qui me présenta Michel Rocard.

     

    Il suppose donc que nous sommes assez bêtes pour croire que la référence à la deuxième gauche est un gage de sérieux. Hermand n’étant plus là on ne saura pas si c’est vrai ce qu’il nous raconte. Hermand était en effet un milliardaire qui soutenait « la gauche progressiste », étant entendu que la gauche progressiste est la droite avec un faux nez, la droite honteuse, si on veut[4]. Au passage Macron ne nous dit rien du rôle qu’il a joué dans la commission Attali du temps du pauvre Sarkozy qui semble être voué à un oubli rapide. Mais dès le début de ce récit, ce qui frappe c’est qu’il critique Hollande d’une manière indirecte autant que sournoise :

     

    Je n’ai pas dissimulé ces désaccords. Quant à mon action de ministre, elle était entravée par l’effet cumulé des erreurs d’analyse, des incompétences techniques et des arrière-pensées personnelles.

     

    Pourtant dans la suite du livre, il va nous dire que tout ce qu’a fait Hollande c’est excellent, que ce soit le CICE ou la loi El Khomri dont on sait qu’il voulait la présenter lui-même devant l’Assemblée nationale. Cela est très ennuyeux car quand on lit cet ouvrage, on se dit que finalement Hollande aurait pu l’écrire pour justifier de l’excellence de son bilan.

    En vérité Macron va se revendiquer de l’héritage de tous les présidents du passé, le général De Gaulle, Valéry Giscard d‘Estaing, et Mitterrand ! Il pousse même la cuistrerie à se revendiquer de Pierre Mendès-France et aussi du CNR qui permit de mettre en place avec l’aval du général De Gaulle les lois sociales et la Sécurité sociale. Voici ce qu’il écrit :

     

    Le général de Gaulle, comme Pierre Mendès-France, ont exprimé mieux que quiconque que la politique devait se confronter au réel. Je m’inscris dans cette parenté-là.

    Les grandes politiques du passé, celles qui ont été utiles à notre pays, ont toujours été inspirées par cet esprit-là. Le général de Gaulle avait, plus qu’aucun autre, le sentiment de la grandeur de la France. Il a délibérément renoncé pourtant à l’Empire français, dont il avait appris enfant qu’il était inséparable de cette grandeur même, parce qu’il avait compris que l’avenir du pays se jouait sur le continent européen. Nul plus que Pierre Mendès-France n’avait le sens de la justice. Il s’est pourtant fait en 1945, et contre le Général lui-même, l’apôtre de la rigueur budgétaire, parce qu’il voyait, au-delà des apparences, quels malheurs sociaux le laxisme peut causer.

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    Or comme l’histoire est un domaine qui semble échapper à l’intelligence macronienne, c’est là un point décisif. En effet, Pierre Mendès-France démissionna du gouvernement du général De Gaulle exactement sur la question de l’austérité, arguant qu’avant de faire les lois sociales il fallait revenir à l’équilibre budgétaire et rembourser la dette publique qui s’élevait à 239% du PIB à la sortie de la guerre[5]. Et si PMF démissionna, c’est parce qu’il croyait que De Gaulle se planterait et qu’il pourrait en récolter les fruits. Or c’est l’inverse qui s’est passé. La croissance fut relancée, le partage de la valeur fut de nouveau en faveur des travailleurs, contrairement aux gémissements du patronat. La dette fut quasiment épongée en 5 ans, avec de l’inflation bien entendu. Mais plus loin dans son ouvrage Macron va faire l’éloge du modèle austéritaire à la manière allemande, tout en gémissant sur le malheur des Grecs. On voit qu’à vouloir se situer à tout prix à droite comme à gauche, à se référer au gaullisme aussi bien qu’à Mitterrand, il se retrouve nulle part. Ou plutôt il ne peut se retrouver que du côté de ses employeurs, du côté des banques.

