• Le Brexit c’est maintenant !

     Le Brexit c’est maintenant !

    Le rejet de l’Europe

     

    Et bien voilà, c’est fait. Le Royaume Uni est sorti officiellement de l’Union européenne. Les résultats provisoires faisaient part d’une avance conséquente pour le Brexit de 52% contre 48%. Ce qui veut dire que le dépouillement des derniers bureaux de vote ne changeront rien On note aussi que la participation est élevée, supérieure à 70%, soit dix points plus haute que celle des législatives. Malgré les derniers sondages qui faisaient mensongèrement état d’une remontée du vote « remain », consécutivement à l’assassinat de la députée pro-remain, Jo Cox, malgré une campagne malhonnête de l’oligarchie, le vote a été un vote de rejet transcendant les oppositions traditionnelles entre la gauche et la droite. J’ai souvent ici parlé des sondages qui montraient à quel point et de partout dans toute l’Europe l’Union européenne était détestée, voire haïe. Mais jusqu’ici on n’avait à notre disposition que des sondages. Cette fois, c’est un test grandeur nature dont il s’agit. La première réflexion qui vient à l’esprit est que les avantages de l’Union européenne ne devaient pas être très évidents pour que les sujets ordinaires de sa majesté votent la sortie.

    Le rejet de l’Europe est au Royaume Uni la conjonction de plusieurs réalités. D’abord les ouvriers qui ont massivement rejeté comme de partout cette institution libérale et austéritaire, ce qui met directement le parti travailliste du triste Corbyn en porte-à-faux. Mais il y a aussi le nationalisme britannique, comme partout ailleurs, le nationalisme est une identité, une culture qui ne veut pas disparaître. Ce nationalisme existe aussi en France, comme ailleurs, il signifie donc un rejet d’une Europe fédérale sans contours et sans histoire. Et puis bien sûr il y a la question des migrations : les britanniques ont peur des migrants qu’ils voient comme une menace aussi bien parce que ceux-ci modifient l’ensemble des rapports sociaux que parce qu’ils amènent un changement dans l’identité d’une nation.

     

    Les candidats à la sortie

    Le Brexit c’est maintenant !

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    Au début de la matinée le sinistre BHL s’est une fois de plus ridiculisé en publiant un « tweet » selon lequel le Brexit était battu, allant jusqu’à parler de déroute. Ce garçon a toujours eu une grande capacité à nier la réalité. Regardez comment son tweet est écrit : les pro-Brexit sont pour lui des racistes, des xénophobes, des racistes et pire encore des souverainistes. On voit la hauteur de vue des arguments ! La question qui se pose maintenant est de comprendre les conséquences pour l’Union européenne du Brexit.  

    Le Brexit c’est maintenant !

    Les anti-européens comme moi se réjouissent de cette sortie. En effet, nous pensons que c’est la première étape de la dissolution de cette horreur bureaucratique. Il est donc probable que cela va entraîner des demandes de référendums en chaîne. L’Union européenne craint un effet de dominos. Le premier candidat à la sortie sont les Pays-Bas où la demande d’un référendum sur l’appartenance à l’Union européenne est persistante. Vous noterez que les néerlandais ont été comme nous très frustrés de l’issue du référendum de 2005, puisqu’en effet ce qu’ils ont refusé dans les urnes leur a été imposé par les parlementaires. Le second dans l’ordre pourrait être la Grèce où 90% de la population considèrent que l’UE est la source de tous leurs malheurs. Et du reste le fait que les britanniques soient sortis de l’UE met sur la sellette Tsipras puisqu’il a basé toute la fin de sa carrière sur le fait qu’il n’y avait pas d’issue en dehors de l’Europe institutionnelle. Mais d’autres pays pourraient suivre. Au premier chef la Finlande, mais aussi la France car ne l’oublions pas les Français sont identifiés maintenant comme les européens les plus anti-européens, juste derrière les Grecs. Certes ni Hollande, ni Juppé son probable successeur ne se risqueront à un référendum perdu d’avance, ils feront tout pour l’éviter. Mais étant donné la profondeur de la crise sociale, avérée par la solidité du mouvement contre la loi El Khomri, il n’est pas certain qu’ils puissent l’empêcher longtemps. Il va de soi que si la France quittait l’UE c’en serait fini. 

