• Le programme de Jean-Luc Mélenchon

    Le programme de Jean-Luc Mélenchon 

    Mai 2017 approchant, il est bon de se pencher sur les programmes des candidats qui vont entrer en lice. Ce petit livre est le programme que Jean-Luc Mélenchon se propose de mettre en œuvre s’il est élu président en 2017 et que dans la foulée il obtient une majorité aux législatives. Il a été rédigé sous la direction de Jacques Généreux et de Charlotte Girard. Il décline tous les aspects du pouvoir que Mélenchon et sa future majorité exerceront. Tout y passe, des réformes institutionnelles à la politique internationale de la France en passant par la nécessaire transition écologique et la redistribution de la richesse.

     

    Un programme de gauche  

    Le programme de Jean-Luc Mélenchon

    C’est un programme clairement de gauche c’est-à-dire qu’il se propose de resserrer les inégalités et d’étendre la couverture sociale. Il est donc clairement à l’opposé de la politique suivie pendant ces trente dernières années et dont on a dissimulé les effets défavorables pour le pays sous le vocable de « politique de l’offre ». De même et c’est un des points très fort de son programme il est pour un programme économique qui se recentre sur la préservation de l’environnement : il considère qu’il y a des gros potentiels de créations d’emplois dans le domaine de l’agriculture. Il les chiffres à seulement 300 000 emplois. Cependant ces chiffres ne tiennent pas compte d’une sortie de l’Europe qui interdirait l’importation de produits de l’agriculture industrielle : viandes, fruits et légumes que nous pouvons produire sur notre territoire. Il est probable que le vrai chiffre d’une création d’emplois si on sort de l’Europe et si on passe au bio, serait d’au moins 600 000 et sans doute beaucoup plus en vérité[1]. il suppose qu’on peut reverser le CICE pour accélérer la transition écologique et que cela engendrera nécessairement une forte création d’emplois dans ce secteur, il les évalue à 900 000. C’est un enjeu décisif puisqu’on sait que la robotisation va détruire des millions d’emplois dans l’industrie[2]. Ce chiffre est difficile à évaluer, on trouve en effet les analyses les plus contradictoires sur cette question. Mais on voit cependant que sans que l’Etat n’intervienne massivement il y a déjà une tendance nette à la création d’emplois dans ce secteur.

     Le programme de Jean-Luc Mélenchon 

    De même Mélenchon se déclare contre les travailleurs détachés, non pas parce qu’il est populiste, ou xénophobe, mais seulement parce qu’il s’agit là d’une concurrence déloyale[3]. Les charges sociales de ces travailleurs détachés sont payées dans le pays d’origine, et non sur le lieu où s’exerce le travail réel. Et le plus souvent ils sont sous-payés. C’est un mécanisme européen qui montre clairement que le but est de faire baisser les salaires. Ils sont au moins 300 000 en France, alors que le chômage reste à un niveau très élevé. On estime d’ailleurs qu’il y a encore au moins 300 000 autres travailleurs détachés « illégaux ». Passer à une agriculture biologique n’est pas une fantaisie, c’est une nécessité, aussi bien pour préserver la santé des populations que pour préserver l’intégrité des sols.

     

    Le problème de l’Europe

     

    Evidemment on ne peut pas être d’accord sur tout quand il s’agit d’un programme électoral. Et je me doute bien que le changement d’orientation politique ne pourra venir que d’une conjonction d’intérêts toujours un peu disparates. Pour l’instant, j’en suis là de ma réflexion et je ne suis pas certain encore de voter pour qui que ce soit en 2017. En effet, il y a toujours d’autres moyens de faire avancer les choses en dehors des élections. 

    Le programme de Mélenchon dans ses principes va dans le bon sens. Cependant son application est liée directement à la position de la France dans l’Union européenne. Mélenchon le sait, c’est pourquoi il suppose qu’on doit et qu’on peut renégocier les traités européens. C’est le point faible du programme de la France insoumise. Il part de l’idée assez juste qu’une Union européenne sans la France ne serait pas viable, et donc que les pays comme l’Allemagne qui ont un intérêt au maintien de l’Union européenne seraient contraints d’accepter de renégocier. Cette approche me parait fausse pour au moins deux raisons :

    - d’abord sur le plan stratégique on ne voit pas très bien l’intérêt de rester dans l’Europe. On ne peut pas en effet vouloir développer les productions locales et rester dans une Europe ouverte aux quatre vents. En outre l’Europe coûte très cher en termes de développement durable : elle allonge les trajets de circulation des marchandises et en exacerbant la concurrence elle entraîne l’ensemble des pays dans la déflation. Au mieux l’idée de rester dans l’Europe ne sert à rien ;

    - ensuite sur le plan tactique. Renégocier des traités européens, étant donné la règle de l’unanimité et la nécessité de consulter les 27 pays qui restent encore dans l’Union européenne prendrait forcément beaucoup de temps. Or le président et son assemblée législative sont élus pour seulement 5 ans. Il est impossible que dans ce laps de temps les traités nouveaux soient adoptés puis ratifiés par les 27 pays de l’Union et qu’en outre ils aient produits pleinement leurs effets. C’est cette raison qui me pousse à souhaiter une sortie unilatérale de la France et un retour à la monnaie nationale. 

     

     Le programme de Jean-Luc Mélenchon

    Cette approche mi-chèvre, mi-chou, est d‘ailleurs en contradiction avec l’affirmation dans la partie Protéger et partager le point 17 où il est écrit :

    « L’économie productive et l’emploi sont attaqués. La libre-circulation des capitaux et des marchandises dans l’Union européenne et le monde entier donne tout pouvoir à la finance contre les productifs, aux multinationales contre les PME, et aux actionnaires contre les salariés. Bilan : des droits sociaux soumis au chantage permanent du dumping, un bilan écologique désastreux, une industrie dévastée, une agriculture désorganisée, des régions entières condamnées. Le grand déménagement du monde doit cesser. Il faut relocaliser les productions. Nous avons besoin d’un protectionnisme solidaire au service de l’intérêt général contre les multinationales et la mondialisation financière. La défense de notre souveraineté industrielle est une condition indispensable à la fondation de nouvelles coopérations internationales. »

    Or l’Union européenne n’a pas été faite pour autre chose que d’accélérer la division internationale du travail et d’élargir les marchés comme si l’augmentation des volumes des échanges était source de création de richesse et d’emploi. Dans ces conditions, on ne voit pas très bien ce que la France aurait à gagner dans une Union européenne même réaménagée. Rappelons aussi que lorsque Tsipras s’est résigné à négocier avec l’Eurogroupe au lieu d’imposer les choix de son peuple, il s’est mis la corde au cou.

     

     


    [1] https://reporterre.net/Chomage-On-peut-creer-600-000

    [2] https://www.rac-f.org/IMG/pdf/plaquette_emplois_de_la_TE.pdf

    [3] http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/07/13/travailleurs-detaches-lescurieux-propos-de-melenchon_4968840_823448.html

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