     

    La mondialisation heureuse

     

    Dans le temps Alain Minc, sinistre bourricot qui s’est toujours trompé sur tout, s’était illustré et fait moquer pour avoir commis un pensum intitulé La mondialisation heureuse[6]. On ne s’étonnera pas de voir que Minc, toujours à la recherche d’une sinécure, a rejoint les soutiens de Macron[7]. Tout le long de son ouvrage Macron présente la mondialisation comme un état de fait auquel il faut nécessairement s’adapter. La mondialisation n’est pas pour Macron le résultat d’un processus humain, d’un ensemble de nouvelles règles imposées par une oligarchie qui défend des intérêts singuliers, mais c’est une sorte d’état de nature à laquelle il faut bien nous adapter comme nous mettons un manteau en hiver, et comme nous ouvrons un parapluie quand il pleut. Macron a soi-disant fait des études de philosophie[8] au détour d’une page nous sort une formule belle, décisive et définitive !

     

    Nous sommes plongés dans le monde. Qu’on le veuille ou non.

     

    Et bien sur ce point nous ne lui donnerons pas tort n’est-ce pas ! Cependant justement le rôle de la politique est non pas de s’adapter au « monde » confondu ici avec la « mondialisation », mais d’adapter le monde aux besoins de la société. Cependant le discours de Macron se veut plus malin que celui de Minc qui nous annonçait tranquillement les lendemains qui chantent. Donc on va trouver chez Macron des idées contradictoires que sans doute il  croit compatibles avec la droite et avec la gauche. Ainsi, d’un côté il va nous dire que :

     

    Ce serait mentir que de prétendre que nous pourrions sortir de cette mondialisation pour vivre mieux. C’est un mensonge coupable car cette sortie ferait sans doute plus de victimes encore.

     

    Sans le démontrer bien sûr – comment le pourrait-il – mais de l’autre il nous affirme que :

     

    Nous sommes en train de vivre un stade final du capitalisme mondial qui, par ses excès, manifeste son incapacité à durer véritablement. Les excès de la financiarisation, les inégalités, la destruction environnementale, l’augmentation inexorable de la population mondiale, les migrations géopolitiques et environnementales croissantes, la transformation numérique : ce sont là les éléments d’un grand bouleversement qui nous impose de réagir.

     

    Au bout du compte et si on comprend bien, la mondialisation ne sera pas heureuse « naturellement », mais que si on suit l’avis de l’expert autoproclamé Macron et qu’on l’élit à la tête de l’Etat. On ne sera donc pas étonné que tout ce qui compte à Paris d’européistes cosmopolites se retrouve derrière sa candidature. Parmi les autres soutiens de Macron, on trouve aussi Cohn-Bendit – anciennement dit Dany-le-rouge – Bernard Tapie, un homme qui s’y connait, et également Bernard Kouchner. Quel amalgame !

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    La jeunesse avec Macron 

    Programme

     

    Le cœur du programme de Macron est exactement le même que celui d’Hollande. Et pour cause ! C’est lui qui a conduit la malheureuse politique économique de Hollande dont les résultats désastreux l’ont obligé à renoncer à se présenter. Et parmi les mesures qui ont été mises en place sous le patronage de Macron, il y a le CICE. Et il s’en flatte :

     

    Pour investir dans l’innovation, les entreprises ont besoin de reconstituer leurs marges et donc de réduire le coût du travail, de l’énergie et du capital. À cet égard, le quinquennat actuel aura marqué un tournant, en particulier sur le coût du travail. Le « crédit d’impôt compétitivité emploi » (CICE) et le « pacte de responsabilité et de solidarité » auront redonné des marges de manœuvre aux entreprises et stoppé l’hémorragie de l’emploi.

     

    On peut faire deux remarques :

    1. la première est que le coût du travail n’est qu’un élément très faible de la compétitivité. Il n’existe aucune étude sérieuse qui démontrerait que la baisse du coût du travail engendrerait une hausse de la compétitivité. Tout dépend évidemment de la montée en gamme des productions[9], mais aussi de la monnaie utilisée puisqu’en effet en sortant de l’euro la France retrouverait une compétitivité par rapport à l’Allemagne qui lui permettrait d’éponger son déficit commercial ;

    2. Contrairement à ce que dit Macron le CICE n’a pas créé d’emplois. Au mieux, mais c’est Jean Pisani-Ferry[10] qui le dit – il aurait permis de « sauvegarder » entre 50 000 et 100 000 emplois[11], alors qu’au départ on avançait des chiffres mirobolants, 1 million d’emplois. Le CICE est un échec complet eut égard les sommes qui ont été engagées – environ 60 milliards d’euros en 3 ans[12].

