• La sortie de l’euro et la critique du FN

     L’hypocrisie d’un journal bourgeois

     

    Un article récent du Monde, signé des fameux « décodeurs » tentait une attaque qui se voulait radicale contre le FN et tentant de démontrer l’absurdité de vouloir sortir de l’euro. On remarque au passage que Le Monde a renoncé à critiquer le FN sur le reste, notamment sur ses valeurs, et que la seule cartouche qui lui reste est de s’attaquer au FN pour défendre l’Europe, l’euro et ses valeurs. Mais comme il se trouve que les propositions de Marine Le Pen reprennent des analyses de Jacques Sapir qui est un économiste classé à gauche et qui n’a rien à voir ni de près ni de loin avec le FN ? On est bien obligé de discuter de tout cela.

    Je ferais remarquer que l’hypocrisie de ce journal n’a pas de limite. En effet, sachant que le FN pour des raisons tactiques reprend les idées de Jacques Sapir, le plumitif de ce journal aurait dû directement attaquer cet économiste, et non pas le FN. Mais l’idée sournoise est de faire croire que tous ceux qui veulent une sortie de l’euro sont des fascistes, des gens pas recommandables. Or bien évidemment Jacques Sapir défendait la sortie de l’euro bien avant que le FN ne se convertisse à ce thème. De même je défendais l’idée de sortir de l’Union européenne alors que Jean-Marie Le Pen en restait dans sa campagne pour les présidentielles de 2002 à un catalogue de recettes libérales inspirées par Ronald Reagan, en gros le discours économique de François Hollande, de Valls et de Macron aujourd’hui.

    Le déni du politique

    L’absurdité du raisonnement est troublante. En effet, Le Monde semble avoir renoncé à défendre l’idée selon laquelle l’euro serait une bonne chose. La bataille se situe sur le terrain de la faisabilité. Le raisonnement bourgeois est le suivant : ce n’est pas tant que l’euro soit bon, mais il serait très coûteux, et pour tout dire impossible d’en sortir. On voit ici le conservatisme de la pensée. Comme nous devons payer cette dette absurde que le système politique et social nous a collée sur le dos jusqu’à la fin des temps, nous devons vivre avec l’euro jusqu’à en crever parce que les traités et le droit international nous y oblige.

    On retrouve cette idée chère aux bureaucrates européens et à l’abominable Margaret Thatcher et à la canaille du PS selon laquelle il n’y a pas d’alternative (TINA en anglais). Et donc toute velléité de changer les formes institutionnelles dans lesquelles notre vie sociale et économique se déploie est tout simplement interdite. Or bien entendu la      politique dans sa forme la plus rudimentaire c’est toujours un choix, la possibilité de choisir entre des modèles différents et antagonistes. C’est même l’essence de la démocratie bourgeoise de laisser se développer des idées politiques concurrentes.

    Pour ce qui  concerne l’euro, on se doute bien que si on y est rentré, finalement assez facilement, on doit pouvoir en sortir tout aussi facilement. Et ceux qui admettent volontiers que la Nation n’est pas forcément le cadre définit de la politique, devraient aussi admettre que des institutions aussi farfelues et aussi peu légitimes que l’Union européenne et la monnaie unique, peuvent tout aussi bien disparaître.

    Des calculs hasardeux

    Deux critiques principales vont être avancées pour nous interdire finalement de vouloir choisir une sortie de l’euro. La première est que si nous revenions au franc, notre monnaie serait dévaluée de 25% et donc renchérirait la dette détenue par les étrangers d’autant. Cette idée est fausse, d’abord parce que les calculs de Patrick Artus de Natixis ou de Jacques Sapir montre que la dévaluation du franc par rapport au mark – nouvellement installé – serait de 18% seulement. Mais surtout ce que Le Monde oublie volontairement c’est que si la France sortait de l’euro – par exemple à l’issue d’un référendum – cela signifierait que l’euro disparaîtrait probablement puisqu’en effet on ne voit pas comment l’Espagne, l’Italie, la Grèce ou le Portugal pourrait encore utiliser cette monnaie. L’euro se réduirait alors à une zone mark autour de l’Allemagne avec les Pays Bas et l’Autriche. Et on se demande bien encore pourquoi l’Allemagne à son tour conserverait ce fétiche dans de telles conditions qui la pénaliserait lourdement sur les marchés extérieurs, alors que les opposants à l’euro deviennent de plus en plus nombreux dans ce pays.

