• Le destin de l’Europe et les élections en Hongrie

     Le destin de l’Europe et les élections en Hongrie

    Dimanche dernier ont eu lieu les élections en Hongrie. Il s’agissait d’élections législatives. Orban a gagné haut la main ces élections, son parti le Fidesz possédera une majorité des deux tiers[1]. Cette victoire écrasante pose de très nombreuses questions. En effet Orban est souverainiste et se présente un peu en leader du groupe de Visegrad qui refuse d’appliquer les directives européennes quand elles ne lui plaisent pas. Notamment en ce qui concerne les migrations. Il est vrai que les Hongrois ont assez mal encaissé l’explosion des demandes d’asile dans leur pays et qu’Orban a freiné largement ce mouvement[2]. Mais ce n’est pas seulement le refus des migrations qui a assuré son succès électoral : la Hongrie présente une santé étonnante sur le plan économique. Le monde qui, comme tout l’establishment européiste déteste Orban parlait d’un bilan économique en trompe l’œil, sans que son analyse soit très convaincante[3]. Jugeons-en par nous-mêmes. La Hongrie selon les prévisions généralement admise devrait connaitre une croissance de 4% en 2018, un chômage inférieur à 4% et un déficit public inférieur à 3% - 2,7% pour l’année 2017. La balance commerciale est également excédentaire. Ce sont des très bonnes performances pour un pays qui avait souffert énormément de la transition vers l’économie de marché. Mais ce qui embarrasse le plus les éditorialistes, ce n’est pas tant qu’Orban soit anti-immigrationniste, c’est que la Hongrie obtienne des résultats probants sans passer par le moule conformiste des recommandations de Bruxelles. Le programme mis en place par Orban est un programme anti-austérité et qui n’a pas craint ici et là à procéder à des nationalisations ! On pourrait donc dire qu’Orban est un nationaliste conséquent qui défend l’intégrité de son territoire. C’est l’anti-Macron si on veut. Non seulement il montre qu’on peut tenir tête aux directives européennes quand elles vont à l’encontre des intérêts nationaux, mais aussi que c’est en tenant tête à ces directives stupides que l’économie s’en sort finalement le mieux. Sans ces succès économiques, la réélection d’Orban aurait été sans doute moins nette.  

    Le destin de l’Europe et les élections en Hongrie

    Quelques jours avant les élections, les éditorialistes français supposaient qu’Orban gagnerait, mais avec moins de marge de manœuvre qu’avant et pariaient sur la nécessité qu’il aurait de s’allier avec d’autres partis[4]. Cette erreur d’analyse s’appuyait sur l’idée qu’Orban avait élu en 2014 suite à une faible participation électorale. Or Dimanche dernier, la participation a été très forte, près de 70%, mais les résultats ont été les mêmes : Orban aura une majorité des deux tiers dans la nouvelle assemblée. La gauche et les partis libéraux sont complètement laminés.

    Parmi les conséquences attendues de cette élection, on pense que le gouvernement hongrois va reprendre en main les organismes de propagande libérale financés par Soros ou d’autres oligarques, ce qui va faire bondir encore un peu plus les eurocrates. Ce sera certainement un prétexte pour ceux-ci qui vont dénoncer une dérive autoritaire et qui vont tenter, via les subventions et les amendes, à faire rentrer ce petit pays dans le rang. Mais la Hongrie est dans un rapport de force très favorable sur le plan international. D’abord parce qu’une sortie de la Hongrie de l’Union européenne, dans le contexte du Brexit, aviverait les tentations d’émancipation, mais aussi parce que la Hongrie se rapprocherait alors de la Russie. Poutine a, en effet, une forte popularité auprès des Hongrois qui manifestent une méfiance très grande envers Bruxelles, Berlin et Paris où Macron a une très mauvaise image.  

    Les conséquences pour l’Europe sont assez prévisibles. L’opposition entre l’Ouest libéral et ouvert et l’Est plus souverainiste et soucieux de son intégrité, va être de plus en plus évidente. Car les pays de l’Est, Pologne, Hongrie, République tchèque vont démontrer qu’en effet on peut complètement contrôler les migrations sans pour autant que cela nuise aux résultats économiques, et qu’en outre, on peut enfreindre les consignes de Bruxelles en ce qui concerne l’austérité et les privatisations avec succès. Le très large succès d’Orban est donc d’abord un camouflet à Bruxelles et à la logique libérale. On peut se demander si à terme elle ne remet pas en question encore plus fondamentalement la construction européenne que le Brexit. Il va être difficile dans ces conditions pour Macron de faire avancer son projet d’une Europe fédérale dont à terme il prendrait la tête. Il nous semble au contraire que l’avenir des relations internationales s’inscrit plutôt dans un retour des Etats souverains que dans la volonté de voir les lois du marché se substituer à une logique politique. Pour l’instant cela est masquer en France parce que les souverainismes sont assez éclatés et n’arrivent pas à présenter un front uni, mais déjà en Italie pointe une autre logique, malgré les circonvolutions de M5S.

    L’autre leçon pour la gauche est évidente : elle n’existe pas ou plus dès lors qu’elle joue le jeu de l’ouverture et de la mondialisation. De partout où la social-démocratie a célébré les vertus de l’ouverture et du marché mondial, elle a disparu. Notez enfin qu’en Hongrie, comme ailleurs, la capitale a voté un peu différemment du reste du pays, son vote a été plus diversifié et plus ouvert, plus libéral si on veut que celui du reste de la Hongrie. Mais cette opposition assez nette ne change rien quant au fond. Dans un contexte de crise économique et de crise migratoire, l’heure est logiquement au repli national.



    [1] http://www.lemonde.fr/europe/article/2018/04/08/elections-en-hongrie-orban-donne-vainqueur_5282652_3214.html

    [2] https://hongrieactuelle.wordpress.com/2015/05/16/hongrie-et-immigration-clandestine/

    [3] http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/04/06/en-hongrie-un-miracle-economique-en-trompe-l-il_5281625_3234.html

    [4] https://www.ouest-france.fr/europe/hongrie/elections-en-hongrie-le-parti-d-orban-ne-devrait-pas-avoir-la-majorite-qualifiee-5682161

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