     

    Cependant Macron, comme les vieux rentiers qui fustigent ces « fainéants de jeunes » continue de penser contre toute logique que le coût du travail est un problème – ici il est sur le même terrain que Fillon. Il propose donc de baisser les cotisations sociales de manière pérenne, autrement dit le CICE ne marche pas à 20 milliards d’euros par an, il veut en amplifier le mouvement ! Il souhaite compenser ce manque à gagner, toujours comme le sinistre Fillon, par une baisse des dépenses publiques. Il suppose qu’il peut réaliser ce miracle pour un volume de 60 milliards d’euros en année pleine.

     

    Je veux, en ce domaine, que les choses soient claires. Je souhaite réduire les prélèvements sur les entreprises qui nuisent à leur compétitivité et soutenir l’investissement productif. Pour ce faire, entre autres, je transformerai le crédit d’impôt compétitivité emploi en allégement de charges et je déciderai d’autres allégements ou suppressions de cotisations sociales patronales. Des économies sur la dépense publique et une fiscalité plus incitative, notamment sur la pollution ou la consommation, seront décidées pour financer cela.

     

    Comme on le voit tout cela reste vague. Il a d’ailleurs confirmé ce flou dans un meeting. Si d’un côté il nous dit qu’il va augmenter les effectifs de la police, de l’éducation et de la santé, il nous dit de l’autre qu’il ne renouvellera pas les fonctionnaires qui partent à la retraite, sans en préciser le nombre, ni le secteur. Ce garçon n’est pas sérieux, mais il a retenu la leçon des déboires de Fillon qui imprudemment avait avancé qu’il rayerait d’un trait de plume 500 000 emplois dans la fonction publique[13].

     

    Pour le reste il considère que la loi El Khomri est excellente et qu’il faut l’approfondir – malgré la désapprobation générale des Français – au passage, il ne se rend même pas compte que ce qu’il propose a déjà été effectué par la malheureuse El Khomri. Il prône l’inversion des normes sans même se douter que celle-ci est actée   depuis des mois.

     Le programme de Macron existe, nous l’avons rencontré

     

    C’est pourquoi je propose de réduire les cotisations salariales et les cotisations payées par les indépendants. Cela permettra d’augmenter sensiblement les salaires nets, sans alourdir le coût du travail ni détériorer la compétitivité ou l’emploi. Le financement de cette mesure se fera de telle sorte que les travailleurs en seront gagnants.

     

    Je suis favorable à changer profondément la construction de notre droit du travail et permettre aux accords de branche et aux accords d’entreprise de déroger à la loi par accord majoritaire sur tous les sujets souhaités […]

    Actons que notre code du travail doit définir les grands principes avec lesquels nous ne voulons pas transiger : l’égalité homme-femme, le temps de travail, le salaire minimum, etc. Et renvoyons à la négociation de branche et, en second ressort, à la négociation d’entreprise, la responsabilité de définir les équilibres pertinents et les protections utiles.

     

    N’aurait-il pas suivi les débats sur cette question ?

     

    Pour le reste le programme est une somme de toutes les âneries qu’on peut dire sur l’entreprenariat, des formules creuses à la gloire de l’innovation et de la prise de risque pour devenir milliardaire. Bougiste impénitent Macron insiste sur le changement permanent qui doit faire la vie future des travailleurs. Et il présente cela comme un gage de bonheur ! C’est à peine s’il concède que cela sera accompagné par un effort de formation continue pour « s’adapter ». Le rôle de l’Etat dans le domaine économique sera :

    1. l’éducation. A ce propos il entérine l’idée selon laquelle l’éducation en France est complètement dépassée. Si le système français montre manifestement des lacunes, on aurait cependant tort de croire qu’ailleurs c’est bien mieux[14].

    2. la transition écologique. Il est à remarquer que tous les candidats disent à peu près la même chose sur ce thème et il se range derrière ceux qui pensent que ces investissements, s’ils sont nécessaires à la survie de l’espèce, sont une opportunité pour relancer la croissance. Curieusement il dénonce le chauffage et donc la nécessité d’investir pour moins dépenser en la matière, mais il ne dit rien des transports, or la logique mondialiste et européiste qu’il défend, est fondée sur le développement des circuits longs qui sont une plaie en matière environnementale.

