• La triste fin de la carrière politique de François Fillon

     La triste fin de la carrière politique de François Fillon

    Dépêchons-nous de discuter du sort misérable du misérable François Fillon, parce que dans quelques mois plus personne ne souviendra qu’il a existé. Pourtant la campagne présidentielle avait bien commencé pour lui. Alors que jusqu’aux primaires de la droite il n’était considéré que comme un politicien médiocre, à peine le collaborateur de Sarkozy, l’invraisemblable c’était produit, et l’avait propulsé comme le vainqueur inattendu de ce concours étrange. On en avait même oublié qu’entre 2007 et 2012, il avait été aussi un premier ministre tellement médiocre que le peuple l’avait chassé une première fois du pouvoir, eut égard les très mauvais résultats de sa gestion des affaires économiques. Mais il était dit que les élections présidentielles de 2017 seraient placées sous le signe de l’inattendu et du burlesque. Le président sortant avait dû renoncer, toujours à cause de ses mauvais résultats en matière économique, laissant sa place à celui qui pourtant était l’inspirateur de cette politique économique insipide, Emmanuel Macron.

    Mais Fillon à qui la magistrature suprême semblait promise, fut soudain dévoilé comme un arriviste, menteur et sournois autant que cupide. Voilà un opportuniste qui a commencé à exister politiquement en se présentant comme « un gaulliste social » sous l’aile de Philippe Seguin et qui finit sa carrière politique à la droite de l’extrême-droite. Il n’est plus en effet soutenu que par Henri de Lesquen et La manif pour tous, rebaptisée Sens commun.  

    La triste fin de la carrière politique de François Fillon

    Comment en est-il arrivé là ? Sûrement pas par conviction. Le caractère louvoyant du bonhomme montre qu’il n’en a aucune, si ce n’est celle avérée d’accumuler de l’argent et d’agrandir son domaine dans la Sarthe. Sa descente aux enfers est non seulement le résultat de son programme brutal qui promet de l’austérité à n’en plus finir pour les autres, mais aussi du fait qu’il ait menti ouvertement dans sa façon de gérer ses affaires avec la justice. Cette manière de faire montre que ce politicien sans envergure est encore moins fiable que les autres. N’avait-il pas annoncé qu’il se retirerait s’il était mis en examen ? N’avait-il pas invoqué les mannes du général De Gaulle pour disqualifier Nicolas Sarkozy en avançant imprudemment : « Imagine-t-on le général De Gaulle convoqué par les juges ? » Non, on n’imagine pas le général De Gaulle convoqué par les juges, mais Fillon oui, non on n’imagine pas le général De Gaulle créant une société pour monnayer un trafic d’influence. Toutes ses belles déclarations destinées à prouver au peuple que même s’il est de droite, et à la droite de la droite la plus bornée, il est un homme honnête, se sont retournées contre lui. Et maintenant le voilà qu’il compte dimanche prochain sur une manifestation massive ou du moins qui aura l’air massive pour justifier le maintien de sa candidature et éviter ainsi les prétoires si par miracle il l’emportait en mai prochain. 

    La cassette 

    Il semble que les jours de Fillon soient comptés et que la défaite soit programmée. Les Français sont exaspérés par ses palinodies[1]. Tout le monde le lâche, de son directeur de campagne à son porte-parole Thierry Solère, en passant par Christian Estrosi et jusqu’à son directeur de campagne Stéfanini. Dans la foulée, même Sarkozy, en est venu à considérer que la seule solution était de remplacer Fillon par Juppé le plus vite possible. Nous sommes en effet à moins de deux mois du premier tour de la présidentielle, et la campagne pour cette échéance importante ne semble pas avoir commencé. Il y a donc urgence. Mais ce n’est pas simple, car s’il est possible de mettre en place la candidature de Juppé, il va être plus difficile de faire en sorte que l’entêté Fillon rende les armes.

    Alors que tout le monde sait maintenant que Fillon ne peut plus être qualifier pour le second tour, donc qu’il a déjà perdu l’élection, il persiste. Et la raison de cet entêtement imbécile qui ne saurait se confondre avec une volonté politique, est assez simple : renoncer l’obligerait en rendre l’argent de la campagne présidentielle.

    Essayons d’expliquer cela. Fillon a créé un micro-parti, France Républicaine, qui a la main sur les fonds mis à sa disposition pour la campagne après sa victoire à la primaire de la droite. En gros c’est presque 10 millions d’euros[2].  On comprend que s’il fait campagne jusqu’au bout, et en gérant bien cette manne, il peut mettre 2 ou peut-être 3 petits millions de côté assez facilement. Connaissant sa cupidité, on comprend qu’il ne veuille rien lâcher. Il est probable que pour lui faire lâcher prise son propre parti va devoir négocier pied à pied des compensations financières, une sorte d’allocation chômage en quelque sorte ! 

