• Le délitement de la politique européenne s’accélère

    Deux événements sont venus récemment accélérer la décomposition de l’Union européenne et surtout de la zone euro. D’une part la crise des migrants a mis fin de fait à Schengen, et d’autre part les attentats de Paris ont mis un terme à la politique d’austérité budgétaire. 

    Des migrants

      Le délitement de la politique européenne s’accélère

    Dans la plupart des pays européens les frontières sont maintenant fermées, et plus personne ne présente les migrants comme une chance pour l’Europe. L’Allemagne après que celle-ci se soit donnée en spectacle pour prouver aux télévisions du monde entier qu’elle était très généreuse et l’Autriche ont été les premiers à renier Schengen. Les accords de Schengen sont en réalité le pendant de la logique libérale qui réclame la libre circulation des marchandises, des capitaux et des personnes comme ce qu’il y a de mieux pour assurer le développement économique et social. En vérité ces accords étaient une autre manière de déposséder un peu plus les Etats nationaux de leurs contrôles aux frontières. La logique de l’Union européenne n’est pas de devenir un Etat, fusse-t-il fédéral, mais de remplacer des lois démocratiquement votées par juste les règles du marché. On remarquera d’ailleurs que les bureaucrates n’ont strictement rien dit et n’ont rien à dire sur les modalités d’absorption des migrants en Europe.

    Le délitement de la politique européenne s’accélère  

    Des migrants rejoignant Budapest en marchant le long d’une autoroute 

    La France également par la voix de son premier ministre a décidé de mettre un terme à l’accueil des migrants : entre autres, le point de passage de Calais vers le Royaume-Uni – qui n’est pas dans Schengen – est devenu ingérable, engendrant violences et dégradation du cadre de vie. C’est maintenant au tour de la Suède de renoncer à l’accueil des migrants. Ce pays s’est toujours montré généreux avec les migrants, qu’ils viennent du sud de la Méditerranée ou des anciens pays communistes. Mais son gouvernement se heurte à l’opinion publique qui elle dénonce des cas de violence et de viol perpétrés par des migrants. Cette opinion publique considère aussi de plus en plus que les migrants ne s’adaptent pas à leur société et se constituent en communauté séparée. Aussi, considérant que la Suède n’a plus les moyens d’accueillir correctement des nouveaux migrants, elle a fermé à son tour ses frontières. 

    Le délitement de la politique européenne s’accélère

    Manifestation anti-migrants en Allemagne en octobre 2015 

    Il faut dire que l’intégration des migrants coûte très cher. Des chiffres plus ou moins fiables ont été avancés. On considère que la prise en charge d’un migrant coûte environ 1000 € par mois. Ce qui aboutirait pour l’Allemagne a un surcoût budgétaire de 10 milliards d’euros ! Pour la France ce serait moins élevé puisqu’on parle de 24000 réfugiés accueillis en deux ans. Evidemment dans une période où l’Etat restreint les aides sociales et dénonce pour cause de retour à l’équilibre budgétaire l’assistanat, cela génère des rancœurs chez les populations locales. Et puis dans la mesure où il n’y a pas beaucoup de travail, l’arrivée des migrants est vue comme un facteur de hausse du chômage. Les attentats de Paris qui ont eu un retentissement mondial ont également durci, les regards sur les migrants, car même s’il est certain que la très grande majorité des migrants ne sont pas des terroristes en puissance, il se dit que le peu de contrôle qui s’exerce sur ces flux permet aussi à des djihadistes de s’introduire en Europe. 

    Conséquences économiques 

    Les attentats de Paris justement vont avoir un coût très important pour l’économie. Celle-ci était déjà bien malade, mais les attentats ne vont rien arranger. D’abord la France a choisi d’accélérer son virage sécuritaire. On ne discutera pas de cette nécessité, mais en tous les cas elle est en phase avec l’opinion, les trois quarts des Français approuve Hollande dans ce renforcement de l’état d’urgence et le redéploiement des effectifs de police et de renseignements. En réalité il s’agit de revenir simplement sur les coupes sombres que Sarkozy – pourtant soi-disant adepte du renforcement policier – avait effectuées en ce domaine durant son malheureux quinquennat.

    Mais il y a un autre coût induit par les attentats. La consommation s’est effondrée aussi bien dans les Grands Magasins, type Galeries Lafayette, les hyper-marchés, que dans les salles de cinéma. De même les transports en public sont délaissés. Il est probable que cette psychose aux attentats perdurera au moins jusqu’aux fêtes de fin d’année. Les professionnels des spectacles demandent aujourd’hui une aide de l’Etat de 50 millions. Pour l’instant le gouvernement va débourser 4 millions. 

     

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    L’autre secteur qui parait très touché est celui du tourisme. On a noté une baisse d’activité des palaces de 50% consécutivement aux attentats. Les projections laissent entendre que ce secteur hôtelier sera durablement touché. Aussi ce secteur en appelle encore à l’aide de l’Etat en demandant encore des remises de charges sociales, un rallongement des échéances. Croissance ralentie, hausse des dépenses étatiques, Hollande a commencé à tailler dans le pacte de stabilité et a annoncé renoncer aux objectifs de court terme de réduction des déficits. 

    L’austérité contestée de partout en Europe

    La politique austéritaire est maintenant contestée de partout en Europe. En France pour les raisons que l’on vient dire, mais aussi en Angleterre où Cameron a décidé de laisser filer déficits. Bruxelles fait semblant d’accepter les explications de Hollande. En vérité les bureaucrates bornés de la Commission n’ont pas le choix. D’autant qu’au Portugal a été élu une coalition de gauche un peu hétéroclite qui a fait de la fin de l’austérité l’axe de sa politique nouvelle. Notez que le président portugais a essayé de retarder la nomination de ce gouvernement au motif qu’il n’était pas compatible avec la logique de la Commission européenne. Il ne semble pas acquis que cette fois les eurocrates arriveront à faire reculer le gouvernement sur cette idée comme ils sont arrivés à le faire en Grèce. Surtout que les longues années d’austérité n’ont donné aucun résultat aussi bien en termes de croissance qu’en termes d’emploi. 

    La conclusion de tout cela est que d’une manière ou d’une autre, on assiste à un retour – certes encore timide – de l’Etat national sur le devant de la scène. L’Union européenne n’ayant strictement rien à dire quant aux sujets qui intéressent les Européens : l’emploi, les salaires, les inégalités, l’accueil des migrants ou la lutte contre l’Etat Islamique.

     

    Liens 

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2015/11/11/97001-20151111FILWWW00218-migrants-la-suede-retablit-ses-frontieres.php 

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2015/09/05/97001-20150905FILWWW00111-l-accueil-de-migrants-devrait-couter-10-milliards-d-euros-a-l-allemagne.php 

    http://www.lesechos.fr/industrie-services/conso-distribution/021492799627-attentats-baisse-de-50-et-30-de-la-frequentation-aux-galeries-lafayette-et-au-printemps-a-paris-1176686.php 

    http://www.telerama.fr/musique/apres-les-attentats-du-13-novembre-les-producteurs-de-spectacles-demandent-de-l-aide,134758.php

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/11/25/les-effets-des-attentats-seront-durables-sur-le-tourisme_4817144_3234.html 

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/portugal-la-gauche-va-t-elle-mettre-la-reprise-en-danger-530598.html

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