• Le Brésil son économie et le fascisme qui vient

     Le Brésil son économie et le fascisme qui vient

    Jair Bolsonaro va sans doute être élu président du Brésil. C’est un vrai fasciste, rien à voir avec ce qu’on trouve en Europe en Italie ou en France et qui sert d’épouvantail. Il est arrivé en tête des élections dimanche 7 octobre 2018 avec 46% des voix. Le second est le candidat du Parti des Travailleurs, Fernando Haddad, le successeur de Lula qui n’a pas pu se présenter parce qu’il est en prison. Il n’a fait que 25% des voix. Autant dire qu’il est impossible sauf coup de théâtre, il lui sera impossible de remonter plus de vingt points de retard. La dynamique est du côté de Bolsonaro. Son programme est très fasciste dans le style de l’Amérique latine. Il est pour une libéralisation de l’économie au profit des marchés, et donc consécutivement pour un renforcement du patronat local et un détricotage de tous ce que les travailleurs avaient pu obtenir avec Lula. C’est le candidat des Américains – ce qui n’est pas étonnant – mais c’est aussi le candidat de tous ceux qui veulent exploiter à fond les ressources de l’Amazonie. Moins écologiste que lui, tu meurs. Il est clairement opposé aux indiens et envisage des mesures très dures pour les mater. Evidemment comme l’insécurité a augmenté au Brésil ses dernières années, les Brésiliens plébiscitent le retour d’un ordre brutal dominé par les militaires. Si on comprend bien, c’est un mariage osé entre le libéralisme à la Trump et un ordre militaire. Mais il n’y a aucun intérêt à critiquer Bolsonaro si on ne fait pas l’effort de comprendre comment on en est arrivé là. C’est toujours pareil, on combat le fascisme une fois qu’il est là, et comme à chaque fois on se rend compte qu’on n’a rien anticipé du tout. 

    Le Brésil son économie et le fascisme qui vient 

    Les ressorts du succès de Bolsonaro sont de trois ordres. Il y a d’abord le registre émotionnel. Jair Bolsonaro a été poignardé le septembre dernier lors d’un meeting, alors même qu’il était déjà en tête dans les intentions de votes. Son assaillant est en outre un militant de gauche qui dit avoir agi au nom de Dieu[1] ! mais à ce moment là les sondages ne le donnaient qu’à 30% environ des intentions de vote. Ces coups de poignard lui on donc beaucoup rapporter, ce qui d’ailleurs lui a permis de donner du crédit à l’idée qu’il avançait selon laquelle le Parti des Travailleurs de Lula était près à tout pour l’empêcher de restaurer l’ordre au Brésil. Le deuxième point est que Bolsonaro a promis de lutter contre la corruption qui est avérée et généralisée comme on l’a vu avec le livre de Le Gall et Robert[2]. Bolsonaro n’a pas été épargné par les scandales, mais il est arrivé à se faire passer comme un homme nouveau parce que son parti n’avait jamais été au gouvernement. D’autant que la candidate précédente, Dilma Rousseff, celle qui a succédée à Lula, a été démise par le parlement au motif de l’affaire Petrobras traitée ne long en large et en travers dans le livre de Le Gall et Robert précité. Le discrédit des partis politiques s’accroit encore un peu plus quand le tombeur de Dilma Rousseff, Michel Temer, apparait être tout autant corrompu que Dilma Rousseff[3], mais en outre il a mis en route un plan d’austérité qui accroit l’extrême pauvreté de 11% sur la seule année 2017. Il fait partie de ces politiciens qui œuvrent pour aider les multinationales à exploiter l’Amazonie, il a également au nom du libéralisme détruit les pharmacies populaires que Lula avait mis en place. Etant le président le plus impopulaire de l’histoire du brésil, il a renoncé à se présenter aux élections de 2018. Les manifestations contre Rousseff ont été très nombreuses ses dernières années. On voit donc que Bolsonaro peut jouer la partition anti-corruption sur du velours. 

