• La souveraineté ne se négocie pas

     Si la gauche a tendance à disparaître du paysage politique, alors même que la droite est en difficulté, c’est principalement à cause de ses reniements. Or celle-ci a pris presque partout l’image du tournant européiste et de l'abandon de l'idée de souveraineté des peuples. si elle est prompte en parole du moins à soutenir les luttes d'indépendance nationale ailleurs, elle peine à le faire en Europe où la situation a entraîné la colonisation et le pillage de la Grèce. 

    La défiance envers Tsipras

    La souveraineté ne se négocie pas

    Si on parle beaucoup de la Grèce ces derniers temps, ce n’est pas parce que ce malheureux pays est écrasé par une dictature qui ne dit pas son nom. C’est aussi parce que pour nous cet exemple indique la méthode sur laquelle nous devons nous appuyer. La première ligne à ne pas franchir est de négocier sa souveraineté surtout avec des banquiers ou des allemands, et plus encore des banquiers allemands. Imaginez De Gaulle en train de négocier avec Hitler en 1941 ou 1942 une remise sur les amendes que la Bochie nous avait infligées ? Non évidemment. Mais si on admet que l’ordre monétaire d’aujourd’hui est fascisant et procède du pillage organisé, on ne peut trouver qu’inconséquente la palinodie de Tsipras et de Varoufakis. Depuis le 10 juillet les manifestations en Grèce ont recommencé, mais cette fois ce n’est plus Samaras qui endosse l’habit du traitre, mais Tsipras. En ce mois de juillet la nouveauté tient d’abord au fait que les manifestations contre Tsipras vont monter en puissance. Et il aura du mal à leur envoyer la troupe comme le faisait le premier ministre qui l’a précédé. Le 15 juillet le syndicat des fonctionnaires appelle à une journée de Grève. Tsipras a même été jusqu’à abandonner l’idée de se faire rembourser par l’Allemagne le prêt forcé de 1943. Or c’est une question très sensible en Grèce

    Cette défiance du peuple envers Tsipras va s’accroître d’autant que pour faire approuver sa propre capitulation il va avoir besoin du PASOK et de ND. Il n’a pas le choix car l’aile gauche de Syriza l’a déjà lâché et le KKE l’avait dénoncé à l’avance comme un allié de la finance internationale. Buvant le calice jusqu’à la lie, Tsipras va demander au parlement d’accepter un plan bien plus dur que celui qu’avait tenté de faire passer Samaras. Pour le moins on peut s’attendre à de grosses défections. Le parti de Panos Kamennos qui représente 13 députés a déjà déclaré qu’il n’accepterait pas ce plan. Or la majorité au parlement grec est de 151 députés et Syriza n’en a que 149. Varoufakis qui n’a pas voté déjà lundi dernier, va sans doute faire encore la même chose. Tsipras va donc être obligé de s’allier avec ses ennemis d’hier, sans doute en les faisant entrer dans un gouvernement de coalition nationale.

      

    Mélenchon a dénoncé les pressions démesurées sur Tsipras. C’est une plaisanterie parce que Tsipras savait très bien ce qui l’attendait, tout le monde connaissait depuis longtemps la hargne de Schaüble et celle de Dijsselbloem. Mais Mélenchon préfère casser du sucre sur l’Allemagne – qui est certes un pays en voie de fascisation – que de s’interroger sur ses propres errements à propos de l’Europe. Son inconséquence sur l’Europe lui ayant coûté cher en 2012, comme elle coûte cher aujourd’hui à Tsipras, elle relève d’un tempérament social-démocrate borné. 

    Privatisations

    La souveraineté ne se négocie pas

      

    Déjà les vautours se précipitent pour piller la Grèce. Vinci, multinationale et racketteur bien connu des autoroutes et des parkings en France, se porte acquéreur des aéroports grecs comme il s’est déjà porté acquéreur des aéroports  portugais. Et bien évidemment Vinci investit pour faire des affaires, c’est-à-dire priver l’Etat des recettes potentielles qu’il aurait pu réaliser si ces biens étaient restés dans le giron national. Car le but final des privatisations, comme celui de l’Union européenne est de mettre les Etats sous la tutelle des marchés en les affamant. Vinci c’est 40 milliards d’euros de chiffre d’affaire : le plus gros provenant des rackets des passagers au bord des autoroutes ou dans les ombres des parkings. Un tel chiffre donne une idée de la puissance de ce groupe par rapport à un Etat français qui est endetté pour 2000 milliards d’euros.

    N’imaginez pas cependant que Vinci va sortir de l’argent de sa poche pour acheter ces aéroports : il va emprunter à un consortium de banques et il se paiera ensuite sur la bête – intérêts et principal. C’est donc une opération qui est toujours en défaveur de l’Etat, un simple transfert de droits de propriétés de la collectivité vers des intérêts privés. 