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    Ce graphique qui tourne en boucle sur la toile, donne une faible idée de l’importance des transports parce qu’il amalgame le résidentiel et le tertiaire, c’est-à-dire une activité économique productrice de valeurs et de profit, et une activité purement consommatrice. Le résidentiel représente semble-t-il seulement un peu plus de la moitié de ces 44 %, soit bien moins que le transport. Mais pour ce qui est du transport, Macron renonce évidemment à trouver des solutions pour diminuer son importance et donc ses nuisances. Il semble faire confiance, comme tous les « progressistes » d’ailleurs, à l’innovation qui nous permettra de consommer toujours plus et de nous déplacer toujours plus tout en réduisant les nuisances. Bien sûr il ne se pose ni la question de savoir si l’innovation sera efficiente, ni si même elle arrivera en temps et en heure.

     

    Et l’Europe dans tout ça ?

     

    Là encore il est bien obligé de reconnaître que l’Union européenne est en échec. Et bien sûr entre autres choses le Brexit en est la preuve éclatante, comme la crise grecque et ka divergence de trajectoire des économies qui la composent. Mais selon Macron l’idée même d’une Union européenne reste belle et bonne. Et de nous reprendre l’antienne éculée de « l’Europe c’est la paix », ou encore la fable selon laquelle entre la Chine et les Etats-Unis nous ne pouvons être forts que si l’Europe est unie. Ici Macron devient lyrique, au risque de faire rire par les temps qui courent :

     

    Il faut renouer avec le désir d’Europe.

    L’Union européenne se construira ensuite sur le goût de l’avenir. C’est-à-dire sur une ambition commune de relance.

     

    Mais concrètement, ça veut dire quoi ? Et bien cela veut dire d’abord que la France doit faire plaisir à l’Allemagne et faire les réformes qui conviennent pour faire plaisir à notre voisin. Pétain à Montoire n’aurait pas dit mieux ! il y en a qui ont été fusillé pour moins que ça.

     

    Sur ce point, la France a une responsabilité immense. Si nous voulons convaincre nos partenaires allemands d’avancer, il nous faut impérativement nous réformer. L’Allemagne aujourd’hui est attentiste, bloquant nombre de projets européens en raison de sa défiance envers nous. Nous l’avons trahie deux fois. En 2003/2004, en nous engageant à faire des réformes de fond que seuls les Allemands ont menées. Et en 2007 en arrêtant unilatéralement l’agenda de réduction des dépenses publiques que nous conduisions ensemble. Puis, encore, en gagnant du temps en 2013, sans agir suffisamment. C’est aussi pourquoi l’Allemagne accroît aujourd’hui son excédent budgétaire, ce qui n’est bon, ni pour elle ni pour l’Europe. N’oublions jamais qu’il y a la place pour un leadership français en Europe, mais que celui-ci implique que nous donnions l’exemple.

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    Macron tentant de se faire aimer en Allemagne 

    Il a répété cela quand il a été à Berlin faire des génuflexions devant Sainte Angela et Saint-Wolfgang Schaüble. Donc il ne nous causera pas des excédents extravagants de l’Allemagne qui plombent la croissance en Europe, il ne nous parlera pas non plus du rôle qu’a pu jouer la monnaie unique dans cette montée en puissance des excédents allemands. Il lui faut faire un acte de contrition, comme si les excédents des uns n’étaient pas les déficits des autres, et que nous pourrions tout aussi bien en suivant la voie allemande. Mais tout cela reste flou, il propose en même temps plus d’intégration : en supposant qu’on puisse harmoniser facilement la législation, la fiscalité et les normes sociales, tout en prônant une Europe à la carte en quelque sorte. Avec un noyau dur qui serait formé de l’Allemagne et de la France. Mais ce raisonnement ressort d’une incompréhension de ce qu’est l’Europe dans ses objectifs : si en effet on a préféré faire l’élargissement plutôt que l’approfondissement quand cela était encore possible, il y a une raison, c’est qu’on ne voulait pas de l’approfondissement. Préféré l’élargissement c’est faire de la concurrence le moteur de la construction européenne. Or quand il y a concurrence il y a forcément des perdants et des gagnants, ça tombe sous le sens.  Et les perdants sont d’abord les travailleurs.