    Le Brésil son économie et le fascisme qui vient

    Manifestation contre Dilma Rousseff 

    Mais la corruption au fond tout le monde s’en fout si l’économie fonctionne correctement et qu’il y a du travail pour tout le monde. Comme nous le voyons dans les deux graphiques ci-dessous, la situation au Brésil s’est dégradée rapidement : la croissance est devenue faible, voire négative et le chômage a augmenté radicalement, effaçant les gains des années Lula pour les classes pauvres. Cette dégradation peut s’expliquer de trois manières qui toutes les trois se rejoignent. Il y a d’abord la crise de 2008 qui a fait se retourner la tendance pour les exportations brésiliennes. Car c’est un pays qui exporte beaucoup de matières premières et notamment du pétrole. Mais on le sait depuis longtemps, un pays qui exporte des matières premières est très fragile – on appelle ça le Dutch Disease, ou le syndrome hollandais. Les premiers économistes, notamment Antoyne de Montchrestien disaient que la règle était d’exporter des produits du travail et d’importer des matières premières[4]. Les Brésiliens ont fait l’inverse, mais c’est le cas aussi du Venezuela et dans une moindre mesure de la Russie : dès que le marché se retourne et que le prix des matières premières plonge, le pays est en danger. C’est d’ailleurs la preuve que la spécialisation selon les avantages comparatifs est erronée. D’où l’idée de Keynes de retrouver une autonomie nationale[5]. 

    Le Brésil son économie et le fascisme qui vient 

    La situation a été aggravée après les mesures libérales qui ont été mises en place par Dilma Rousseff et Michel Temer. Le FMI avait fait l’éloge des mesures dites de réformes structurelles sensées revigorer la croissance au Brésil. Il est difficile de se tromper plus[6]. Cette dégradation violente de l’économie brésilienne a naturellement fait grimper le taux de délinquance qui est dans ce pays où les écarts entre les riches et les pauvres sont très forts[7].

    Nous voyons donc que le premier responsable de l’arrivée au pouvoir au Brésil d’un vrai fasciste est d’abord le Parti des Travailleurs de Lula qui n’a pas su faire face aux difficultés et qui de surcroît a ajouté à la mise en œuvre de mesures libérales qui ont plombé l’économie, le développement d’une corruption qui a lieu presqu’au grand jour. Le rôle des mesures prises par le Chancelier Brüning dans l’arrivée d’Hitler au pouvoir est maintenant bien documenté[8]. Ce sont les réformes de structure mises en place par celui-ci qui ont plongé l’Allemagne dans la déflation et la violence et qui ont entraîné le peuple allemand à se ranger progressivement derrière Hitler[9]. Mais Brüning était un homme de droite, conservateur, un défenseur de l’économie de marché, un capitaliste. Aujourd’hui ce qu’il y a de différent, c’est que la social-démocratie en France avec le PS, en Allemagne avec le SPD et au Brésil avec le PT, joue alternativement les deux rôles, celui de l’opposant aux mesures déflationnistes, et celui du défenseur de l’ordre libéral et mondialiste avec toute la misère qui l’accompagne. N’étant capable de ne répondre à aucun des défis, il est normal qu’elle sombre. N’oublions pas que c’est le PS et Hollande qui ont enfanté cette monstruosité nommée Macron, le champion du « en même temps » et sans doute le seul capable de nous amener au pouvoir un parti d’extrême droite en 2022. Quant au Brésil, il se pourrait bien que ce pays se trouve maintenant au bord de la guerre civile. En effet le programme de Bolsonaro est doublement dangereux, autoritaire en ce qui concerne la vie civile, il est très libéral pour ce qui concerne l'économie avec tout le chaos que cela entraînera à moyen terme.



    [1] https://www.rtl.fr/actu/international/bresil-jair-bolsonaro-candidat-a-l-election-presidentielle-a-ete-poignarde-7794697623

    [2] http://in-girum-imus.blogg.org/catherine-le-gall-et-denis-robert-les-predateurs-des-milliardaires-con-a148841950

    [3] https://www.telesurtv.net/news/3493-millones-de-dolares-pago-JBS-en-sobornos-a-Michel-Temer-20170730-0046.html

    [4] Traicté de l’oeconomie politic, 1615

    [5] https://www.facebook.com/notes/jacques-sapir/keynes-et-le-protectionnisme-retour-sur-une-conversion-significative/1405935576203023/

    [6] http://bolivarinfos.over-blog.com/2016/05/bresil-le-fmi-fait-l-eloge-des-mesures-neo-liberales-du-gouvernement-par-interim.html

    [7] https://www.inegalites.fr/Pauvrete-et-inegalites-au-Bresil

    [8] https://www.herodote.net/28_mars_1930-evenement-19300328.php

    [9] Goetz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, Flammarion, 2005.

    « Catherine Le Gall et Denis Robert, Les prédateurs, des milliardaires contre les Etats, Le cherche midi, 2018.La justice contre l’opposition en France »
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