    Les européistes ne désarmeront pas

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    Continuer à détricoter l’Union européenne et ses différentes boutiques ne se fera pas facilement. L’oligarchie ne se laissera pas faire. La quasi-totalité des hommes politiques, de Hollande à Mélenchon, de Sarkozy au PCF, tous veulent sauver l’Europe plutôt que de reconnaitre que d’avoir voulu faire l’Europe a été pour le moins une erreur. Comme si ce but était au-dessus de tous les autres sur le plan politique. Ils vont donc tous faire des propositions pour approfondir l’Union européenne. Hollande va pousser sans doute dans le sens fédéral, comme son petit disciple Macron[1], un fédéralisme dont pourtant personne ne veut, Sarkozy va demander une renégociation de Schengen[2]. Plus à gauche on va ressortir la vieille fable de l’Europe sociale.  Dans ce confusionnisme, le PCF détient la palme. Le voilà qu’il voudrait une Europe sans libéralisme, sans TAFTA, une Europe sociale[3], faisant comme si la chose était faisable, mais surtout faisant l’impasse sur la volonté des peuples de ne pas se fondre dans une identité européenne aseptisée.

    On a vu même certains se réjouir de la sortie possible des britanniques, au motif qu’ils seraient les empêcheurs de fédérer en rond, ceux qui auraient introduit une trop grande dose de libéralisme dans le projet européen[4]. Ceux-là oublient juste que le libéralisme anglo-saxon était plutôt l’expression du projet réel européen. Celui-ci n’a pas été dévoyé, bien au contraire, en effet il n’y a pas trente-six manières de mettre en œuvre « la concurrence libre et non faussée ». Mais la gauche se trompe aussi quand elle croit qu’une Europe sociale pourrait émerger, et elle se trompe doublement : d’abord parce que nous sommes encore 27 pays dans l’Union européenne, et que pour harmoniser l’Europe, il faut l’unanimité de ses membres, unanimité impossible à trouver ; ensuite parce que Europe sociale ou pas, les peuples européens ne veulent pas de l’Europe et comme viennent de le montrer les britanniques, ils tiennent à leur souveraineté. C’est bien pourquoi le vote sur l’appartenance ou non à l’Europe traverse les clivages gauche-droite.  

    Le Brexit c’est maintenant !

    Dans les jours qui viennent Hollande, européiste convaincu, va rencontrer Merkel. Ils ne manqueront pas de faire des propositions pour essayer de sauver la baraque. Mais c’est trop tard. En effet, l’Union européenne est le projet d’un espace économique, politique et social ouvert, sans frontière. Or la vie sociale, les institutions ont besoin pour exister justement de frontières. L’échec de l’Union européenne est d’abord l’échec de la mondialisation. Il y a quelques temps, j’avais parlé d’un économiste important, un contemporain d’Adam Smith, James Steuart[5]. Celui-ci montrait entre autre chose que la fermeture des espaces économiques correspondait aussi à la volonté de sortir de l’idéal de compétition et d’aller vers plus d’égalité. C’est à mon sens ce qui explique fondamentalement cet attachement à la nation moderne. 

    Conclusion très provisoire 

    Il est évidemment trop tôt pour tirer toutes les conséquences du Brexit, notamment en ce qui concerne la décomposition du Royaume Uni puisque les Ecossais ont menacé d’en sortir pour adhérer à l’Union européenne en tant qu’Etat indépendant. Mais il y a une première leçon évidente : chaque fois qu’on fait un référendum sur l’Europe, les européistes le perdent pour peu qu’on ait laissé le temps au peuple de débattre et d’exprimer les points de vue contradictoires. C’est un exemple que nous les Français devont suivre, aussi bien parce que nous voulons rester Français, que parce que nous savons que dans l’Union européenne il est impossible de mettre en œuvre une autre politique que celle qui est décidée à Bruxelles !

     


    [1] https://www.en-marche.fr/propositions-refonder-leurope/

    [2] http://www.francetvinfo.fr/politique/les-republicains/nicolas-sarkozy-appelle-a-refonder-l-europe-avec-un-nouveau-traite_1454143.html

    [3] http://www.pcf.fr/42836

    [4] Nicole Fontaine ancienne présidente du parlement européen et donc européiste convaincue développe cette thèse dans Brexit, une chance ? Repenser l’Europe, Auteurs du monde, 2016

    [5] http://in-girum-imus.blogg.org/james-steuart-1712-1780-a117198166

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