• Le FMI et l'austérité

     

    Le FMI, Fonds Monétaire Internationale est une curieuse boutique. Depuis le début des années quatre-vingts, c'est une organisation internationale qui, avec la Banque mondiale et la Commission européenne sont les fers de lance de la grande révolution économique qui vise à restaurer le capital dans ses droits. Elle est donc naturellement pour un Etat de moins en moins entreprenant, pour un code du travail minimal et pour toutes les déréglementations possibles et imaginables : l'Etat ne doit pas être un entrepreneur, et le marché est la meilleure des institutions pour produire du progrès économique et social en veux-tu en voilà. Comme on sait, elle a participé au plan de restructuration de la dette publique grecque avec les conséquences qu'on sait sur tous les biens collectifs et sur la croissance qui ne veut toujours pas repartir.

    Mais début 2013, elle a changé sa partition. C'est quelque chose qui est passé un peu inaperçu et qui pourrait avoir des conséquences rapidement. Quelle est sa nouvelle doctrine ?

    Le premier point est qu'elle a reconnu s'être trompé. Une fois n'est pas coutume, cela mérite de s'y pencher. La discussion porte sur la valeur réelle du multiplicateur des dépenses publiques. Ce multiplicateur est censé mesurer les incidences d'une baisse ou d'une hausse des dépenses publiques sur la croissance. Jusqu'à ce que son grand prêtre Olivier Blanchard publie un article sur cette question, le FMI prétendait que ce multiplicateur était inférieur à 1, compris entre 0,7 et 0,9. Ce qui veut dire que les incidences d'une cure d'austérité - nécessaire pour rétablir l'équilibre budgétaire, pour rendre la dette publique "soutenable" - n'étaient pas très forte. Pour le FMI ce multiplicateur serait maintenant compris entre 1,7 et 1,9, et là les conséquences commencent à être fortes, une réduction d'un point de PIB pourrait coûter entre 1,7 et 1,9 points de croissance.  Mais d'autres économistes que ce multiplicateur est d'autant plus fort qu'on se trouve dans une période de récession ou de dépression, certains avancent même qu'il serait dans ce cas autour de 2,5. Donc l'austérité aveugle plongerait les économies qui s'y livrent dans le marasme et la misère pour des années.

    Bien évidemment, de nombreux économistes avaient annoncé ces effets néfastes bien avant le revirement spectaculaire du FMI. D'autant que le FMI en remet une couche en dénonçant l'austérité telle que la pratique Hollande dans la continuité de Sarkozy en suivant bien sûr les injonctions de la Commission européenne placée sous la domination allemande. Si il est facile de voir qu'Hollande pratique une politique plus à droite que celle de Sarkozy et du FMI, il ne faudrait pas prendre pour autant celui-ci pour une boutique dominée par la pensée anticapitaliste. Il continue à prôner une réforme en profondeur du marché du travail et du système de retraites, tout en demandant à ce que le gouvernement français ralentisse un peu ses réformes structurelles pour laisser la demande se manifester et que l'économie reparte.

    Bref le FMI est seulement à la moitié du chemin, et cela rend forcément ses objectifs confus, d'autant que dans la même temps on assiste à un vrai divorce avec la Commission européenne, parangon d'un capitalisme sauvage où l'Etat n'existerait plus et où les forces du marché pourrait se déchaîner. Ainsi le FMI fustige la potion amère que les Grecs avalent jour après jour et signale qu'elle ne continuera pas dans cette voie qui va effectivement dans le mur.

    La question qui se pose est celle-ci : pourquoi cette prise de conscience soudaine ? Il semble qu'en réalité elle soit en phase avec la vision que les Etats-Unis ont de l'économie mondiale. Ils craignent en effet par dessus tout que l'économie de la zone euro s'effondre complètement, laissant leur économie toute seule chargée de remettre un peu d'ordre dans ce chaos. Or les Etats-Unis ont justement une politique économique et monétaire à l'opposé de celle de l'abominable Commission européenne : ils pratiquent allègrement le quantitative easing, déversant des tonnes de liquidités sur leur marché pour soutenir la demande, la dette publique passant au second rand. L'idée générale est que la dette publique ne pourra se résorber si la croissance est inexistante. La Banque Centrale Européenne s'accroche encore à l'idée d'un euro fort, quel que soit son effet sur la croissance et l'emploi. Le résultat ne se fait guère attendre, alors que le chômage explose en Europe, il diminue régulièrement aux Etats-Unis.

    Est-ce qu'Hollande que tout le monde appelle aujourd'hui Hollandreou, qui a déçu non seulement ses électeurs français, mais aussi les Grecs et les Italiens qui comptaient sur lui pour qu'un changement advienne en Europe, prend il le temps de lire la presse et de s'instruire ? On en doute. Ce débat est d'autant plus important que récemment, au premier trimestre 2013, un autre débat a eu lieu autour des travaux de Reinhart et Rogoff. Ces deux économistes de "haut niveau" - lisaient qui travaillent pour les grands organismes internationaux avaient publié un article selon lequel une dette publique supérieure à 90% du PIB tuait la croissance. Ils accompagnaient cette étude d'une batterie de tests économétriques. Ce sont ces résultats qui ont servi de justificatif à la politique d'austérité qui s'est répandue dans toute l'Europe et qu'encore il y a peu les "socialistes" - je veux dire les membre du PS - brandissaient pour dire qu'au fond nous n'avions pas d'autre choix que de suivre le mouvement de démantèlement de l'Etat et des services publics. Tout cela serait inintéressant si un étudiant américain n'avait dévoilé la supercherie, Reinhart et Rogoff avaient bidouillé leurs tests pour les faire cadrer avec leurs idées tordus. En réalité non seulement les tests étaient faussés, mais en les reproduisant à nouveau avec un échantillon élargi, on trouvait des résultats exactement inverses : le déficit de l'Etat était bien un facteur de croissance.

    Là non plus il ne semble pas qu'Hollandreou soit au courant et qu'il continuera à persister dans ses erreurs, devenant un président encore plus impopulaire que l'abominable Sarkozy. Dès lors la seule question politique importante aujourd'hui est la suivante : dans le cadre des traités européens une autre politique est-elle possible ? Pour moi la réponse est non car tout semble verrouillé pour qu'il n'y ait pas de retour possible. Et je crois qu'on pourra enfin faire de la politique que lorsqu'on sera sorti de l'euro et de l'Union européenne

     

    Carmen Reinhart et Kenneth Roggoff en train de fanfaronner

     

    Liens

     

    Sur le FMI

    http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20130805.OBS2281/le-fmi-conseille-a-la-france-de-ralentir-la-reduction-des-deficits.html

     

    Sur la politique de François Hollande

    http://russeurope.hypotheses.org/1473

     

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