    La position de la France 

    L’UPR par la voix d’Asselineau a dénoncé dès le départ Tsipras comme le candidat de rechange des Américains et donc voué à se soumettre. Je n’irais pas jusque-là. Mais il est vrai que le revirement de Tsipras a été obtenu par Hollande qui lui joue carrément le jeu des Américains. Quand j’ai commencé à voir que Tsipras était conseillé par les conseillers de Hollande à l’Elysée, je me suis fait des soucis... pour la Grèce

      La souveraineté ne se négocie pas

    Il faut reconnaître qu’Hollande a très bien joué sa partition. En effet, il a dans ce jeu de rôles endossé l’habit du gentil policier, tandis que Schaüble tenait le rôle du féroce. Varoufakis a d’ailleurs souligné que bien que timide la position de la France était différente de celle de l’Allemagne et de celle de l’Eurogroupe. Mais quel est ce jeu ?

    D’un côté on voit assez bien le bénéfice que Hollande peut en tirer, surtout que cet imbécile de Sarkozy s’est encore ridiculisé en demandant le Grexit, puis en laissant entendre par la voix de l’ex mis en examen Woerth que c’était grâce à ses réseaux que l’accord avait pu avoir lieu. Il peut passer ainsi pour un homme de gauche à peu de frais en disant qu’il a bien été le seul à défendre la Grèce en Europe. Mais cela n’est qu’une apparence. En vérité Hollande vise autre chose. Il savait très bien que le Grexit allait avoir deux résultats terribles pour lui :

    - d’une part une remontée rapide des taux d’intérêt sur la dette française ;

    - et d’autre part une grande difficulté de faire adopter TAFTA en Europe. Car Hollande est un grand défenseur de TAFTA, pas seulement par conviction, mais parce que cela le place comme un allié privilégié des Etats-Unis. Or ces derniers ont poussé à un accord, en s’opposant aux Thénardier de l’Europe Merkel et Schaüble qui en veulent toujours plus.

    En prenant cette position atypique dans l’Eurogroupe, Hollande renforce la position des pays du Sud qui ne veulent pas que l’Allemagne leur impose encore de nouveaux tours de vis supplémentaires. 

    Enième plan d’austérité en Grèce et toujours pas de résultat

     

    L’euro a été sauvé, voilà ce que vont retenir les éditorialistes. C’est vrai à court terme. Mais valait-il mieux sauver l’euro, fétiche abstrait autant que malsain, ou le peuple grec ? On fait des moyens un but, sans vouloir voir que le sauvetage de l’euro c’est le renforcement du pouvoir de la banque sur l’économie. Au mieux la monnaie n’est pas une fin en soi, elle est seulement un moyen. Mais cette imbécilité éditoriale qui voudrait que grâce au sauvetage d’une monnaie mal foutue on ait préservé l’essentiel, masque en réalité le fait que la création monétaire c’est le pouvoir. Or évidemment si la création monétaire n’appartient plus à une nation, si elle est décidée dans des bureaux feutrés par des intérêts privés, alors elle détruit les nations qui s’y soumettent. On sait que dans les négociations qui ont amené la défaite de Tsipras, le fait que la BCE ait coupé unilatéralement l’accès aux liquidités des banques grecques a beaucoup joué pour la reddition de Tsipras. C’est d‘ailleurs cette guerre monétaire qui est le véritable enjeu des plans d’austérité. Mais c’est aussi une des meilleures des raisons pour vouloir en finir avec l’euro et au-delà l’indépendance des banques centrales.

     La souveraineté ne se négocie pas

     

    Les caricaturistes grecs célèbrent à leur manière l’amitié entre les peuples européens 

    Merkel a souligné que la capitulation de Tsipras, c’était un très bon accord, arguant qu’ainsi la Grèce allait pouvoir repartir vers la croissance. Evidemment elle ment. Car elle sait très bien que les mesures d’austérité accrues non seulement ne permettront pas de payer la dette, mais elles ne relanceront pas plus la croissance et l’emploi. Cela fait 5 ans maintenant que l’austérité aggrave la situation en Grèce. Et tout le monde le sait. Il n’existe pas d’exemple dans l’histoire d’une crise aussi longue, même les guerres ne durent pas aussi longtemps. L’impasse dans lequel Tsipras a conduit la Grèce va sans doute se voir encore plus facilement, et l’hypothèse Syriza ne pourra plus détourner les Grecs de la seule solution qui s’imposera : la sortie de l’Union européenne. C’est pourquoi dès à présent, l’aile gauche de Syriza est en train de se préparer à cela. 

    Conclusion 

    En attendant Tsipras ne sera pas le grand homme que la Grèce attendait mais seulement le gérant d’une colonie de l’Europe libérale. Il en a oublié jusqu’à remettre sur la table la question de la vieille dette allemande, pressé d’obtenir quitus de la canaille européiste. Cela n’empêchera pas les banquiers de l’Europe qui n’ont guère la reconnaissance du ventre, de le renverser une fois complètement usé et dévalorisé.

     

    Liens 

    http://www.latribune.fr/entreprises-finance/services/transport-logistique/20141011tribed427fc8e/vinci-candidat-au-rachat-de-14-aeroports-grecs.html 

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/07/13/grece-le-syndicat-des-fonctionnaires-appelle-a-une-greve-de-vingt-quatre-heures_4681837_3214.html

     

     

    « L’imposture économiqueQuelques raisons supplémentaires de sortir de l’Europe »
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :