• Le chômage dans la zone euro

    Le chômage dans la zone euro 

    Le chômage est le premier problème des Français et plus généralement des européens. C’est naturel parce que sans travail et sans argent la vie est extrêmement dure et pénible. Et la vie moderne est ainsi faite que le salariat est la forme générale de l’emploi. Pour leur survie les ménages dépendent du marché du travail. Je ferais remarquer aussi que si les migrants sont si mal accueillis en Europe ce n’est pas parce que  l’immigration est le problème premier des Européens, mais c’est parce que ces derniers ont peur de se voir concurrencés sur le marché du travail par des plus pauvres qu’eux, avec tout ce que cela peut signifier de dégradation des conditions de travail et de vie.

     

    Le chômage a reculé de 0,1% au mois de septembre dernier dans la zone euro. Les européistes claironnent ces fameux résultats à grands coups de trompettes comme si c’était là la preuve ultime du bien-fondé de la politique inégalitaire et austéritaire décidée unilatéralement par Bruxelles. En vérité la situation de l’emploi reste très mauvaise en Europe et particulièrement dans la zone euro. Mais on ne va pas discuter les chiffres, même s’il y aurait beaucoup à dire : comme il y a tout de même un léger mieux au niveau de la croissance économique, il est normal que le chômage recule.

    Le chômage dans la zone euro  

    Les résultats sont plus discutables sur le fond. Comme le montre le graphique ci-dessus, le chômage aussi bien dans l’Union européenne que dans la zone euro recule depuis la fin de 2012. Cependant, on constate facilement  qu’après 7 longues années de crise le chômage n’a pas retrouvé son niveau de 2008, on est loin. On ne le répète pas assez, le capitalisme n’a jamais connu de crise aussi longue, s’il a connu des crises plus dures. Après des années de thérapie austéritaire, le chômage est toujours presque à 11% officiellement dans la zone euro, soit presque le double de ce qu’il était en 2008. On est évidemment très loin de l’Europe de la croissance et de l’emploi. On peut d’ailleurs dire que l’Union européenne et la monnaie unique sont des facteurs qui ont aggravé la crise.

    Contrairement à ce que pensent les économistes de droite et les gens du P « S », il n’y a pas de relation entre la modification du fonctionnement du marché du travail et le niveau de l’emploi : autrement dit, cette baisse toute relative du chômage n’est pas due à la réforme du marché du travail. Lorsque la croissance est plus forte la situation de l’emploi s’améliore. Or ces derniers temps plusieurs éléments sont venus raffermir la croissance. Les deux principaux sont :

    - la baisse du prix de l’énergie qui rend les produits des pays importateurs de gaz et de pétrole plus compétitif et qui libère aussi un peu de pouvoir d’achat pour les ménages ;

    - la politique généralisée de quantitative easing (QE) qui rend le coût du crédit extrêmement faible, voire négatif.

    Ces deux éléments ne sont pas durables le prix de l’énergie st promis à une remontée pour cause de pénurie latente, à tout le moins il ne continuera pas à baisser. En outre le QE qui vise à faire baisser le prix d’une monnaie ne fonctionne que si les autres pays ne suivent pas le même chemin. Or depuis quelques mois tous les pays du monde se sont lancés dans  cette guerre des monnaies qui finit au bout du compte par annuler tous les gains que tel ou tel pays pouvait attendre d’ « un assouplissement monétaire ».

    On peut donc parier que la croissance dans la zone euro ne s’envolera pas et qu’elle ne sera pas suffisante pour régler durablement la lancinante question du chômage. Or il va de soi que sans une baisse forte ‘et durable du chômage on ne pourra pas parler d’une amélioration notable.

     Le chômage dans la zone euro

    Chômage aux Etats-Unis et dans la zone euro 

    Mais il y a un autre problème sans doute encore plus important : le chômage est plus fort dans la zone euro que dans le reste de l’Union européenne et dans l’Union européenne, le chômage reste très supérieur à celui des Etats-Unis ou du Japon par exemple. L’écart de chômage entre la zone euro et l’Union européenne tend à montrer que plus l’économie européenne est intégrée et plus le chômage est élevé. ce simple fait suffirait d'ailleurs à disqualifier sérieusement l'idée d'une monnaie unique. Pour mémoire je rappelle que le taux de chômage en Suisse est inférieur maintenant à 3%. Si l’Union européenne est déjà un handicap dans la lutte contre le chômage, la monnaie unique est une peine supplémentaire. La raison à ces résultats décevants – en tous les cas bien différents de que l’Europe promettait – vient du fait que l’Europe non seulement exacerbe la concurrence et élimine les entreprises les plus faibles, mais aussi par le biais de la monnaie unique empêche le marché de fonctionner correctement et d’ajuster la parité des monnaies aux balances commerciales.

    Le fait d’ailleurs que cette baisse du chômage ne peut pas être forte et soutenue est corroboré par le fait que malgré le QE européen, l’inflation ne repart pas à la hausse, c’est à peine si avec un microscope un peut voir une sortie de la déflation. En France le gouvernement s’est empressé de saluer la baisse du chômage en ce qui concerne la catégorie A, mais comme les autres catégories de chômeurs ne baissent pas, c’est bien là la preuve que la baisse du chômage dans la zone euro n’est ni forte ni durable. Il faut le souligner : en détruisant le droit du travail, on n’a pas permis de lutter durablement contre le chômage de masse. La vérité c’est que le chômage de masse est enfanté par la concurrence exacerbée au niveau mondial. Essentiellement parce qu’à cette échelle il n’y a pas de mécanismes capables de réguler les désordres engendrés par les marchés.

      Le chômage dans la zone euro

    L’autre enseignement des chiffres récents sur le chômage et la croissance est que la convergence entre les pays de la zone euro ne se fait pas, que ce soit au niveau de la croissance, de l’emploi ou évidemment du PIB par tête. Or évidemment c’est l’inverse de ce que nous promettait l’Europe en disant, grâce à la monnaie unique les taux de croissance seront plus forts dans les pays pauvres et plus faibles dans les pays riches ce qui amènera une convergence des économies. Les pays qui ont les taux de chômage les plus élevés sont en outre ceux où le droit du travail est le plus faible, où la flexibilité du marché du travail est la plus forte. C’’est le cas de l’Espagne, de la Grèce ou même de l’Italie. Dans ces pays le taux de chômage des jeunes dépasse maintenant 40% - et encore ce sont des chiffres officiels. Le fait que ces pays justement connaissent des taux de chômage extravagants alors même qu’on leur a appliqué une purge sévère au niveau de salaires et des droits afférents, en dit long sur l’inefficacité de la politique libérale. A tout le moins cela montre Que la politique de déflation salariale n’aide pas à combattre le chômage, mais cela aide bien à faire augmenter les bénéfices des grandes entreprises et à hâter la concentration du capital qui sont les deux buts véritables de la construction européenne.

     

    Liens 

    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/zone-euro-un-chomage-en-recul-et-une-inflation-qui-sort-du-rouge-518313.html 

    http://russeurope.hypotheses.org/4413

    « Des mauvaises nouvelles de l’EuropeKobayashi Takiji, Le bateau-usine, Kanikōsen [1929], allia, 2015 »
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