    Fillon avec l’extrême-droite 

    La triste fin de la carrière politique de François Fillon 

    La position de François Fillon le pousse directement dans les bras de l’extrême droite, lui qui se targuait d’être le mieux placé pour combattre le FN et Marine Le Pen. Et en réalité son programme devient de plus en plus compatible avec tout ce qui se trouve à la droite du FN ! C’est cependant une arme à double tranchant, car si cela lui permet de mobiliser une frange braillarde et déterminée de l’opinion, elle lui aliène dans le même temps la « France raisonnable » qui se méfie des fous de de Dieu qu’ils soient musulmans ou catholiques. L’appel à la manifestation du Trocadéro ce dimanche permet ainsi aux derniers soutiens de le lâcher : en effet comment prétendre à la magistrature suprême en proposant un coup de force contre la justice ? C’est ce qu’a dit le pourtant peu regardant Christian Estrosi. Cette manifestation n’est plus soutenue que par le journal Valeurs actuelles, concentré moisi de tout ce que l’extrême droite affairiste a été, et par Sens commun, émanation de La manif pour tous. On ajoutera aussi Henry de Lesquen, vieux pétainiste aigre, proche de l’hebdomadaire Rivarol qui en est resté à dénoncer le complot judéo-maçonnique et la musique de « nègres ». On remarque qu’avec Fillon ce sont toujours les questions d’argent qui priment : l’organisation Sens commun aurait ainsi touché 200 000 € pour gérer cette manifestation[3]. 

    Les poubelles de l’histoire 

    La manifestation du Trocadéro va sans doute être un enterrement de première classe pour l’Harpagon de la Sarthe. Car même s’il se maintient contre vents été marées, il sera naturellement éliminé dès le 1er tour, c’est d’ailleurs une des rares certitudes qu’on puisse avoir aujourd’hui. Et dans quelques mois, un clou chassant l’autre, on ne se souviendra même plus qu’il a existé. Mais les ennuis de la droite ne sont pas terminés pour autant, les fillonnistes vont-ils se reporter aussi facilement que ça sur Juppé ? Il semblerait que non. L’éviction de Fillon au profit de Juppé serait aussi un coup dur pour l’autre candidat de droite : Macron. En effet Juppé prendrait des voix à Macron, et une partie des fillonnistes déçus se rabattraient sur Marine Le Pen. Le pire scénario serait évidemment que Juppé se présente contre Fillon. Un ancien condamné contre un mis en examen ! On se demande si seulement Les Républicains comptent dans leurs rangs un seul candidat présentable !

    Cette situation inédite dans l’histoire de la Vème République rend tous les sondages difficiles et peu fiables, mais il est clair qu’elle va aussi éloigner de plus en plus les électeurs d’un système électoral qui ne peut plus faire illusion et qui fait apparaître la classe politique comme un amalgame de personnages sans foi ni loi, occupé principalement à son enrichissement personnel, car l’affaire Fillon ne pourra en aucun cas faire oublier les turpitudes des autres, à commencer par Marine Le Pen qui a aussi sur le dos pas mal de problèmes avec  la justice. Dans le système institutionnel présent, il semble qu’il n’y ait plus de place pour le débat : la gauche est en lambeaux et la droite ne vaut guère mieux. Les partis politiques sont discrédités. Dans ce contexte délétère, il est à parier que Macron ne fera pas illusion longtemps, lui qui n’a sur le dos qu’une fraude à l’ISF et un usage indu des fonds de Bercy de 120 000 € pour son compte personnel, mais pour l’instant il bénéficie justement de cette situation qui fait qu’on ne discute pas vraiment au fond des programmes des candidats. Devant la débandade du camp Fillon, Macron, en bon petit opportuniste a appelé les électeurs de droite et du centre à voter pour lui, ce qui est logique vu son programme qui est semblablement le même que celui de Fillon[4].

    La politique se fait aujourd’hui dans le court terme, une affaire chasse l’autre, mobilisant les énergies, rien de sérieux n’est dit sur l’Europe ou sur la nécessaire transformation des formes de production et de consommation. 

    La triste fin de la carrière politique de François Fillon 

     

     


    [1] http://www.lci.fr/elections/sondage-presidentielle-2017-francois-fillon-ne-doit-pas-maintenir-sa-candidature-pour-75-des-francais-2027822.html

    [2] http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/03/03/35003-20170303ARTFIG00220-finances-de-campagne-rien-ne-pourra-se-faire-sans-l-accord-de-francois-fillon.php

    [3] http://www.leparisien.fr/politique/affaire-fillon-a-droite-le-rassemblement-de-dimanche-divise-03-03-2017-6728394.php

    [4] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/03/04/macron-appelle-les-electeurs-de-la-droite-et-du-centre-a-le-rejoindre_5089434_4854003.html

    « Serge Séménov, La faim, Editions Montaigne, 1927Un pauvre débat sur le pauvre programme du pauvre Macron »
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