    Il a précisé sa position sur l’Europe à plusieurs reprises, notamment en soulignant la nécessité de construire une défense commune[15]. Il ne nous a pas dit du reste qui y participerait puisque cela vient contrecarrer l’idée d’une Europe à la carte : peut-on en effet dire par exemple aux Italiens ou aux Grecs qu’ils ne peuvent plus être dans la zone euro, et de l’autre côté leur demander de participer à la défense européenne. Egalement il voudrait un ministre de l’économie de la zone euro, mais là encore non seulement il se heurte au fait que les Allemands n’en veulent pas, mais encore qu’il est incapable de dire qui devrait participer à cette zone euro[16]. Vous noterez que sur ces deux derniers points encore Macron et Fillon sont à l’unisson.

     

    Conclusion

     

    Si on m’a suivi jusqu’ici, on comprend facilement qu’il n’y a aucune raison, du point de vue de la défense de l’intérêt général, de voter pour Macron eut égard son programme, même si on fait l’impasse sur sa personnalité peu fiable. On lui accordera cependant sur Fillon l’avantage d’être un libéral cohérent, il est ouvertement cosmopolite et ne fait pas semblant de défendre la culture française dont il se moque comme de son premier million[17]. De même sur le plan des valeurs il est volontiers communautariste et pour une laïcité limitée.

     

     


    [1] https://www.letemps.ch/opinions/2017/02/15/emmanuel-macron-fabrique-lambiance-meetings

    [2] https://www.les-crises.fr/macron-36-millions-deuros-de-revenus-cumules-patrimoine-negatif/

    [3] http://in-girum-imus.blogg.org/l-institut-montaigne-au-coeur-des-presidentielles-a128306378

    [4] http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2016/11/06/henry-hermand-mentor-de-macron-est-mort_5026284_3382.html

    [5] Le monde donne un chiffre encore plus élevé pour la dette en 1944 : 250%. http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/10/04/quand-la-france-remboursait-sa-dette_3489930_3234.html

    [6] https://www.challenges.fr/economie/minc-aucune-raison-de-craindre-la-mondialisation_310257.

    [7] http://www.lejdd.fr/Politique/Le-soutien-d-Alain-Minc-a-Emmanuel-Macron-raille-de-toutes-parts-841918

    [8] Quoi que même L’express qui n’est pas très regardant doute de cela : http://www.lexpress.fr/actualite/politique/macron-philosophe-ces-intellectuels-qui-n-y-croient-pas_1827700.html

    [9] http://www.alternatives-economiques.fr/faute-cout-travail/00061501

    [10] Ce personnage dont on ne dira jamais assez de mal gagne des sommes folles au service de la Commission européenne. Il cumule les casquettes et fut le président du comité de suivi du CICE. Il prône le gel des salaires en France pendant trois ans. http://www.prechi-precha.fr/jean-pisani-ferryle-conseille-economique-demmanuel-macron-prone-gel-salaires/

    [11] http://lentreprise.lexpress.fr/actualites/1/actualites/le-cice-a-probablement-permis-de-creer-ou-sauvegarder-de-50-000-a-100-000-emplois-en-2013-et-2014-rapport_1835529.html

    [12] Un rapide calcul montre que chaque emploi sauvegardé aura coûté à l’Etat, en choisissant l’estimation haute de Pisani-Ferry, 200 000 € par an !!

    [13] http://www.latribune.fr/economie/france/le-flou-de-macron-sur-le-non-renouvellement-des-fonctionnaires-640279.html Ce sont les propositions jobastres de Fillon que la privatisation de la Sécurité sociale et sur les fonctionnaires qui ont commencé à  le mettre en difficulté dans l’opinion bien avant les obscures histoires de cupidité dont on n’arrive plus à suivre le déroulement.            

    [15] http://www.liberation.fr/elections-presidentielle-legislatives-2017/2017/01/11/a-berlin-macron-plaide-pour-une-europe-plus-ambitieuse_1540579

    [16] https://www.euractiv.fr/section/priorites-ue-2020/news/macron-veut-un-commissaire-europeen-dedie-a-la-zone-euro/

    [17] http://www.marianne.net/obscurantisme-au-nom-diversite-100249864.html

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