    Mais ce qui est à remarquer dans l’article du Monde c’est l’effort que fait le plumitif de service, le malheureux Maxime Vaudano, pour essayer de comprendre le surcoût que nous imposerait une sortie de l’euro. Par exemple il arrive à un surcoût compris entre 107 milliards € et 14 milliards €. Le problème ne se poserait que pour la dette publique libellée en droit étranger. Comme la somme est relativement basse, il faut chercher un autre argument : pour cela on va essayer d’évaluer la dette privée à rembourser en termes de droit étranger. Là encore les chiffres sont incertains. Mais Vaudano, le décodeur, préfère choisir le chiffre calculé par deux étudiants proches du PS, genre Terra Nova, celui de 293 milliards €.

    Pour autant ce n’est pas ce chiffre qui importe dans la dynamique de la sortie de l’euro, mais le bénéfice net que l’économie française en tirerait : pour la firme Nomura, le gain serait pour les entreprises privées, un bénéfice de 21% sur l’ensemble des actifs. Les secteurs qui seraient les plus gros perdants seraient les banques et les assurances, mais à ce moment-là, puisque nous ne serions plus dans l’euro, on pourrait très bien les laisser faire faillite et les nationaliser en douce.

    La défiance des marchés extérieurs

     L’autre argument souvent avancé pour démontrer qu’il ne faut surtout pas sortir de l’euro, est de dire que cela entraînerait une forte défiance des marchés internationaux et donc que les taux d’intérêt seraient tellement élevés que nous ne pourrions plus emprunté sur les marchés extérieurs, ce qui nuirait aux investissements des grandes entreprises et partant à notre compétitivité. C’est plutôt vrai comme diraient les langoureux décodeurs du Monde. Cela voudrait dire que la France ne pourrait plus compter que sur ses propres forces. Mais après tout cela serait une chance que de sortir d’un modèle économique à bout de souffle. Cela fait des décennies qu’on nous bassine avec les « champions français » qui performent à l’étranger. Et pendant ce temps-là l’ensemble de la société se vide de sa substance, le chômage augmente et la vie devient de plus en plus difficile. En vérité la sortie de l’euro doit être une possibilité de reconstruire un modèle de production et de consommation plus proche des besoins des populations, plus local si on veut et moins dépendant des marchés extérieurs. N’est-il pas absurde que la France dépende pour son alimentation de fruits et légumes venus d’Espagne ?

    La voie de l’indépendance nationale est aussi celle qui se met en place en Russie où la crise ukrainienne accélère les réformes nécessaires pour que l’alimentation dépende de moins en moins des marchés européens.

    Conclusion, l’euro ou le chaos

    Le « décodeur » de service viserait à travers cette étude très incertaine, fondée sur des chiffres variables et hasardeux à dissuader ses lecteurs de s’évader du conservatisme intellectuel qui consiste à penser que l’euro est une bonne chose. Mais comme le montre Jens Norvidg, l’euro crée le chômage et la stagnation, alors qu’il promettait croissance et emploie.

     

    PIB par tête dans la zone euro, base 100 2007


    Taux de chômage dans la zone euro et aux USA

     

    Outre le fait que Vaudano amalgame le FN avec l’idée de sortir de l’euro, il suggère que l’impossibilité de sortir de l’euro est la preuve de l’incapacité du FN à devenir un parti de gouvernement. Cet argument fait bien rigoler car s’il y a des partis qui ont fait la preuve de leur incapacité à gouverner ce sont plutôt le PS et l’UMP. Je l’ai déjà dit ici cette peur du FN est irraisonnée, non seulement parce que ce parti ne peut pas arriver au pouvoir mais parce que les dernières élections montre que les Français se méfient beaucoup de ce parti qu’ils jugent à juste titre plutôt facho. Mais le but est de gouverner par la peur et quand on ne nous fait pas peur avec la sortie de l’euro on tente de nous terroriser en nous menaçant de l’arrivée de Marine Le Pen au pouvoir. Personnellement je me refuse à céder à ce type de chantage, et si je ne voterais jamais pour le FN, cela ne m’incitera pas plus à voter pour des sinistres partis de gouvernement à bout de souffle. Il est probable qu’en 2017 on nous refera le coup du vote utile : votez pour Sarkozy pour faire barrage au fascisme ! Je regrette, plutôt me couper une main. Je crois que d’ores et déjà il faut méditer sur des formes d’organisation de la vie sociale qui ne dépendraient plus de cette fausse démocratie, qui resteraient indépendantes des banques et des marchés internationaux. Laissons mourir ces formes épuisées de la démocratie bourgeoise une bonne fois pour toutes.

     

    Liens

    http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/visuel/2014/09/20/sortir-de-l-euro-le-scenario-du-fn-a-l-epreuve-des-faits_4488587_4355770.html

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/09/04/le-front-national-et-la-sortie-de-l-euro-des-simplifications-dangereuses_4481528_3232.html

    Bibliographie

    Jens Nordvig, The fall of the euro : reinventing the eurozone and the future of global investing, McGraw Hill, 2013.

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