• Le double échec de Macron un an après son élection

    Nous ne parlerons pas ici de la politique sociale autoritaire et violente de l’inexpérimenté Macron qui envoie pour un oui ou pour un non la police à l’affrontement avec les zadistes ou les étudiants récalcitrants. Ce n’est pas notre propos du jour. Au bout d’un an de mandat présidentiel et au bout de six ans de politique économique néo-libérale qu’il a inspiré au malheureux Hollande, on constate que Macron conduit une politique brouillonne et peu réfléchie dans pratiquement tous les domaines, sur le plan économique où il apparait comme le représentant des très riches[1], mais aussi sur la scène internationale où, de jour en jour il perd le peu de crédibilité qu’on lui avait accordé à son arrivée.

    Retournement de conjoncture 

     Le double échec de Macron un an après son élection 

    Le premier échec, et peut être le plus marquant, c’est la politique économique. C’était prévisible, j’en avais parlé ici et j’avais prédit une récession économique pour la seconde moitié de 2018. Alors que tout au long de l’année 2017, la croissance française était soutenue par une bonne conjoncture internationale – baisse du prix des matières premières, reprise de la croissance aux Etats-Unis et en Europe – la croissance de l’économie française a ralenti fortement et de façon préoccupante au premier trimestre 2018. Sur les deux derniers trimestres, c’est d’abord la consommation des ménages qui s’est effondrée[2]. C’est clairement la conséquence des mesures antisociales prise par le gouvernement Philippe. Le transfert de richesses des plus pauvres vers les plus riches, s’il a plombé la consommation, n’a pas pour autant relancé les investissements, ni même le commerce extérieur. Et pour cause : faute d’une demande potentielle solvable les entreprises n’ont pas de raisons d’investir. C’est la démonstration par les faits du caractère totalement erroné du théorème de Schmidt selon lequel « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain ». Cette information ne semble pas être arrivée jusqu’à l’entendement de Macron, ni jusqu’à Bruno Lemaire. Sur le graphique suivant, on voit clairement que la restauration en France des marges de profits n'a pas stimulé l’investissement. En tous les cas, il est assez clair que sur la longue période il n’y a pas de lien entre profits et investissements. Il ne sert à rien que le gouvernement nie cet état de fait. Une des raisons est qu’une partie importante des investissements se fait sur la base du crédit, et donc sur la base de l’inflation. Dans une économie de marché, la demande est le principal moteur de la croissance et donc par suite de l’investissement. Sauf dans le cas où les capacités de production sont réellement insuffisantes. Mais ce n’est pas le cas. En outre le taux d’utilisation des capacités a augmenté jusqu’en janvier 2018[3], mais depuis ce taux a recommencé à diminuer. Or il faut bien comprendre que la hausse des investissements est globalement liée à ce taux d’utilisation des capacités. Il faut que celui-ci soit élevé pour que la décision d’investir s’enclenche. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Bien entendu ces mauvais résultats vont finalement dépendre de la conjoncture mondiale, mais il n’est pas certain qu’elle reste sur la même dynamique que l’an dernier. Dans une note récente, le FMI soulignait que la croissance économique pourrait poursuivre à la hausse, à condition que les fruits de la croissance soient un peu mieux partagés que par le passé[4]. On n’en prend pas le chemin en France. 

    Le double échec de Macron un an après son élection 

    Le lien entre consommation (demande) et croissance parait plus sûr. Autrement dit, il ne suffit pas pour que les investissements repartent de restaurer les profits, il faut encore que ces profits soient en face d’une demande solvable pour avoir des raisons de s’investir. Dans le cas contraire, les profits s’orientent vers la spéculation boursière et immobilière, nourrissant une bulle spéculative qui immanquablement se traduira par une crise financière. On comprend très bien que dès lors que les pouvoirs publics orientent le système économie vers un partage de la valeur ajoutée favorable aux détenteurs de capitaux, ils plombent la demande et par suite la croissance et l’investissement. Ce tassement de la croissance était déjà perceptible dès le mois de février 2018 avec un indice du climat des affaires qui mesure le moral des patrons, en net recul[5]. Pour certains éditorialistes optimistes, il ne s’agirait pas encore d’un retournement de la conjoncture, mais d’un ralentissement vers un nouveau rythme de croisière, plus stable. C’est essayer de se rassurer comme on peut pour ne pas examiner en profondeur les errements de la politique économique macronienne qui a mis la France en vrac.

    Le double échec de Macron un an après son élection 

    Bien évidemment les grèves lourdes que Macron a déclenchées avec sa politique réactionnaire vont peser sur l’activité économique, s’ajoutant aux effets délétères du recul du pouvoir d’achat des salariés et des retraités. On a évalué le coût d’une journée de grève en France dans le contexte de la grève des cheminots à 2 milliards par jour[6]. On peut envisager un minimum de 30 jours de grève à la SNCF, soit 60 milliards de baisse, soit presque 3% du PIB ! Si la grève dure au-delà du mois de juin comme certains syndicats le souhaitent pour faire plier le gouvernement, on pourra avoir alors une vraie récession. L’entêtement imbécile de l’exécutif va sans doute aggraver ce retournement de la conjoncture qui vient et dont les effets sur le chômage risquent d’être importants. Cela sera difficilement rattrapable. D’autant que le cinquantième anniversaire de Mai 68 risque de donner des idées à ceux qui n’en ont pas et qui se diront qu’en faisant durer le plaisir de la grève on y gagnera forcément quelque chose. 

    Macron manque de crédibilité sur le plan international 

    Le double échec de Macron un an après son élection 

    L’an dernier Macron était arrivé plein d’ambitions pour représenter la France au niveau international. Il se considérait un peu comme le réformateur de l’Europe, celui qui allait lui donner une nouvelle dynamique, mais aussi comme l’interlocuteur privilégié des Etats-Unis, une sorte de lien avec l’Europe. Sur ces deux plans l’échec est complet et le ridicule achevé. Passons sur le cafouillage à propos de la Syrie. Après les frappes sur la Syrie qui n’ont convaincu personne, ni sur leur intérêt, ni même sur le fait que ces frappes étaient justifiées par la production d’armes chimiques, Macron avait fanfaronné, annonçant bien hâtivement qu’il avait convaincu Donald Trump de garder un pied en Syrie[7]. Mais la réalité est venue lui rappeler qu’il n’avait aucune influence sur le fantasque Trump. Celui-ci confirma dès le lendemain de cette annonce macronienne intempestive qu’il allait bien désengager son pays de la Syrie et plus généralement du Moyen-Orient[8]. On peut toujours mettre cette bévue sur le compte d’une mauvaise compréhension entre Paris et Washington. Cependant sur les autres dossiers Macron est apparu à la remorque de Donald Trump. En effet les deux hommes mal élus ont besoin l’un de l’autre pour faire croire qu’ils existent sur le plan international. La politique de Trump au Moyen-Orient est complètement illisible, mais celle de Macron ne l’est pas moins. Trump a toujours voulu renégocier les accords sur le nucléaire iranien, et c’est maintenant sur cette position dangereuse que Macron s’est de fait rangé. Le second point plus problématique encore est sur la remise en question du libre-échange. Macron est partisan d’un libre-échange tout azimut et incontrôlé, ce qui veut dire un développement du multilatéralisme. Trump non, il tendrait plutôt à aller vers des accords bilatéraux qui renforcerait la position des Etats-Unis premier marché du monde. Sur ce point aussi Macron a reçu une fin de non-recevoir. Mais au-delà de cette approche brouillonne des relation franco-américaines, Macron avait mis en scène une amitié profonde avec Trump, ce qui s’est traduit par des scènes ridicules d’embrassades dont le manque de dignité a été moqué sur les réseaux sociaux. On a même vu Macron qui en tout et sur tout est l’anti-De Gaulle, se faire promener par la main par Trump, comme un petit enfant. Cette image est comme le souligne Sapir désastreuse, non seulement parce qu’elle montre Macron dans une position de faiblesse, mais aussi parce qu’elle le présente comme une sorte de nain politique[9]. Si les prédécesseurs de Macron dans cette fonction avaient gardé un peu de prudence, le jeune président s’est complètement aligné sur ce qu’il croit être les positions américaines notamment sur la question syrienne. On ne mesure pas encore les dégâts de cet alignement sur le positionnement de la France sur la scène internationale, les choses étant liées, il est probable que cela affaiblira Macron en Europe. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France sont maintenant désignés comme le camp du mal, les opinions européennes sont largement réticentes à cette démonstration de force militaire. C’est d’autant plus dommageable que ces frappes en Syrie ne semblent guère avoir été pensées au-delà de leur aspect spectaculaire : quelles débouchés diplomatiques ? L’ensemble des commentateurs sérieux, en France comme à l’étranger, ont souligné que la président Bachar el-Assad n’avait pas été inquiété dans sa position et que pour lui cela ne changeait rien[10]. Macron a demandé à ce qu’il y ait une négociation directe avec la Syrie, mais cette demande n’a fait l’objet que d’un refus poli. Son idée était de mettre en avant l’ONU, afin de pouvoir lui-même se sortir d’une implication trop directe dans le conflit syrien juste avant de se rendre en Russie au mois de mai[11]. Le seul résultat de cette gesticulation est de mettre à nu l’incapacité de l’ONU à gérer quoi que ce soit dans le sens de la paix. 

    Le double échec de Macron un an après son élection 

    La situation n’est pas meilleure sur le plan européen. Il y a un an, Macron se présentait comme le grand réformateur de l’Europe. Ses propositions étaient censées allaient vers plus de fédéralisme, notamment en renforçant le budget européen, en nommant une sorte de ministre pour coordonner les politiques économiques en Europe, et pour former une armée européenne. Juste après l’élection de Macron, Merkel avait signifié une fin de non-recevoir, cette position se trouve renforcée par le fait qu’elle rencontre, malgré le renouvellement de son mandat, des problèmes sérieux en Allemagne[12]. Les Allemands, y compris le SPD pourtant bien malade, ne veulent pas aller dans ce sens, ils veulent juste profiter encore un peu de la monnaie unique autant qu’ils le peuvent, sachant que cela ne durerait pas toujours. Dans une interview donnée à Coralie Delaume, Wolfgang Streek explique que personne en Europe n’est favorable à un abandon officiel de la souveraineté, surtout pas les Allemands, et encore moins les pays de Visegrad[13]. Le problème relativement insoluble est que la question européenne ne peut se résoudre que dans deux sens, soit un fédéralisme complet, l’idée de Macron mais dont personne ne veut, soit dans un retour à la pleine souveraineté des nations. Il semble qu’il sera de plus en plus difficile dans les temps à venir de maintenir cet entre-deux qui affaiblit aussi bien l’Union européenne que les nations qui la composent et contraignent à l’immobilisme. 

    Le double échec de Macron un an après son élection 

    L’isolement de Macron au niveau européen est aussi sensible dans le fait qu’il ne possède pas de groupe à politique au parlement de Strasbourg. Il aimerait en réalité et à l’issue des élections européennes qui arrivent, débaucher un certain nombre de députés du PPE pour arriver à former un nouveau groupe qui l’aiderait dans sa volonté d’évangéliser Bruxelles dans le sens du fédéralisme. Mais la logique de cette institution n’est pas pour lui. Les conservateurs ne lui feront pas la main. Macron a du déjà en rabattre alors qu’il aurait aimé détacher une partie de la CDU présente au parlement européen pour l’aider à former son propre parti. Il est donc assez peu probable qu’à l’issue des élections européennes qui auront lieu l’an prochain Macron arrive à construire un groupe macronien sur le modèle de LREM au cœur du parlement européen. Fort de son aura Macron avait cru possible de constituer des listes transnationales pour ces élection de 2019, mais le parlement européen n’en a pas voulu[14], ce fut un nouvel échec cuisant de Macron, échec qui a été assez peu commenté mais qui de fait l’oblige à réviser ses ambitions de leader et de grand réformateur de l’Union européenne. Il s’est fait également blacboulé lorsqu’il a avancé l’idée saugrenue d’un financement de l’installation des migrants par l’Union européenne. Autrement dit pour combattre l’immobilisme européiste et aller vers un fédéralisme assumé, il ne suffit pas de renier son identité nationale comme l’a fait Macron et donner des gages de soumission à l’Allemagne, il faut aussi avoir des troupes capables de vous soutenir dans cette entreprise hasardeuse. C’est sans doute le revers qu’il a reçu au parlement européen qui l’a poussé à changer son fusil d’épaule à aller faire des courbettes honteuses à Donald Trump avec l’idée de se rendre à moyen terme indispensable pour améliorer l’état des relations entre les Etats-Unis et l’Europe. Le nouvel économiste journal libéral macronien qui confond intérêt patronal et intérêt général, manifestait clairement son pessimisme[15]. Le débat au parlement sur les frappes syriennes a mis encore plus en évidence l’absence d’une politique claire et cohérente de la France au Moyen-Orient devant le parlement européen. Faute de pouvoir présenter une ligne claire, il a dû s’en tenir à l’énoncé de principes humanitaires pour le moins vagues.

    Evidemment avec le temps qui passe la crédibilité de Macron sur la scène internationale s’étiole, et elle s’étiolera encore plus fortement si les résultats économiques au second semestre ne sont pas à la hauteur de ses ambitions. Wolfgang Streek dans l’interview précitée a avancé, peut-être un peu hâtivement, que Macron serait, après Sarkozy et Hollande, un président à un seul mandat. Pour l’instant, un an après son élection, si on voit bien qu’il s’est mis lui-même dans la difficulté à cause d’une activité brouillonne et incessante sur tous les fronts, on ne voit pas comment l’opposition qui est pourtant massive[16], pourrait se souder et l’envoyer dans les cordes, les institutions le protègent. Mais en quatre ans il peut se passer bien des choses, notamment il risque de buter sur la difficile question de l’immigration et de l’islamisation rampante de la société qu’elle entraine. Sa loi, probablement inutile, est en effet attaquée sur sa droite (Wauquiez et le FN), la trouvant insuffisante pour endiguer les flux massifs de migrants, mais aussi, si on peut dire sur sa gauche (outre le PCF et le PS, cette loi est aussi critiquée par un certain nombre de députés macroniens) qui considère qu’elle manque d’humanité. La situation devient dramatique à Paris même où on avance qu’il y aurait 500 migrants supplémentaires tous les jours qui s’installent un peu n’importe où dans la ville au grand dam des Parisiens[17]. Tant que la jungle s’était installée en province, à Calais, les élites pouvaient très bien faire semblant de ne pas voir le problème, mais maintenant que les migrants s’exhibent en plein cœur de Paris, il n’est plus guère possible d’ignorer leur présence, avec tous les inconvénients que cela entraîne. 

    Le double échec de Macron un an après son élection

     



    [1] Selon le mot de François Hollande : https://www.nouvelobs.com/politique/20180425.OBS5729/macron-president-des-riches-des-tres-riches-repond-hollande.html

    [2] https://www.insee.fr/fr/statistiques/3541073

    [3] https://www.insee.fr/fr/statistiques/3314813

    [4] https://www.imf.org/fr/Publications/WEO/Issues/2018/01/11/world-economic-outlook-update-january-2018

    [5] https://www.lesechos.fr/economie-france/conjoncture/0301333950575-la-croissance-a-atteint-son-rythme-de-croisiere-2155773.php

    [6] http://www.medyaturk.info/societe/2018/04/26/infographie-le-cout-des-greves-en-france/

    [7] https://www.huffingtonpost.fr/2018/04/16/macron-dit-quil-a-convaincu-trump-sur-la-syrie-la-maison-blanche-lui-repond-sans-le-nommer_a_23411954/

    [8] http://www.francesoir.fr/politique-monde/apres-les-frappes-trump-confirme-vouloir-desengager-ses-troupes-de-syrie

    [9] https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-macron-aux-etats-unis-images-et-realites-un-desastre-americain-par-jacques-sapir/

    [10] https://www.francetvinfo.fr/monde/revolte-en-syrie/frappes-occidentales-en-syrie/frappes-en-syrie-quelles-consequences-sur-la-guerre_2706186.html

    [11] http://www.bfmtv.com/politique/syrie-le-conseil-de-l-onu-doit-maintenant-reprendre-l-initiative-declare-macron-1419114.html

    [12] http://international.blogs.ouest-france.fr/archive/2017/09/21/merkel-allemagne-ouest-france-funke-18540.html

    [13] http://l-arene-nue.blogspot.fr/2018/04/macron-risque-detre-le-troisieme.html

    [14] http://www.liberation.fr/planete/2018/02/07/listes-transnationales-le-parlement-europeen-torpille-l-espoir-de-macron_1628166

    [15] https://www.lenouveleconomiste.fr/lunion-europeenne-de-la-derniere-chance-63213/

    [16] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/04/18/97001-20180418FILWWW00227-sondage-avec-macron-la-france-plus-ambitieuse-mais-moins-democratique.php

    [17] http://www.leparisien.fr/paris-75/migrants-paris-devient-il-le-nouveau-calais-26-04-2018-7685493.php

     

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